US Open: «c'était de la folie!»

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ENVOYÉ SPÉCIAL AUX ETATS-UNIS SERGE FAYAT

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Henin a été au bout de ses forces pour vaincre Capriati en demi-finale

NEW YORK Flushing Meadows se sera réveillé avec de tout petits yeux, samedi matin. Alors que le soleil égayait déjà généreusement de ses rayons une partie des allées, le stade Arthur Ashe portait encore les stigmates d'une de ces soirées mémorables dont seul l'US Open est probablement le seul à détenir le secret. La veille, Justine Henin-Hardenne (WTA 3) et Jennifer Capriati (WTA 7) y avaient éteint les lumières et tiré les volets sur le coup de minuit trente au terme d'un match surréaliste que l'Amérique n'oubliera probablement pas de sitôt.

«C'était de la folie...», expliqua ainsi l'Ardennaise d'une voix rauque à deux journalistes féminines autorisées à entrer dans les vestiaires, alors qu'elle se trouvait couchée comme sur un lit d'hôpital, une perfusion de glucose dans le bras et des essuies sur ses jambes. «J'ai été très courageuse. Je me suis montrée mentalement très forte lorsque je fus menée 5-3 dans le deuxième set et 5-2 dans le troisième, alors que je ressentais des crampes en servant. Je suis revenue de très loin, beaucoup de gens ont pensé à plusieurs reprises que c'était fini. C'est incroyable!»

L'espace de 3h03 minutes, Justine Henin et Jennifer Capriati se sont, en effet, livré un combat héroïque pour accéder pour la première fois de leur carrière en finale de l'US Open. Dans une ambiance électrique générée par un public tout acquis à la cause de sa compatriote, la Rochefortoise et la New-Yorkaise ont tout simplement proposé le meilleur show de l'été, bien supérieur encore au Roi Lion, le music-hall culte de Walt Disney qui casse actuellement la baraque sur Broadway. A l'arrivée, c'est la lauréate de Roland-Garros qui s'est imposée 4-6, 7-5 et 7-6 (7/4) après s'être retrouvée neuf fois à deux points de la défaite!

«J'aurais dû appeler le kiné»

«Il est clair que j'aurais pu perdre ce match. J'ai d'ailleurs commis une très grosse erreur en ne faisant pas appel au kiné lorsque j'ai ressenti ces crampes. Je n'ai simplement pas osé après tout ce qui avait été dit à mon sujet ces derniers temps. Je n'hésiterai plus jamais à l'avenir...»

Kim Clijsters était déjà dans son lit mais toujours devant la télévision lorsque Justine Henin s'écroula de bonheur au beau milieu du court du stade Arthur Ashe après avoir vu une dernière volée de Jennifer Capriati terminer sa course dans la bande du filet. On ne sait trop, d'ailleurs, comment elle eut encore la force de signer quelques autographes après ce qu'elle avait vécu. Le fait d'avoir dû combattre une adversaire déchaînée, un public en délire, des juges de ligne peu sûrs et des crampes a failli se révéler trop dur pour elle.

A 5-3 dans le deuxième set, l'Ardennaise eut ainsi un coup de pouce du destin lorsqu'elle réussit une demi-volée amortie du désespoir suivi d'un lob millimétré pour se relancer. Et à 5-2 dans le troisième set, alors qu'elle jetait ses dernières forces dans la bataille, elle vit l'Américaine se crisper, envahie par la fameuse peur de gagner. Et le miracle se produisit... «J'ai vraiment dû puiser très loin dans mes ressources et je ne sais pas si j'aurai récupéré. La situation n'a pas été évidente à gérer avec cette ambiance très forte dans le stade, mais sur la fin le public s'est montré très correct, admirant deux joueuses qui se battaient. C'est une grande victoire. C'est le genre de match dont je me souviendrai toute ma vie...», conclut-elle avant de quitter le stade en même temps que les journaistes prenaient le dernier bus direction Manhattan à trois heures du matin.

Et dire qu'après cela, il fallait encore jouer une finale le soir même...

Héroïque

Voilà, la Belgique du tennis a eu, à l'US Open, cette deuxième finale du Grand Chelem qui lui semblait promise depuis le début de la quinzaine. En l'absence des soeurs Williams, victorieuses à elles deux des quatre dernières éditions de l'épreuve, Kim Clijsters et Justine Henin partaient avec le statut de grandes favorites à New York, mais ce n'est pas pour autant qu'elles ont reçu, samedi soir, le droit de se disputer le million de dollars et le trophée tant convoités sur un plateau d'argent.

Première joueuse mondiale et tête de série n°1, la Limbourgeoise n'avait pas hérité du tirage au sort le plus facile, mais elle a fait preuve d'une régularité époustouflante pour se hisser jusque-là. Tête de série n°2, l'Ardennaise s'est, elle, tout simplement, montrée héroïque pour remporter une demi-finale complètement surréaliste contre Jennifer Capriati 7-6 au troisième set. Dans un stade Arthur Ashe qui paraissait beaucoup trop grand pour elle, la lauréate de Roland-Garros a vaincu une adversaire déchaînée, un public hostile, ainsi que des crampes pour écrire l'une des plus belles pages de l'histoire du tennis féminin.

Ce lundi, les deux joueuses belges pointeront aux deux premières places de la hiérarchie mondiale. Une Flamande et une Francophone au plus haut de l'affiche, cela semble trop beau pour un pays comme le nôtre. Et pourtant, ce n'est, bel et bien, pas un rêve...




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