Le court Philippe-Chatrier verra défiler les grosses têtes de série ce dimanche avec dans l’ordre : Halep, Nadal, Svitolina et Thiem. Mais c’est sur le Suzanne-Lenglen que nous espérons trouver notre bonheur en suivant la partie entre l’Allemand Alexander Zverev, finaliste malheureux du dernier US Open où il avait toutes les cartes dans son jeu pour s’imposer, et Jannik Sinner, la star montante du tennis italien mais aussi international, vainqueur du Masters Next Gen la saison dernière et tombeur, pour ceux qui l’auraient oublié, de David Goffin au premier tour de ce Roland-Garros. Si ces deux joueurs sont à leur meilleur niveau, on pourrait assister à une magnifique bataille.

Alexander Zverev, on a l’impression de la connaître depuis tellement d’années qu’on a envie de la qualifier de vieux sur le circuit mais il n’en est rien. La sixième tête de série à Roland-Garros a seulement fêté ses 23 ans pendant le confinement. Il y a quelques années, ce dernier était présenté comme le successeur des Nadal, Federer et Djokovic. Pourquoi ? Parce qu’à 20 ans à peine, il enlevait déjà cinq titres lors d’une saison et entrait directement dans le top 10 mondial. Un top 10 où il est présent depuis juillet 2017. Et un an plus tard, le dernier finaliste de l’Us Open passait une nouvelle étape en remportant le Masters. Mais la suite fut moins heureuse. Sans disparaître des radars, le frère aîné de Mischa et le fils d’Alexander Sr a quitté le devant de la scène. La raison ? Une pression peut-être trop grande pour les épaules d’un grand garçon d’un mètre 98 pour 90 kilos. Ses problèmes au service avec des doubles fautes dignes d’un C30.4 reflétaient parfaitement ses difficultés à trouver la régularité nécessaire pour décrocher un Grand Chelem. Dans cette année 2020 très spéciale, Alexander Zverev semble avoir trouvé le bon équilibre. Demi-finaliste à l’Australian Open en début de saison, finaliste à l’US Open il y a quelques semaines et en huitième à Roland-Garros, l’Allemand semble plus mature.

Et il aura besoin de celle-ci pour faire chuter Jannik Sinner qui du haut de ses 19 ans affiche déjà cette qualité. D’un calme olympien sur les courts, l’Italien n’a pas encore vraiment été inquiété à Paris avec trois victoires en trois sets. Sinner, c’est un peu l’étoile filante du circuit ATP depuis deux ans. Début 2019, il s’impose au Challenger de Bergame et devient à 17 ans le plus jeune azzurri à enlever un succès dans cette catégorie, avant d’opter pour le grand circuit. À la fin de cette saison, un peu à la surprise générale, Sinner remporte la Next Gen, le Masters des moins de 22 ans. En douze mois, le Tyrolien a avalé 500 places au ranking ATP et est tout simplement le plus jeune joueur du top 100.

Fait surprenant dans la carrière de Sinner, c’est que contrairement à la majorité des joueurs du haut niveau, il n’a pas commencé le tennis très tôt. Enfant, c’est sur les spatules qu’il prenait son pied et était performant avec des titres de champion national benjamin de géant en 2008 et vice-champion national en 2012. Ce n’est qu’à 13 ans qu’il range ses skis au placard pour se consacrer pleinement au tennis. Et quand on lui demande pourquoi, la réponse de l’Italien est simple : “Au ski, la compétition ne dure que 90 secondes et pour moi c’est trop court par rapport à l’investissement que tu mets aux entraînements. Et au tennis, j’adore voir l’adversaire, en ski, tu skies à l’aveugle par rapport à tes rivaux. En tennis, tu vois si ton adversaire est frustré ou s’il est content. Je trouve cela plus marrant. Je pense que j’étais meilleur au ski qu’en tennis, mais je n’ai pas de regrets, du moins pas encore. Ce sont deux sports qui n’ont rien à voir. Mais peut-être que grâce au ski, j’ai un jeu de jambes un peu plus solide, et que cela m’aide sur l’équilibre et les glissades.”

Un dernier point important et qui doit l’avantager sur la terre battue très lourde de ce Roland-Garros 2020 disputé en automne. Et ce dimanche entre un “jeune confirmé” et un “jeune nouveau” qui possèdent un superbe jeu, le spectacle pourrait être au rendez-vous. Ce duel pouvant aussi devenir un classique dans les années qui viennent.