Carlos Rodriguez estime qu'elle peut encore progresser de 30 à 40%

NEW YORK Il l'a bien répété quatre fois. «C'est inespéré!», lança-t-il. Juan Carlos Rodriguez était le plus heureux des coaches, samedi soir, à l'issue de la victoire de Justine Henin en finale de l'US Open contre Kim Clijsters. L'homme, il est vrai, venait de vivre deux soirées de folie en deux jours à vibrer aux exploits de sa protégée.

«Justine a pris tout ce que Kim lui a donné et bien plus, analysa-t-il dans la foulée de la rencontre. C'est son grand mérite. Ce ne fut pas un grand match, mais plutôt une partie d'échecs. Je lui avais dit d'essayer de jouer de la manière la plus relâchée possible, mais j'avoue que je n'étais pas certain qu'elle puisse tenir la distance. Je lui avais même confié, dans la matinée, que si elle ne se sentait vraiment pas bien, elle devait y aller molo. Elle m'a répondu qu'elle avait un coeur gros comme ça et qu'elle y croyait. C'est ce que j'ai expliqué à John McEnroe lorsqu'il est venu me demander, une demi-heure avant le match, si Justine allait jouer.»

Carlos Rodriguez considérait que quoi qu'il puisse arriver dans cette finale, le tournoi de Justine Henin était déjà une réussite. Il ne se basait pas, pour cela, sur la qualité du tennis qu'elle avait pratiqué, car il trouvait qu'elle était encore sujette à amélioration, mais bien sur a manière dont elle avait réussi à gérer ses émotions.

«Par le passé, si trois spectateurs avaient crié sur elle, elle aurait été toute paniquée. Là, contre Jennifer Capriati, elle a réussi à maîtriser ses nerfs devant 15.000 personnes. C'est sa grande réussite. Il y a certes encore des progrès, parce que je l'ai malgré tout encore trouvé nerveuse à des moments irrelevants comme lors de son premier tour contre Aniko Kapros.»

Terminer la saison

Le coach, qui la côtoye depuis sept ans, a toujours été exigeant avec sa joueuse. Et il le restera. Histoire de la maintenir en éveil. Histoire de continuer à la faire évoluer. Il trouve ainsi que malgré cette deuxième victoire dans une levée du Grand Chelem en trois de temps à peine, son jeu présente encore pas mal de lacunes.

«Sans être arrogant, j'estime qu'il y a encore moyen de la faire progresser de 30 à 40%. Elle a gagné sa finale en passant à peine 47% de premières balles de service. C'est beaucoup trop peu. Il n'y a qu'un seul match lors de la quinzaine où elle atteint un pourcentage acceptable. C'était contre Dinara Safina, où elle afficha 61%. Je voudrais aussi qu'elle comprenne qu'elle doit jouer beaucoup plus vers l'avant et venir au filet. Six elle veut jouer encore six ans, elle doit apprendre à s'économiser et c'est faisant notamment service-volée qu'elle y parviendra. Disputer un match comme celui contre Capriati laisse des traces dans une carrière...»

Carlos Rodriguez n'a certes pas voulu s'approfondir sur l'éventuel complexe que Kim Clijsters pourrait ajourd'hui nourrir vis-à-vis de Justine Henin. Il n'a pas, non plus, souhaité indiquer le moment ainsi que la raison où le déclic qui a fait s'inverser la tendance a pu se produire.

«Je le dirai le jour où elle mettra un terme à sa carrière..., sourit-il. Et puis, ce n'est pas à moi d'évoquer un éventuel problème d'ordre mental que Kim pourrait avoir. Lorsque la même chose fut évoquée au sujet de Justine, je n'avais pas apprécié. Alors, je ne me vois pas faire la même chose à d'autres et susciter des polémiques...»

Entre-temps, alors que Justine a rendez-vous en début de semaine chez un chirurgien à Liège pour tenter de trouver une solution à ses maux de dos récurrents, son coach va s'atteler à ce qu'elle termine la saison. Ce serait, pour lui, la cerise sur le gâteau. Et si ce devait être à la première place mondiale, ce ne serait que du bonus.

«Elle va garder sa faim de victoires assura-t-il. De toute manière, si ce n'est pas le cas, je serai là pour lui donner un grand coup de pied aux fesses...»

© Les Sports 2003