La Danoise est enfin débarrassée de ses bêtes noires que sont les Williams ou Clijsters. Sera-t-elle enfin libérée ?

ISTANBUL Décrier le niveau d’intérêt actuel du tennis féminin s’apparenterait à enfoncer des portes ouvertes. Certains esprits chagrins iront même jusqu’à mettre en exergue une éventuelle frustration des journalistes belges qui pleurent toujours le départ de Henin et la longue absence de Clijsters.

Force est de constater qu’aucune joueuse ne sort du lot. Parmi les huit prétendantes à ce rendez-vous suprême, seule Sharapova, défaite d’entrée de jeu par Stosur, a déjà eu le front ceint de lauriers décernés en fin de saison.

Quelques joueuses montent en puissance de manière significative. Il ne manque au circuit féminin plus qu’une reine légitime. La gauchère tchèque Kvitova ? Elle se profile comme une candidate très sérieuse mais pas tout de suite. Sharapova ? Il faut voir si sa cheville ou son épaule tiennent encore la distance. Azarenka ? Elle peut battre tout le monde mais manque de constance sur l’ensemble d’un tournoi. Li ? À 30 ans, ses jours sont comptés. Zvonareva ? Son talent naturel ne lui suffit pas. Stosur ? Elle sera toujours dangereuse lors des Majors mais, à 27 ans elle se rapproche de la sortie. Radwanska ? Son intelligence de jeu la rend difficilement manœuvrable. Elle doit encore franchir quelques étapes. Wozniacki ? À 21 ans, l’héritière pourrait être adoubée par tout le monde dès ce week-end. Enfin, elle participe à un tournoi de premier ordre en étant débarrassée de ses rivales ancestrales de la trempe des Henin, Clijsters et Williams. À elle d’en profiter.

Grâce à ses 54 semaines au faîte de la hiérarchie, la Danoise, 21 ans, figure déjà en neuvième position de ce classement de prestige, reléguant loin derrière Mauresmo, Safina, Austin, Clijsters, Jankovic, Sanchez ou encore Venus Williams. Pourquoi cette athlète ravissante, souriante, solide dans les échanges, de loin la plus régulière sur une saison complète, n’est-elle pas pleinement acceptée ?

1.D’abord, elle nourrit son complexe lors des rendez-vous majeurs. Wozniacki s’érige en cible parfaite des critiques tout comme l’ont été Clijsters, Mauresmo et Safina en leur temps. Les deux premières n’ont légitimé leur couronne que le jour où elles se sont imposées lors d’un Grand Chelem. La Russe n’y est jamais parvenue.

2.Wozniacki peine à se faire accepter car elle court derrière trop de tournois. Les plus grandes championnes du calibre des Henin ou Williams sélectionnent avec parcimonie leurs sorties afin d’arriver au sommet de leur forme lors des Majors . L’intensité des rencontres atteint de tels sommets qu’elle interdit à tout organisme de répéter indéfiniment les efforts. Quand une joueuse se blesse pour une longue durée (Sharapova, Ivanovic et Jankovic), elle galère toujours longtemps avant de retrouver un niveau honorable.

3.Monter sur le trône provoque une angoisse. À force de courir derrière un tel objectif, on passe par une période de stress faute de nouveaux défis. Federer ou Becker ont avoué ce vide lorsqu’ils sont devenus l’homme à battre . La Danoise semble aussi atteinte.

4.Elle profite d’un système de classement illogique. La consécration de la Danoise remet aussi en question le calcul du ranking qui ne laisse pas une place assez conséquente aux joueuses qui remportent une levée du Grand Chelem. Le système de classement actuel additionne simplement les points des 16 meilleurs tournois joués sans offrir des points bonus lorsqu’on bat une Top 10 . Wozniacki démontre qu’il suffit de s’imposer sur les autres épreuves pour garder la main. Faut-il accorder plus de crédit à une sportive qui participe à huit tournois par an ? Le débat est ouvert… À Istanbul, Wozniacki pourrait faire taire une partie de ses détracteurs. En attendant un premier succès inéluctable en Grand Chelem…



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