L'affaire Rusedski pourrait ébranler le tennis mondial

MELBOURNE C'est l'hiver en Belgique, l'été en Australie, et pour le tennis, c'est en quelque sorte le printemps. Il devrait, en toute logique, bourgeonner avec l'ouverture, ce lundi, de l'Australian Open, mais c'est tout le contraire qui pourrait bien se produire. A côté des absences de Serena Williams et de Jennifer Capriati ainsi que de l'incertitude planant sur l'état de forme de Kim Clijsters et de Carlos Moya, c'est le spectre du dopage qui s'est abattu comme une tornade sur l'Australie avec l'annonce, le 9 janvier dernier, du contrôle positif à la nandrolone subi par Greg Rusedski le 23 juillet dernier à Indianapolis.

Il y a deux ans, presque jour pour jour, Christophe Rochus avait, en exclusivité pour notre quotidien, déjà dit tout haut ce que beaucoup pensaient tout bas en cette matière, mais le monde du tennis a été rappelé à la réalité par ce dévoilement effectué par le joueur britannique lui-même.

Soudainement, ces derniers jours, Down Under, les conversations ne tournaient plus autour des chances de succès de Lleyton Hewitt ou de Mark Philippoussis ou encore de la remarquable qualité de jeu affichée par Andre Agassi à près de 34 ans, mais toute l'attention s'était focalisée sur le principal fléau du sport de haut niveau.

Près d'une cinquantaine de cas

Les scandales de dopage se sont toujours comptés sur les doigts d'une main dans le tennis, contrairement à d'autres sports comme le cyclisme ou l'athlétisme, certains n'hésitant pas à sous-entendre que les instances dirigeantes, ITF, ATP et WTA, pouvaient être de connivence, fermant les yeux pour éviter des répercussions désastreuses en terme d'image pour leur discipline. L'affaire Rusedski, cependant, pourrait bien provoquer un véritable tremblement de terre. Tout en proclamant son innocence, le gaucher britannique, finaliste de l'US Open en 1997, déclara ainsi que 47 tennismen présentaient des taux élevés de cette substance prohibée, relançant le débat selon lequel l'ATP pourrait avoir elle-même dopé ses joueurs entre les mois d'août 2002 et mai 2003, par le biais d'un produit de substitution électrolyte, contenant de la nandrolone, distribué par ses propres kinésithérapeutes.

«J'invite l'ATP à faire toute la lumière sur cette affaire en dévoilant les noms de tous les joueurs présentant des taux élevés, expliqua-t-il. Ce qui m'arrive est injuste et discriminatoire. Mon taux n'excède pas 5 ng/ml et ne dit d'ailleurs pas tout. Ce qui est intéressant à propos des échantillons, c'est que 43 d'entre eux présentent tous le même marqueur analytique, unique au tennis. Cette affaire remonte au mois d'août 2002 et représente l'un des plus grands scandales à faire surface dans le monde du sport en général.»

Sanctionné en mai pour un contrôle positif à cette substance, le Tchèque Bohdan Ulihrach avait vu sa suspension de deux ans, son amende et sa perte de 100 places au classement ATP levées. Greg Rusedski, qui affrontera Albert Costa mardi au premier tour et qui a notamment reçu le soutien de Lleyton Hewitt, reste convaincu qu'il sera innocenté lors de son audience prévue à Montréal le 9 février: «Je vais me battre jusqu'au bout. Vu les circonstances, je suis très satisfait de mon niveau de jeu », confia-t-il ainsi depuis Sydney à la suite de sa défaite contre Mark Philipoussis. «J'espère d'ailleurs que les journalistes auront fait le tour de la question et qu'à Melbourne, ils ne me parleront que de tennis. Ce serait sympa...»

Rien, cela dit, n'est moins sûr...

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