US Open: sans peur ni reproches

Tennis

ENVOYÉ SPÉCIAL AUX ETATS-UNIS SERGE FAYAT

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Malisse a échoué avec les honneurs contre Roddick

NEW YORK Le réveil aura sans doute été un brin plus difficile, jeudi matin, pour Xavier Malisse (ATP 67) dans sa chambre de l'hôtel Radisson à Manhattan. La veille au soir, passé minuit, sa belle aventure à Flushing Meadows s'est, en effet, terminée au stade des huitièmes de finale. Dans un stade Arthur Ashe envahi par la brume, le Courtraisien s'est incliné 6-3, 6-4 et 7-6 (7/5) contre le grand favori de l'épreuve, Andy Roddick (ATP 4), non sans avoir failli le pousser dans un quatrième set qui aurait, peut-être, pu tout changer.

«Je suis quelque peu déçu de ne pas avoir remporté ce troisième set, confia-t-il. Si j'étais parvenu à le prendre, nous aurions encore été là, et qui sait alors ce qui aurait pu se produire? Il y avait peut-être moyen de faire mieux, mais je pense que dans l'ensemble, il mérite sa victoire. J'ai atteint un très bon niveau de jeu et je suis fier de moi. C'était vraiment chouette...»

Xavier Malisse n'a aucune raison de rougir de sa défaite. Mercredi soir, devant à peine 6.000 personnes qui avaient bravé la pluie et le brouillard, il a, tout simplement, été battu par un adversaire plus fort que lui. Durant deux sets et demi, l'Américain aux allures d'enfant hyperkinétique pratiqua ainsi un tennis de rêve, passant même 90% de premières balles à plus de 200 km/h dans la deuxième manche, pour ne lui laisser aucune chance. Tout juste lui avait-il toléré la prise de trois points sur son service!

«Il va gagner le tournoi...»

«Que voulez-vous faire lorsqu'il vous assène régulièrement des premières balles à 220 km/h? Je mettais à peine ma raquette et la balle sortait encore. Même sa deuxième balle est impressionnante. Il est le meilleur serveur du monde. Il doit 15 à 20 places au classement mondial à cette arme. C'est très frustrant, d'autant que dans l'échange, je rivalisais. S'il continue à jouer comme ça, il va gagner le tournoi. Il est l'homme à battre!»

S'il a un petit regret à nourrir, toutefois, c'est celui de ne pas avoir réussi à forcer Andy Roddick à disputer un quatrième set. Alors qu'il était enfin parvenu à avoir une certaine emprise sur le service d'un adversaire qui se crispa sentant le vent tourner, Xavier Malisse hérita soudainement de cinq balles de break en deux jeux, dont deux furent des balles de troisième manche à 5-4, 15-40. Il ne réussit, hélas!, pas à les saisir. Il eut une autre occasion à 5-3 dans le tie-break, mais là aussi, avec le même résultat.

«Voyant que j'avais été balayé durant les deux premiers sets, j'ai essayé de changer de tactique en bloquant sa première balle de service et en reculant sur la deuxième. Cela a bien fonctionné, même si c'était peut-être un petit peu tard. J'aurais pu remporter ce tie-break, mais il m'a mis de la pression au bon moment. Enfin, je le sais pour la prochaine fois...»

Cette capacité à saisir les occasions lorsqu'elles se présentent est peut-être aussi ce qui fait la différence entre un premier joueur mondial en puissance et un autre qui, malgré son indéniable talent, doit s'accrocher pour retrouver une place au sein du Top 50.

Xavier Malisse a livré un excellent US Open, il a démontré s'être repris en mains, mais c'est sur le long terme qu'il faudra juger de ses progrès. «L'envie et la combativité sont en tout cas revenues. Et j'ai le sentiment que la structure dont je fais partie va tenir pour un certain temps. Carlos va m'accompagner en Europe et je travaillerai par téléphone avec Chad. Je n'ai plus beaucoup de points à défendre d'ici la fin de la saison et je continue dans cette voie, je devrais encore gagner beaucoup de matches...»

Roddick: «j'ai eu de la chance»

Le jeune Américain était soulagé d'avoir conclu en trois sets

NEW YORK «Au moins, je ne vais pas devoir m'inquiéter de la couleur du ciel pendant un jour...»

Il était une heure moins le quart, le jeudi de la deuxième semaine, et Andy Roddick venait à peine de se qualifier pour les quarts de finale de l'US Open au détriment de Xavier Malisse. L'Américain, cela dit, n'en avait cure. Peu importe le nombre de jours qu'il lui faudra encore passer à Flushing Meadows. Peu importe le nombre de matches qu'il lui reste à disputer pour remporter le titre. Il était, avant tout, soulagé d'avoir conclu sans casse un affrontement contre Xavier Malisse, qui aurait bien pu le mener jusqu'au bout de la nuit.

«J'ai eu de la chance, reconnut-il spontanément. Il a clairement haussé son niveau dans le troisième set, alors que moi je ne suis pas certain d'avoir maintenu le mien. Il s'est mis à pratiquer un tennis nettement plus inspiré, ramenant toutes les balles, tandis que moi je suis devenu mou en fin de match. J'aurais très bien pu perdre ce troisième set, mais au moment où mes occasions se sont présentées, j'ai saisi ma chance...»

Horloge biologique déréglée

Andy Roddick, vainqueur de cinq tournois cette saison, avoue également qu'il a longtemps cru qu'il ne jouerait jamais son huitième de finale, mercredi soir. Un quart d'heure avant le début de la rencontre, il se trouvait ainsi encore tranquillement à discuter le coup dans la loge de son agent lorsque quelqu'un vint le prévenir que la pluie avait cessé de tomber. «J'ai dû me dépêcher de descendre les escaliers pour me préparer et être à temps sur le terrain. C'est franchement frustrant. Nous avons tous envie de jouer. Au lieu de cela, il faut écouter les théories au sujet de ce qui devrait être fait, de la perspective de finir le tournoi lundi, et s'inquiéter de savoir si nous n'allons pas tous mourir de devoir jouer quatre matches en cinq sets en quatre jours...»

C'est d'ailleurs la troisième fois que la coqueluche du tennis américain conclut un match passé minuit depuis le début de la quinzaine. S'il adore l'ambiance généralement électrique des sessions de nuit, son horloge biologique en a pris un fameux coup.

«Ce n'est pas idéal, c'est vrai. Je vais généralement dormir vers trois heures du matin. Là, je me suis réveillé à une heure de l'après-midi. Bref, oui, je suis un petit peu dans le gaz, mais ça va. J'essayerai de récupérer du sommeil dans les prochains jours. Pour le reste, il n'y a pas tellement de différence entre jouer à midi ou à minuit. Enfin si, il n'y a pas de soleil. Quoique, ces derniers temps...»




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