Que dire de la saison du joueur, toujours 40e joueur mondial malgré 14 défaites alignées sur ses 16 derniers matches, et qui se présente à Roland-Garros dans la peau d'un condamné dès le premier tour face au Norvégien Casper Ruud (15e mondial)? "Pathétique" pour certains, "douloureuse" pour les plus compatissants.

"Oui je traverse une période difficile", a-t-il d'ailleurs reconnu vendredi sur Twitter. "Je vous demande pas de me comprendre ni de m'aimer", a-t-il ajouté, avant de réclamer le soutien du public pour le Grand chelem parisien qui commence dimanche. "La seule chose que je vous demande c'est qu'on passe un super Roland-Garros. Qu'il y ait victoire ou défaite, juste kiffons ce moment et amusons-nous! J'ai besoin de vous pour mettre le feu."

L'Avignonnais ne l'a jamais caché: les conditions sanitaires et le huis clos entourant les tournois depuis plus d'un an, l'absence de public et de tous les à-côtés de ce qui faisait le sel de sa vie d'avant, l'affectent au plus haut point. Une façon d'expliquer ses nombreuses parodies de matchs et ses mauvais résultats.

Ça, c'est pour le fond. La forme, agrémentée de défaites ponctuées de quelques insultes et crachats, est plus discutable.

"Que je gagne ou que je perde, j'en ai rien à cirer, ça me passe à des années-lumière", avait notamment déclaré le Français après sa défaite au 1er tour à Monte-Carlo, avant de lancer: "J'ai pris 12.000 euros pour être à l'hôtel tranquille, après je rentre chez moi, c'est parfait".

"Besoin du regard des autres"

Une sortie médiatique, une de plus, qui avait fini de convaincre la Fédération française de tennis (FFT) de l'écarter des JO de Tokyo, auxquels il aurait pu prétendre avec son classement gelé en raison du Covid.

Ces déclarations à répétition sur un prétendu détachement vis-à-vis de ses défaites mises en rapport avec l'argent qu'il gagne, dégradent son image publique, comme certaines de ses anicroches sur Twitter, la dernière en date avec l'ex-capitaine de Coupe Davis et désormais consultant sur Eurosport, Jean-Paul Loth.

Celui qui avait notamment dû gérer une autre forte tête du tennis français dans les années 1980, Yannick Noah, avait qualifié Benoit Paire de "saltimbanque" après un énième match sans queue ni tête. Ce dernier n'avait pas laissé passer, demandant si Jean-Paul Loth, 79 ans, était bien "le vieux monsieur".

Mais tout ceci cache mal deux maux qui frappent Benoit Paire depuis le début de la pandémie: il ne joue pas bien et il ne va pas bien. Et ces deux quêtes sont intimement liées chez lui.

La mère du joueur a confié au quotidien L'Equipe que son fils avait "besoin du regard des autres", et que quand "il commence à rater, c'est là que ça peut dérailler".

Et Benoit Paire rate beaucoup trop depuis des mois. Son manque d'appétence pour l'entraînement et le travail physique, qu'il parvient à combler d'ordinaire, ne l'aide pas dans cette période.

"Vouloir l'aider"

"Il est dans un cercle vicieux où il sent qu'il ne joue pas aussi bien qu'il voudrait, mais en même temps il ne fait pas tout ce qu'il faut pour revenir. Du coup, il lâche un peu", analyse dans l'Equipe l'un de ses amis sur le circuit, Édouard Roger-Vasselin.

Malgré ses frasques, son comportement plus que limite sur le terrain, les cadres du tennis français ne veulent pas le lâcher.

"La période est extrêmement compliquée pour Benoît, il a beaucoup de mal, avait expliqué le directeur technique national (DTN) Nicolas Escudé juste après son exclusion des JO. On n'est pas là à vouloir lui taper encore plus sur la tête, on est là à vouloir l'aider".

La seule éclaircie aperçue depuis des mois à Madrid, avec une victoire contre le Géorgien Nikoloz Basilashvili (31e), il y a près d'un mois, n'a malheureusement pas déclenché le sursaut espéré.

Et pour son dernier tournoi avant de fouler la terre battue parisienne, Benoit Paire a abandonné mardi en plein match à Parme, prétextant un mal de gorge, alors qu'il était mené 7-5, 3-1 par l'Espagnol Jaume Munar (80e). Un classique finalement pour lui cette saison, mais que le maigre public parisien ne lui pardonnera pas Porte d'Auteuil.