Bob Verbeeck, organisateur du tournoi féminin d'Anvers, a appris à bien connaître nos championnes

BRUXELLES Ancien athlète de demi-fond, le Limbourgeois Bob Verbeeck est le general manager du groupe Octagon pour la Belgique, les Pays-Bas, la France et l'Allemagne. Actif au niveau mondial, le groupe Octagon (qui fait partie de l'empire américain Interpublic, coté à Wall Street) emploie 2.500 personnes sur les cinq continents et est le plus grand concurrent du groupe IMG-McCormack dans le management, le consulting et le sponsoring sportif. Organisateur du tournoi féminin de tennis d'Anvers et de nombreux événements sportifs en Belgique (CrossCup, Nuit de l'Athlétisme, Tour de Belgique cycliste, Six Jours de Gand...), très proche de Kim Clijsters et de Justine Henin, Bob Verbeeck nous emmène, à la veille de l'Open d'Australie, dans les coulisses du tennis belge.

Le succès populaire du Proximus Diamond Games, dont vous êtes l'organisateur, est de plus en plus impressionnant. Comment l'expliquez-vous?

«Pour le tournoi de cette année, qui aura lieu du 13 au 22 février, nous dépasserons probablement le cap des 120.000 spectateurs. C'est énorme. Il s'agit même d'un record pour une épreuve indoor sur le circuit féminin. Mais ce que vit actuellement le tennis belge est tout aussi exceptionnel. Notre petit pays a la chance de posséder les deux premières joueuses mondiales. Les succès de Justine Henin-Hardenne et de Kim Clijsters ont logiquement suscité un grand enthousiasme auprès des passionnés de tennis, bien sûr, mais aussi du grand public. Au- jourd'hui, tout le monde veut les voir jouer. Le tournoi d'Anvers est une occasion rêvée. D'autant qu'il s'agit d'une compétition de haut niveau qui réunit quelques-unes des meilleures joueuses de la planète...»

Quelle est la composition communautaire du public de ce tournoi?

«Il n'y a pas de statistiques pointues. Mais, à première vue, on peut dire que la majorité est néerlandophone. Disons que 70% des spectateurs sont d'origine flamande. Mais le public vient des quatre coins du pays grâce, notamment, aux actions que nous menons auprès des clubs...»

Vu le succès populaire engendré par le tournoi, songez-vous à augmenter son prize money pour les prochaines éditions?

«Sincèrement, ce n'est pas une priorité. A mon sens, il n'y a pas de différence entre notre statut actuel (Tier II) et un Tier I. L'affiche que nous présenterons cette année en est la preuve avec les présences de la plupart des meilleures joueuses mondiales du moment. A mes yeux, l'essentiel est de conserver une bonne date dans le calendrier de la WTA. Et d'être le plus professionnel et imaginatif possible au niveau de l'organisation. La raquette en diamants que Venus Williams peut gagner cette année est une très belle vitrine internationale...»

Grâce à Justine et à Kim, le tennis belge vit actuellement sur un nua- ge. Mais qu'en sera-t-il lorsqu'elles quitteront la scène?

«Il est clair que ce ne sera plus pareil. Nous n'aurons sans doute plus jamais deux joueuses aux deux premières places de la hiérarchie mondiale. D'où l'importance de préparer, d'ores et déjà, l'avenir. C'est ce que font les deux Ligues de la Fédération avec des centres d'entraînement de haut niveau. Aujourd'hui, en Belgique, presque tous les clubs affichent complet. C'est la preuve d'un véritable engouement.»

Le Masters de Los Angeles, qui termine traditionnellement la saison, s'est disputé ces deux dernières années devant des tribunes quasiment vides. Une candidature belge pour cet événement est-elle, dès lors, envisageable?

«Ce ne serait pas raisonnable. Nous remplirions sûrement les gradins durant les cinq jours de compétition. Mais dans ce genre d'événement, le ticketing n'est pas suffisant. Le prize money du Masters est, à lui seul, de trois millions de dollars. Et le budget global de l'épreuve dépasse les six millions de dollars. C'est énorme pour un pays comme la Belgique. Et ce ne serait pas viable. A titre indicatif, le budget total du tournoi d'Anvers, qui se déroule sur plus d'une semaine, est de quatre millions de dollars...»

Bruxelles était, via votre société Octagon, candidate en 2003 à l'organisation de la phase finale de la Fed Cup. La fédération internationale a préféré désigner Moscou. Etes-vous prêt à remettre votre ouvrage sur le métier cette année?

«Si la Belgique se qualifie pour la phase finale, ce n'est pas impossible. Kim a programmé la Fed Cup à son agenda. Justine, en revanche, semble plus réticente. On verra le moment venu. Mais il est clair que l'expérience de l'année dernière a été très décevante. Bruxelles réunissait tous les atouts pour recevoir cette phase finale. Ç'aurait été une fête fantastique. Et, pour des raisons incompréhensibles, liées sans doute à de basses questions financières, la fédération internationale a préféré Moscou. Le plus incroyable est que nous n'avons jamais reçu d'explications claires sur ce curieux choix. Il m'a été reproché d'avoir dit à la FIT que si la phase finale n'avait pas lieu à Bruxelles, Kim Clijsters et Justine Henin-Hardenne n'y participeraient pas. Mais ce n'était pas un chantage. C'était juste la vérité...»

Par la force des choses, vous êtes régulièrement en contact avec Kim et Justine. La Limbourgeoise est, d'apparence, assez extravertie. La Rochefortoise semble plus introvertie. Est-ce conforme à la réalité?

«Oui. Kim est une jeune femme naturellement sympa, très ouverte, très relax. Elle est fidèle à son tempérament. Le succès ne l'a pas changée d'un iota. Juste avant un match important, elle est capable de s'amuser en jouant avec un chien. Dans ce contexte, il m'est vraiment délicat d'expliquer les raisons de son stress apparent, sur le court, lors de certaines finales jouées l'année dernière...»

La société Octagon s'occupe-t-elle de ses intérêts?

«Non, c'est Lei Clijsters, le papa de Kim, qui est son seul manager. C'est lui qui centralise tout et qui a le dernier mot. Mais nous entretenons d'excellentes relations avec la famille Clijsters et il nous arrive de proposer des partenariats avec certaines firmes, comme Sanex par exemple. Par ail- leurs, Octagon gère les intérêts de Lleyton Hewitt. Cela nous ouvre certaines portes.»

Comment jugez-vous le travail de manager de Lei Clijsters?

«Je n'ai pas à le juger. Je crois qu'il apprend tous les jours. Il avait, grâce à sa carrière de joueur de football, une certaine expérience du sport de haut niveau. Mais dans ce cas-ci, la médiatisation est encore plus grande. Il est sûr, en tout cas, qu'il a un très bon rapport avec sa fille et qu'il fait tout pour l'aider à gérer le mieux possible sa carrière.»

Et Justine Henin?

«Elle a un caractère très différent de celui de Kim. C'est même parfois l'opposé. Elle est plus introvertie, moins ouverte, plus concentrée sur son tennis. C'est une jeune femme qui pense beaucoup. Son approche du métier est très différente. Quelque part, elle se rapproche davantage du caractère classique des sportifs de haut niveau. Lorsque j'étais athlète, j'avais également tendance à me refermer avant une compétition et à être stressé.»

Etes-vous surpris par ses succès en 2003 et son rang de n°1 mondial?

«Non. Justine est une vraie championne, intelligente, qui a toujours atteint ses objectifs et qui est toujours allée au bout de ses rêves. Si un champion masculin dit: Je veux gagner! personne n'est surpris. Lorsque ce même discours sort de la bouche d'une femme, le regard que l'on porte est différent. Justine sait ce qu'elle veut et se donne les moyens de réussir.»

Elle est actuellement sous contrat avec Octagon au niveau de son sponsoring international. Mais c'est son mari Pierre-Yves qui s'occupe de ses affaires en Belgique. Qu'en pensez-vous?

«Pierre-Yves fait ça très bien. Il apprend vite. La Belgique n'est pas un très grand pays et il peut, en outre, compter, dans ses choix, sur l'aide très importante et les bons conseils de Carlos Rodriguez.»

Aux yeux du grand public, Kim et Justine étaient considérées comme de grandes amies. L'année 2003 a prouvé que ce n'était pas vraiment le cas. Est-ce un bien ou un mal?

«Je crois que les choses sont désormais plus claires. Justine et Kim sont deux championnes qui se respectent énormément. Mais ce sont aussi deux rivales. Il n'y avait pas de raisons pour qu'elles deviennent de grandes amies: elles sont tellement différentes sur tous les plans. A leur époque, Eddy Merckx et Roger De Vlaeminck ne passaient pas leurs vacances ensemble. L'important dans le sport, c'est le respect de l'adversaire...»

Qu'avez-vous pensé des accusations de dopage lancées par certains après la victoire de Justine à l'US Open?

«C'était lamentable. Dégueulasse, même. Rien ne lie Justine au dopage. Ces sous-entendus et ces accusations m'ont vraiment fait mal. Depuis, les eaux se sont calmées. Mais il restera toujours une cicatrice. C'est triste.»

Existe-t-il un danger de communautariser les victoires des deux joueuses et de transformer leur duel en guerre linguistique?

«Je ne le crois pas. Elles sont au-dessus de tout ça. Elles symbolisent la Belgique qui gagne. Ce n'est pas un hasard si elles sont populaires dans les deux parties du pays, parfois même plus dans l'autre partie linguistique...»

© Les Sports 2004