Première levée Grand Chelem, le Masters n'est pas un tournoi comme un autre

AUGUSTA Bienvenue à Augusta, ses jardins fleuris, ses gazons manucurés et ses parfums bucoliques! Bienvenue à la septantième édition du Masters! Depuis que Bobby Jones a créé, au début des années trente, ce parcours diabolique, paradisiaque vu de l'extérieur, infernal vécu de l'intérieur, le golf n'est plus vraiment pareil. À Augusta, théâtre du Masters depuis 1934, seuls les seigneurs des greens ont droit de cité. Parcourir le palmarès de l'épreuve équivaut d'ailleurs à feuilleter le grand livre de l'histoire du golf: on y retrouve tous les grands noms. Jack Nicklaus s'est imposé à six reprises, Arnold Palmer et Tiger Woods à quatre reprises, Sam Snead, Gary Player et Nick Faldo à trois reprises. Et on retrouve également, au tableau d'honneur, des champions du calibre de Ben Hogan, Severiano Ballesteros, Bernhard Langer, Jose-Maria Olazabal, Vijay Singh ou Phil Mickelson. Rien que du beau monde...

Premier tournoi du Grand Chelem dans le calendrier, le Masters l'est aussi dans le coeur des passionnés. Le National Golf Club d'Augusta, sis en Géorgie, fait, il est vrai, rêver. Fermé comme une huître (seuls les 300 membres masculins du club, qui acquittent une cotisation annuelle de 30.000$ ont accès au parcours), il attise la curiosité des amateurs, suscite l'envie, invite à la magie. Lorsqu'il dessina ce dix-huit trous sur une plantation d'indigotiers, propriété d'un horticulteur... gantois, Bobby Jones avait en tête de créer le parcours parfait. Pour relever ce défi, il soigna les apparences, faisant le plein d'essences et créant un véritable jardin botanique. Il donna à chaque trou le nom d'une fleur. Derrière cette carte postale se cache un véritable enfer: des fairways étroits, des doglegs meurtriers, des bunkers couleur linceul et, surtout, des greens défiant la raison, rapides comme l'ovale d'Indianapolis et illisibles comme l'alphabet chinois! Comment s'étonner, dans ce contexte, qu'à l'arrivée, seuls les meilleurs triomphent, comme dans une étape reine du Tour de France. Comment s'étonner, dans ce contexte, que Tiger Woods se sente un peu chez lui dans ce coin béni de Géorgie où le temps semble s'arrêter.

Le Tigre, 30 ans à peine, s'est déjà imposé quatre fois à Augusta. Il n'entend pas en rester là. Il y a place pour d'autres vestes vertes dans sa garde-robe. Sa première victoire, en 1997, l'avait vu pulvériser les records, terminant avec 12 strokes d'avance sur le deuxième. Il s'était révélé au monde, offrant un golf offensif et précis. Tiger aime Augusta. Il aime le parcours, bien sûr, où il faut chaque fois jouer le coup parfait sous peine d'être aussitôt pénalisé. Mais il aime aussi la magie de l'endroit. Le Masters, où l'on joue uniquement sur invitation, n'a toléré son premier joueur noir qu'en 1975 (il s'agissait de Lee Elder). Imaginez, dès lors, le bonheur revanchard de Woods -qui est au golf ce que Cassius Clay fut à la boxe- de s'imposer dans ce tournoi si rétro mais si fascinant...

© Les Sports 2006