Deux certitudes avant la finale hommes de l’US Open : un nouveau joueur allait inscrire son nom au palmarès d’un tournoi du Grand Chelem et pour la première fois depuis l’US Open 2016 remporté par le Suisse Stan Wawrinka, un joueur n’appartenant pas au Big Three allait s’imposer. Et c’est à Dominic Thiem qu’est revenu cet honneur après son succès au courage 6-2, 6-4, 4-6, 3-6, 6-7 (8) contre Alexander Zverev. Mené deux sets à zéro et breaké dans la troisième manche, l’Autrichien de 27 ans a renversé l’Allemand qui a servi pour le match dans le cinquième set face à un adversaire qui a terminé la rencontre avec des débuts de crampes et des douleurs à la cuisse droite.

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Et c’est la finale la plus surréaliste des dernières décennies qui s’est disputée la nuit dernière du côté de Flushing Meadows. Non pas parce qu’elle était dépourvue d’un des membres du Big Three (Nadal, Federer et Djokovic) mais surtout parce qu’elle se déroulait dans un stade Arthur Ashe quasiment vide avec pour seuls bruits, les balles frappées par les deux protagonistes, les annonces de l’arbitre et les applaudissements enregistrés et diffusés quand un beau point sortait d’une raquette. Sur le terrain, dans la peau du favori, car il en fallait bien un, Dominic Thiem, troisième joueur mondial et fort de trois expériences en finale d’un Grand Chelem (Roland-Garros 2018, 2019 et Australian Open 2020). Dans le costume de l’outsider, Alexander Zverev, 7e mondial, qui a été le premier de la nouvelle génération à contester la domination du Big Three, allant jusqu’à remporter des Masters 1000 en battant Federer (Canada 2017) et Djokovic (Rome 2018) en finale, à gagner le Masters de fin d’année (2018), et à se hisser au 3e rang mondial (2017). Mais l’Allemand n’a jamais concrétisé en Grand Chelem. Il n’a même atteint sa première demi-finale qu’en Australie cette année.


C’est pourtant lui qui, contrairement à ses matchs en demi-finale (mené deux sets à zéro) et quart de finale (mené un set à zéro) entra le mieux dans la rencontre. La tête de série numéro cinq de l’US Open semblait plus sereine et cela se ressentait dans son jeu à la fois fluide et précis. Avec seize coups gagnants pour seulement quatre à l’Autrichien, Alexander Zverev empocha logiquement le premier set (6-2).

Du haut de son mètre 98, l’Allemand ne lâcha pas son emprise sur la rencontre et reproduisit dans le deuxième set le scénario du premier en concédant le premier jeu avant de mettre dans son escarcelle les trois suivants tout en n’offrant aucune balle de break à son opposant. Ce qui engendra chez Dominic Thiem des mouvements de mauvaise humeur. Il faut dire que l’Autrichien de 27 ans livrait un bien mauvais match en ne parvenant jamais à dépasser son adversaire tout en commettant trop rapidement des fautes directes quand les échanges prenaient un peu de longueur. Zverev hérita de trois balles de deuxième set à 5-1 puis une quatrième sur une volée facile à 5-2 mais ne parvenait pas à conclure et permettait à Dominic Thiem, qui retrouvait un peu des couleurs, de revenir à 5-4. À nouveau au service pour conclure cette deuxième manche, le natif de Hambourg ne trembla plus et se retrouvait à un set d’un premier titre en Grand Chelem.

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En prenant le service de Thiem pour faire 2-1 dans le troisième set, le septième joueur mondial semblait sur la bonne route pour s’imposer rapidement mais c’était sans compter sur le jusqu’au-boutisme de son adversaire qui recolla au score. Les deux joueurs restèrent au coude à coude jusqu’à 4-4, moment choisi par l’Autrichien pour prendre son service difficilement et ensuite conclure le troisième set en mettant beaucoup de pression sur l’engagement de Zverev (4-6).

La promenade de santé était clairement terminée pour l’Allemand qui se voyait dans l’obligation de chercher des réponses pour contrer le jeu plus digne d’une finale de Grand Chelem de Dominic Thiem. Et il n’y parvint pas en perdant le huitième jeu du quatrième set (3-5) sur une double faute, la onzième du match, et un coup droit dans le bas du filet. Une aubaine pour le troisième joueur mondial qui recollait complètement au score en transformant sa première balle de set (3-6).

Comme lors des trois dernières finales de Grand Chelem, le titre allait se jouer au cinquième set. Une manche où les deux joueurs perdirent d’entrée leur service (1-1) avant de se reprendre (3-3) avec une intensité de plus en plus présente dans les échanges. Après avoir pris son service pour faire 4-3, Zverev profita d’une petite baisse de régime de Thiem pour breaker l’Autrichien et servir pour le titre. Une nouvelle chance galvaudée avec des premières trop timorées et deux fautes non-provoquées alors que son adversaire semblait souffrir physiquement mais parvint quand même à revenir à 5-5 sur un magnifique passing-shot. Et dans la foulée il allait prendre l’engagement de l’Allemand avant de servir à son tour pour un premier titre en Grand Chelem. Mais avant cela, il appela le kiné pour se faire masser la cuisse droite. Un traitement inefficace puisque Zverev fit 6-6 face à un Thiem boitant de plus en plus à l’entame du tie-break décisif. Ce qui l’obligea à tenter des coups gagnants et à casser le rythme avec de nombreux slices. Ce qui perturba Zverev qui se retrouvait mené 3-5 puis 4-6 avant de revenir à 6-6 au deuxième changement de côté. Le titre allait se jouer au courage mais aussi au mental. Des domaines bien connus chez Thiem qui pouvait s’écrouler de joie sur une dernière faute directe de Zverev (6-8).