«Ma carrière ne fait que commencer''

Tennis

ENVOYÉ SPÉCIAL EN FRANCE MIGUEL TASSO

Publié le

<i>«Ma carrière ne fait que commencer''</i>
© Belga
Après son triomphe parisien, Justine Henin regarde déjà en avant!

Kim, notre autre grande championne

PARIS Son sourire trahit, certes, son immense bonheur. Mais on devine que sa joie est, surtout, intérieure. C'est toute sa vie, ces heures et heures de travail loin des feux de la rampe, qui repassent dans sa tête. La Coupe Suzanne Lenglen à côté d'elle, Justine Henin répond comme une automate aux mêmes questions. «Il s'agit d'une émotion énorme. C'est un tournoi qui me fait rêver depuis toujours. Et je viens de le gagner. Je ne suis pas sûre de vraiment me rendre compte de ce qui m'arrive...»

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Dès le début de cette finale, la Rochefortoise a dicté sa loi, imposant sa longueur de balle et sa précision. Le 6-0 du premier set vaut mieux que tous les beaux discours. «Je suis entrée sur le central avec l'envie de montrer tout de suite à Kim que j'étais dans un bon jour. Que j'étais prête à gagner ce match. Que je n'avais pas peur. Ni d'elle, ni de l'enjeu. Les premiers jeux ont été serrés. J'ai été deux fois menée 0-40 sur mon service mais j'ai chaque fois gagné le jeu. Tout cela m'a donné une grande confiance pour la suite...»

Ferrero remporte la finale hommes

Comme en 2001, lors de la fameuse demi-finale, Justine a, dans la foulée, mené 4-2 dans le deuxième set et a bénéficié d'une balle de 5-2. Mais comme en 2001, Kim l'a sauvée et a recollé au score pour égaliser à 4-4. «C'est vrai, à ce moment, j'ai repensé au scénario noir de 2001. Mais j'étais sûre de moi, sûre de mon tennis. Je n'ai jamais tremblé, sauf sur l'amortie de Kim sur la balle de match. J'étais bien contente qu'elle retombe du bon côté...»

En entrant sur le court, Justine Henin était pourtant, de son propre aveu, relativement nerveuse. «J'avais mal dormi. Pierre-Yves n'a pas arrêté de tousser! Et, moi, je regardais tourner les heures sur mon réveil. Mais dès les premiers échanges, le stress a disparu...» À ses yeux, cette victoire, fût-elle historique, n'est toutefois pas un aboutissement mais une simple étape. «C'est un instant que je veux savourer pleinement. Mais ma carrière n'est pas finie, loin s'en faut. J'ai 21 ans et bien d'autres objectifs. Je suis fière d'être devenue la première joueuse belge à remporter un tournoi du Grand Chelem. Surtout, ici, à Roland-Garros, à l'occasion d'un tournoi si spécial pour moi. Mais j'espère gagner d'autres épreuves du Grand Chelem et devenir, un jour, numéro un mondial...» À l'heure de l'analyse, elle ne manque pas de mettre en exergue l'énorme travail effectué, en amont, avec son coach Carlos Rodriguez et son préparateur physique Pat Etcheberry. «J'ai beaucoup travaillé ces six derniers mois. En Floride, j'ai sué à grosses gouttes. Je me souviens d'une parole de Pat, en décembre dernier, alors que je n'en pouvais plus sous le poids des haltères! Il m'a dit: «Tu t'en souviendras quand tu auras la Coupe dans les mains...» Il n'avait pas tort!»

Justine se décrit elle-même comme une autre joueuse. «Techniquement, j'ai nettement amélioré mon service et mon coup droit. Physiquement, je suis beaucoup plus forte et résistante. Et, mentalement, je suis beaucoup plus positive. J'aborde désormais mes matches avec une énorme confiance dans mes propres moyens..."

C'est cette métamorphose qui, à l'évidence, a permis à l'ex-demoiselle de Rochefort de battre, en l'espace de quarante-huit heures, Serena Williams et Kim Clijsters, les deux premières joueuses du monde. «J'ai eu un tableau assez difficile. Pour me retrouver en demi-finale, j'ai dû éliminer des joueuses comme Patty Schnyder ou Chanda Rubin. Kim a eu un tableau plus facile. Je crois qu'elle était moins rôdée pour aborder la finale...»

Justine ne cache pas son bonheur. Son visage est radieux. Même si elle n'osait le dire haut et fort, gagner Roland-Garros était son premier grand objectif. «Mais ma philosophie ne va pas pour autant changer. Je vais toujours regarder devant moi. Toujours essayer d'aller plus loin, tout en relativisant l'importance du tennis. Aujourd'hui, tout me sourit sur le plan professionnel et sur le plan privé. J'ai fait des choix importants et je suis très heureuse. Mais je garde les pieds sur terre..."

Au propre comme au figuré!

Consécration

La victoire de Justine Henin dans cette édition 2003 de Roland-Garros couronne une championne d'exception, née pour le tennis comme Mozart pour la musique. Au contraire des soeurs Williams ou même de Kim Clijsters, la Rochefortoise pratique un tennis naturel basé, d'abord, sur le toucher de balle et la précision. Son succès est aussi celui de l'art et de la manière sur la force et la puissance. Par les temps qui courent, ce n'est pas un petit exploit! Mais la victoire de Justine Henin consacre aussi une jeune femme exceptionnelle que les aléas de la vie n'ont guère épargné.

Le décès prématuré de sa maman et quelques querelles familiales lui ont forgé un caractère étonnamment mature pour son âge. Ces derniers mois, Justine a pris d'importantes décisions qui lui ont donné un nouvel équilibre. Elle s'est mariée, comme pour donner un élan suppémentaire à sa vie personnelle. Elle a établi son quartier général d'entraînement en Floride, comme pour accélérer sa progression professionnelle. Elle a limité son entourage au strict minimum: Pierre-Yves, son mari, et Carlos Rodriguez, son coach, comme si elle voulait faire un tri entre l'indispensable et l'accessoire. A l'évidence, c'est ce dont elle avait besoin. La voilà bien dans sa peau, épanouie et lancée vers les plus hauts sommets. Bravo championne!

819.000€ pour Juju

PARIS En remportant la finale de ce simple dames, Justine Henin a empoché la bagatelle de 819.000€. Il s'agit, bien sûr, du plus important chèque de sa carrière. Kim Clijsters a dû, pour sa part, se contenter d'un prize money de 409.500€, soit exactement la moitié!

Le montant des gains n'a cessé d'évoluer ces dernières années dans le tennis féminin. A titre indicatif, la lauréate du tournoi de Roland-Garros de 1968 n'avait touché que 750€! Dix ans plus tard, une victoire rapportait 15.000€ et, en 1988, la prime s'élevait à 225.000€.

Juan Carlos Ferrero, vainqueur du simple messieurs, a gagné pour sa part la somme de 840.000€. En matière d'argent et de tennis, les femmes sont en passe de rattraper les hommes...




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