Avec la fin de l’apartheid et l’avènement d’un nouveau régime, quatre Belges ont décidé de s’installer en Afrique du Sud et de se lancer dans la production de vin. Portraits.

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Jan Oprins et OliveDale

Vous le constaterez sur place ou en discutant avec un Sud-Africain de passage, le néerlandais et l’afrikaans sont des langues très similaires sans être toutefois identiques. Ce qui s’explique facilement, vu la longue histoire qui unit les deux pays. « C’est un étrange sentiment qui donne l’impression d’être un peu chez soi ici », explique le pépiniériste flamand Jan Oprins, arrivé au Cap après l’élection de Mandela pour y planter une bambouseraie. « La différence avec les autres pays africains est qu’il y a ici une véritable démocratie où le Premier ministre peut être interpellé par son propre parti. »

Véritable passionné de vin, il hésita durant de longues années, mais craqua voici quatre ans pour investir dans un vignoble à Swellendam, au sud des monts Langer, où les sous-sols de sable, de pierre et d’argile semblaient adaptés à toute une gamme de cépages. Le climat y est méditerranéen avec un refroidissement adéquat durant la nuit. Il planta 14 variétés allant du Chardonnay au Mourvèdre et opta dès le début pour la viticulture en biodynamie. Réalisant que 5 hectares ne lui permettraient pas d’arriver à l’équilibre, il en planta 20 autres en recrutant des investisseurs dans son cercle d'amis. Actuellement, ils sont cinq et la première récolte de l’OliveDale Vineyards est à présent disponible. Quelles vont être les réactions ?

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Joris et Natalie van Almenkerk à Elgin

En 2002, le Hollandais Joris van Almenkerk et son épouse flamande Natalie quittent la Côte belge pour s’installer non loin du Cap, dans la vallée plus fraîche d’Elgin où ils acquièrent une ferme fruitière. Deux ans plus tard, les voilà la tête de 4 hectares de pommiers et poiriers mais aussi de 15 hectares de vignes pour lesquels ils s’équipent des dernières technologies, dont la surveillance par satellite et le scannage électromagnétique des sols.

« Au tournant du millénaire, l’Afrique du Sud était considérée comme ‘l’Ouest sauvage’ de l’Hémisphère Sud et tout était possible. Les autorités locales ont toutefois vite appris et mis en place des législations plus strictes, souvent calquées sur le modèle canadien, mais cela reste plus souple qu’en Belgique », témoigne Joris. Les premiers vins réalisés en 2012 avec, principalement, du Sauvignon Blanc, du Chardonnay, du Viognier, de la Syrah et du Merlot sont de vraies réussites et leur qualité ne cesse de croître d’année en année, les vins remportant régulièrement des médailles dans les concours internationaux. « Le travail est dur, mais nous sommes heureux d’être ici et d’être parmi les domaines en croissance. Nous devons aussi notre santé aux quatre hectares de pommes qui sont une activité très rentable au Cap, il ne faut pas le perdre de vue. »

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la production d’Almenkerk n’est pas majoritairement vendue en Belgique ou aux Pays-Bas mais sur place via un large réseau de restaurants et de magasins spécialisés. L’appellation d’origine Elgin apporte, en effet, une plus-value qualitative, car considérée comme « cool climate ».

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Koen Roose et Spioenkop

En 2000, Koen Roose fit un voyage d’agrément au Cap avec sa femme. Tombé sous le charme, il décide de s’investir (lui aussi) à Elgin dans le commerce de la pomme et acquiert un domaine de 50 hectares dont 20 convenant à la viticulture, 11 sont aujourd’hui en production. Il était alors persuadé que le climat frais d’Elgin lui permettrait de produire des vins élégants, raffinés et minéraux, et il ne fut pas déçu. « Au début, se rappelle-t-il, les voisins se moquaient de moi, me demandant ce que j’allais bien pouvoir planter ici comme cépages : ‘du Riesling ? du Pinotage ? Allons bon…’ Même son de cloche à la première vendange : si tôt ? Tu sais quand même que les raisins doivent être mûrs pour être récoltés…’ Et maintenant, je suis copié! (…) Le climat d’Elgin est plus frais qu’au Stellenbosch, mais pas tant que cela. Et avec des températures de 30-31°C la journée en décembre et janvier, je ne pense pas qu’Elgin soit ‘frais’ pour un observateur européen. De plus, en raison du changement climatique, nous avons des vagues de chaleur plus fréquentes qu’auparavant. Aujourd’hui, je gagne souvent des prix dans les concours et je vends à des prix plus élevés que mes voisins, ils veulent donc tous faire comme moi. Je suis en train de planter deux hectares supplémentaires mais je garde le secret sur ce que je plante… Vous aurez deviné que je n’ai pas que des amis et que l’intégration n’a pas été simple, surtout que je suis une personne droite et têtue. Mais je suis respecté et je suis trop passionné par ce que je construis ici que pour avoir envie de rentrer en Belgique. J’emploie maintenant cinq personnes (de couleur) que je rémunère décemment et avec qui je me sens très bien. Je pensais ne vendre que 20% de ma production localement, mais la demande augmente plus rapidement que prévu. La restauration se montre de plus en plus intéressée par les vins spéciaux de terroirs, dont les miens. Les ventes locales tournent à présent autour des 35%".

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Jean-Philippe Colmant et la MCC

Ingénieur de gestion, Jean-Philippe Colmant commence sa carrière dans l’import-export de granit et de monuments funéraires non loin de Soignies. Dix ans plus tard, il propose à sa femme de changer de vie dans un autre pays. En repérage en Afrique du Sud, il découvre les vignobles de Franschoek et tombe sous le charme. Il revend ses affaires en Belgique et achète en 2001 cinq hectares avec l’ambition d’en faire des vins effervescents. En attendant les premières bouteilles, il importe des champagnes de petits producteurs et produit ses premières bulles dès 2008 selon la méthode Cap Classique (MCC), quelque 50.000 bouteilles par an. La production est destinée prioritairement à la consommation intérieure, mais 25 à 30% des bouteilles sont malgré tout exportées, en Europe, mais aussi aux Etats-Unis ou au Japon. Les bulles de Colmant étaient jusqu’il y a peu importées en Belgique, mais ce n’est malheureusement plus le cas actuellement.