Entrons dans l'esprit du Courtraisien avec son préparateur mental

NEW YORK Il a quitté Flushing Meadows, comme lui, sur le coup d'une heure du matin, mais non sans avoir levé un petit coup du voile sur la manière dont fonctionnait Xavier Malisse.

Chad Bohling, 31 ans, diplômé de l'Université de San Diego en psychologie sportive et travaillant pour le compte de l'Académie de Nick Bollettieri, à Bradenton, en Floride, est le préparateur mental du Courtraisien.

«Je connais Xavier depuis environ six ans, raconte-t-il. Il est arrivé plus ou moins en même temps que moi à l'Académie de Nick Bollettieri. C'est un garçon très cool et intelligent. Il adore la vie. De tous ceux avec qui je travaille, il figure parmi les plus honnêtes et les plus respectueux...»

Jamais personne n'a douté du talent tennistique de Xavier Malisse. Chad Bohling le sait très bien, au même titre que Nick Bollettieri ou Carlos Zapata, ses deux coaches. Avec une balle, le Courtraisien sait tout faire.

Le problème, c'est qu'il n'affiche pas toujours l'attitude, le tempérament, la volonté ou le caractère digne d'un sportif de haut niveau. Bref, c'est dans la tête, docteur, que cela se passe...

«Xavier n'a pas un problème sur le plan mental. Ce n'est pas comme s'il était fou, si vous voyez ce que je veux dire, sourit-il. Simplement, il ne parvient pas toujours à utiliser l'énergie qu'il déploye sur le court positivement. S'il perd la tête, c'est principalement parce qu'il se laisse emporter par des aspects annexes à son tennis, du genre d'une réaction du public, d'une simple corde cassée, ou d'une décision malencontreuse de l'arbitre. S'il est venu jusqu'à moi, c'est justement pour gommer cet aspect ainsi qu'améliorer sa concentration.»

Jordan et Armstrong

Le natif du Nebraska, qui s'occupe également de Tommy Haas, ancien deuxième joueur mondial, ainsi que des joueurs de l'équipe de football américain des Jacksonville Jaguars, travaille, en fait, de deux manières avec Xavier Malisse pour le préparer mentalement. La première est l'utilisation de cassettes vidéo de grands sportifs qu'il possède au sein de l'Académie. La deuxième est l'analyse des situations vécues par le Courtraisien ainsi que le feedback qu'il lui en donne.

«Le but est avant tout qu'il parvienne à garder toutes les choses qu'il vit en perspective. Bref, qu'il relativise. Les cassettes vidéo, notamment de Michael Jordan et Lance Armstrong, servent à lui montrer que chaque sportif de haut niveau doit faire face à l'adversité. Ce qu'il rencontre sur un court de tennis, d'autres le vivent sur un parquet de basket, sur un vélo ou même dans leur vie courante. Il est mené un set à rien, il vient d'être victime d'une mauvaise décision arbitrale, comment réagit-il? Il mène deux sets à rien, puis se fait breaker, pourquoi devient-il frustré? J'essaye de le faire penser plus positivement. Ce n'est pas de la sophrologie, c'est du conditionnement mental...»

Sur ce qu'il a pu constater lors de cet US Open, Chad Bohling considère que le demi-finaliste de Wimbledon de l'an dernier a effectué des progrès. Sa victoire au troisième tour, dimanche soir, contre le Russe Dmitry Tursunov, où il effaça un break dans chaque set, fut, pour lui, révélatrice de son état d'esprit. L'Américain, cela dit, sait que le processus peut prendre plusieurs mois.

«Les gens vont peut-être avoir tendance à juger ses progrès par le biais de ses résultats en tournois, mais pas moi. Je me base sur ce que je vois et sur ce que je vis avec lui. Sur ces deux semaines, j'ai pu me faire une bonne petite idée de la manière dont il fonctionnait. Il est devenu plus positif vs-à-vis de lui-même, mais cela doit encore devenir une discipline de tous les jours. Nous sommes là pour l'aider, mais à l'arrivée, c'est lui qui doit le faire. Il a, en tout cas, tous les outils pour réaliser une belle carrière. Il peut parfois donner l'impression de s'en foutre, mais au fond de lui, il est concerné. Xavier est un gagneur...»

© Les Sports 2003