L'Américaine avait le sentiment de s'être battue elle-même

NEW YORK Elle a eu besoin de l'épaule de son frère Steven pour l'amener jusqu'à la grande salle d'interview du stade Arthur Ashe. Jennifer Capriati n'avait jamais atteint la finale de l'US Open de toute sa carrière et en l'absence des soeurs Williams, cette année-ci constituait sans aucun doute sa meilleure chance. Elle venait de royalement la gâcher...

«J'ai gagné, non?», sourit-elle, jaune, devant le parterre des journalistes en quête de comprendre ce qui lui était arrivé. «Cela me fait mal, il n'y a pas de doute. C'est très décevant. Mais bon, que puis-je faire? C'est la vie...»

L'Américaine, victorieuse de trois levées du Grand Chelem, ne trouvait pas de mots pour expliquer comment elle avait pu laisser filer un match qu'elle tenait au bout de sa raquette. Menant 5-3 dans le deuxième set, puis 5-2 dans le troisième, elle passa, en tout et pour tout, neuf fois à deux points de la victoire sans pouvoir conclure.

«Je crois qu'il n'y a sans doute moyen de comprendre qu'à partir du moment où on a soi-même vécu la situation. Chaque sportif de haut niveau cernera ce que je veux dire. Je sentais que je devais conclure la rencontre, je la voyais souffrir de crampes, le public s'excitait. J'imagine que j'ai tout simplement perdu ma concentration et que tout m'a lâché.»

«J'ai pleuré, oui...»

Les yeux humides, la New-Yorkaise, en tout cas, était certaine d'une chose au terme de cette rencontre complètement folle. Cette demi-finale, c'est plutôt elle qui l'avait perdue que Justine Henin qui l'avait gagnée...

«Il faut reconnaître ses mérites de s'être battue, mais j'avais ce match en mains et c'était à moi à le gagner. Je suppose que je me suis battue moi-même...»

Jennifer Capriati ne savait pas si cette défaite risquait de la hanter pour longtemps. Elle voulait positiver en se disant que certains événements servent parfois de leçon. Elle ne pouvait, en revanche, nier que ce revers était l'un des plus cuisants de sa carrière.

«Lorsque je suis sortie du court, j'ai été envahie par la sensation qu'on venait de m'arracher le coeur. J'ai perdu ce match, mais j'ai donné tout ce que j'avais. Les jours prochains vont sans être très durs, mais j'ai ma famille et mes proches pour me soutenir...»

Après le match, elle l'avoua sans problème, elle s'est complètement laissée aller dans les bras de ses parents.

«J'ai pleuré, oui. C'est à cela que servent les vestiaires...», conclut-elle.

© Les Sports 2003