Naomi Osaka a réussi en un tweet à forcer le monde feutré du tennis à prendre une position politique, lui qui y rechigne souvent. Née au Japon d’un père haïtien et d’une mère japonaise, élevée aux États-Unis et résidente californienne, elle a créé un séisme à New York en refusant de venir sur le court pour sa demi-finale face à Elise Mertens programmée jeudi.

Dans la foulée de la NBA, Naomi Osaka a fait passer l’ouragan de la colère dans son sport suite à un nouveau scandale de violences policières aux États-Unis. En quelques heures, elle a poussé le tournoi à suspendre les demi-finales, et en une journée elle a réussi à réintégrer le tableau après être devenue le visage de la révolte.

Elle avait manifesté à Minneapolis suite à l’assassinat de George Floyd, elle n’a pas laissé passer le cas de Jacob Blake à Kenosha dans le Wisconsin. Le tennis allait devoir prendre position, là où il évite souvent de se mouiller, sous l’influence d’Osaka, athlète féminine la plus riche de la planète au dernier classement Forbes (37,4 millions de dollars en 2019). " Avant d’être une athlète, je suis une femme noire et je pense qu’il y a des choses bien plus importantes qui méritent urgemment notre attentionque regarder mes matchs. "

Osaka se retire, envoie Elise Mertens en finale et en pleine polémique. Pris de court, le circuit se range du côté de sa star et suspend la journée des demi-finales hommes et femmes.

L’image d’un tournoi qui se poursuit, laissant Naomi Osaka seule contre tous aurait été très dure à justifier et aurait pu entraîner une révolte capable de noyer l’US Open qui commence lundi.

Alors, tout le monde a suivi le pas de la jeune femme de 22 ans, star des courts mais introvertie jusqu’au bout des ongles, qui à force de rage déterminée, devient le visage d’un tennis qui sort la tête de son nombril. "En tant que sport, nous devons prendre fait et cause contre les inégalités raciales", a expliqué le circuit dans un communiqué collectif.

La protégée du coach belge Wim Fissette, sacrée à l’US Open 2018, en larmes et sous les huées d’un public ulcéré par la défaite de Serena Williams, a encore réussi un exploit. Elle voulait "lancer le débat dans un sport joué majoritairement par les blancs", elle a réussi.

Alors, Osaka, s’est autorisé un bonus : après de longues discussions, elle a accepté de jouer cette demi-finale, vendredi. Mais le tennis est prévenu : l’US Open se jouera certes dans une bulle sanitaire, mais pas politique.