Tous les pensionnaires du top 100 ont mesuré l’écart qui existe entre eux et le Big Three. Djoko et Rafa ne sont pas juste d’excellents joueurs. Pour se hisser à la table des légendes, ils ont passé un à un les rites d’initiations. Humilité, courage, concentration extrême, acceptation tantôt de la souffrance tantôt de la remise en questions, autant de traits de caractère qui expliquent pourquoi à 35 et 34 ans, Rafael Nadal et Novak Djokovic sont capables d’offrir un show d’une telle intensité.

Le tennis ne permet aucun match nul. Les deux artistes n’ont jamais laissé l’autre prendre le large lors de ce marathon où on a eu besoin de la photo-finish pour désigner le vainqueur. Novak Djokovic a bouté hors du tournoi parisien le héros local (3-6, 6-3, 7-6 (5), 6-2) qui a donné rendez-vous à sa statue dans 50 semaines.

Novak Djokovic était épuisé lorsqu’il a rejoint le micro peu après 23h30.

"C’était un privilège de vivre ce match ce soir avec Rafa ici, expliquait Nole. Nous avons vécu un match incroyable. C’est le plus grand match que j’ai joué ici à Paris. L’ambiance a été incroyable avec beaucoup de bruits pour lui et pour moi. J’ai puisé beaucoup d’énergie. Si tu veux avoir une chance de battre Rafa sur le court Philippe Chatrier, tu n’as pas le choix. Tu es obligé de jouer ton meilleur tennis. Ce soir, j’avais mon meilleur tennis. C’est difficile de trouver les mots. La pression ressentir à Roland-Garros quand tu joues Nadal est unique."

Pour la troisième fois de l’histoire de Roland-Garros, la terre battue a tremblé. Rafael Nadal s’est incliné à la porte d’Auteuil pour la 3e fois en… 16 participations. Robin Soderling avait été le premier à réaliser ce pur exploit en 2009. A la surprise générale. Novak Djokovic avait éliminé l’ogre de l’ocre en 2015. Le Serbe a donc remis le couvert six ans plus tard.

Même le gouvernement français a compris la gravité du moment. Peu après 22h30, le speaker annonçait que le stade ne serait pas évacué avant la fin de ce match d’anthologie.

Lors de la première manche, Rafael Nadal s’envolait à 5-0, mais le Serbe n’était pas si loin. Dans le deuxième set, les rôles étaient inversés. La qualité montait d’un cran en attendant le clou du spectacle : le 3e set. Durant 92 minutes, le Serbe a proposé un tennis de rêve lors des 96 points. Il a bousculé et dérangé l’Espagnol en réinventant la géométrie du court Philippe Chatrier. Les angles devenaient si obtus que les kilomètres courus se multipliaient. Rafa laissait beaucoup d’énergie sur le court, mais arrachait le droit de jouer un tie-break.

Les détails ont fait la différence. Nadal a commis une double faute et a manqué une volée dite facile.

Le Serbe s’emparait du 3e set qui était capital sur un plan psychologique.

"Ce genre de match m’aide, poursuivait Djoko. Je cherche à améliorer mon caractère et mon jeu tous les jours. Jouer avec une telle pression est un immense privilège car cela signifie qu’on vit un grand moment."

Les grandes légendes ne craquent jamais. Nadal tentait un ultime sursaut en s’échappant à 2-0 dans la 4e manche. Il boitait de manière de plus en plus visible. Cette année, Novak Djokovic évoluait un ton au-dessus sur un plan physique. Il avait (un peu) moins couru. Il était plus lucide sur la fin de rencontre. Il alignait les jeux au point de s’échapper à 5-2 et conclure sans trembler.

Le public, déchaîné, avait compris qu’il venait d’assister au plus beau des spectacles. Et dire que Novak Djokovic n’a toujours rien en main. Il lui faudra récupérer de cette soirée historique avant de remonter sur le ring dimanche. Et si c’était Stefanos Tsitsipas qui avait réalisé la double belle affaire du jour ?

La course au plus grand de tous les records a probablement connu un tournant décisif. A Roland-Garros, Rafael Nadal ne remportera pas son 21e Major. Djokovic, en plus, peut empocher son 19e titre. Vivement que Federer rejoigne le duo à Wimbledon pour une nouvelle explication musclée.