On l'aime ou on le déteste, mais Benoît Paire laisse rarement indifférent. A bientôt 32 ans, celui qui a occupé le 18e rang mondial en 2016 et compte trois titres en simple au palmarès est, de l'avis de tous, un talent gâché. Sans doute aurait-il pu s'installer durablement dans le top 10 mondial et rafler bien d'autres titres s'il avait eu une mentalité et une hygiène de vie à la hauteur de son talent. Mais voilà, le fantasque joueur n'a jamais pu se canaliser, faisant même de ses coups de gueule sur le court une véritable marque de fabrique.

Depuis un an et l'apparition de la composante "Covid" sur le circuit, le Français n'a plus le cœur au tennis et n'est même plus capable de se contenter de l'un ou l'autre coup de gueule. Ce bon vivant est désormais privé de tout ce qu'il aime et cela atteint clairement son moral. Eliminé ce mardi du tournoi ATP d'Acapulco par Tsitsipas, il s'est confié à nos confrères de L'Equipe sur son état d'esprit actuel: "J'ai perdu au premier tour, tant mieux. Je vais pouvoir sortir assez vite de la bulle et profiter quelques jours avant Miami. J'ai hâte de pouvoir aller à la plage et à la piscine. Le tennis n'est pas ma priorité pour l'instant. La seule chose à laquelle je pense, c'est sortir de la bulle. C'est le seul objectif que j'ai à chaque tournoi."

Quelques heures après cette interview, le Français s'est toutefois qualifié pour le deuxième tour du double, en compagnie de Laslo Djere. La preuve que derrière ses airs de bad boy en plein burn out, il trouve tout de même les ressources pour honorer une collaboration avec un autre joueur. Benoît Paire devra donc attendre au moins 24 heures de plus pour sortir de la bulle d'Acapulco, et il comptera sur ses compatriotes Herbert et Mahut pour l'éliminer du tournoi de double et ainsi l'extirper de sa prison invisible.

Il faut dire que l'intéressé n'a pas toujours été verni ces derniers mois. Privé d'US Open à cause d'un test positif et enfermé dans sa chambre d'hôtel pendant quatorze jours, il avait été testé une nouvelle fois positif un mois plus tard à Hambourg avant d'être de nouveau placé en quarantaine à Melbourne, après avoir été "cas contact" à l'Open d'Australie. "Je suis épuisé mentalement. Si le tennis c'est devenu ça, c'est la vie. Mais ce n'est pas ma vie."

Mais alors, pourquoi continue-t-il à écumer le circuit, quitte à balancer parfois plusieurs points de suite à coups de doubles-fautes volontaires pour abréger un match ? Pour échapper à la France et à son confinement total dès 18 heures, d'abord. Mais aussi pour l'argent, il ne s'en cache pas: "J'arrive, je prends un peu d'argent et je pars au tournoi suivant. Je fais mon boulot", explique-t-il. Car même une défaite au premier tour est rémunératrice: "Ce qui est surprenant avec le circuit actuel, c'est qu'il y a beaucoup de bénéfices à perdre. Je prends 10.000 en perdant directement à chaque fois. Alors que si tu gagnes un ATP 250, tu n'empoches que 30.000 dollars."

Mais cela ne durera qu'un temps, puisqu'au dégel du classement ATP, Benoît Paire risque de très rapidement perdre sa 31e place. Il finira par devoir se remettre au travail pour se qualifier pour les plus grands tournois. A moins qu'il ne mette fin à sa carrière ? "Je ne vais pas continuer longtemps comme ça", conclut celui qui a viré son entraîneur et ne prend d'ailleurs plus la peine de taper la balle entre ses éliminations au premier tour.