Abbaye, forteresse, prison, site touristique : le Mont a été tout cela au fil des siècles. 

C’est une silhouette, pyramidale, visible à quarante kilomètres à la ronde, par temps clair. Un lieu grand comme un mouchoir de poche - 97 ha - visité chaque année par des millions de personnes. Car le Mont Saint-Michel, fierté normande, raconte quinze siècles d’une histoire mouvementée et insolite, lui qui fut tour à tour abbaye, forteresse, prison et site touristique.

Dans le passionnant documentaire diffusé ce soir sur Arte, réalisé par Marc Jampolsky, c’est un voyage au cœur de ce véritable labyrinthe qu’est le Mont que l’on vous propose d’entreprendre. Au cœur du temps, aussi, puisque, sur ses traces, l’on remonte jusqu’au 6e siècle, quand les premiers ermites s’y installèrent. C’est toutefois deux cents ans plus tard que le site devient chrétien et que les pèlerins commencent à y affluer, venus de toute l’Europe. Si l’on sait tout ceci avec autant de précision, c’est que des manuscrits ont miraculeusement été conservés, qui racontent comment des hommes de foi (et de pouvoir) ont fait de ce caillou un haut lieu de la chrétienté. Et pourtant, le Mont Saint-Michel n’a pas été épargné par les incendies, les guerres, la Révolution…

Selon ce que l’on peut qualifier de légende, ce caillou jeté dans la Manche aurait été choisi par Saint-Michel en personne. Et pour étayer l’idée, Aubert d’Avranches, évêque, n’hésite pas à lancer sur les routes deux émissaires chargés de ramener du Mont Gargan, dans les Pouilles, de précieuses reliques de l’Archange. D’Italie, ils ramènent un bout de manteau et une pierre sur laquelle Saint-Michel aurait posé son pied : il n’en faut pas plus pour que la ferveur redouble et, avec elle, le nombre de fidèles qui se pressent aux portes de ce qui n’est encore, alors, qu’une petite église, baptisée Notre-Dame sous terre.

Car, au fil du temps et sur un territoire circonscrit, on va construire encore et encore, faisant de l’endroit un véritable mille-feuille dont il n’existe aucun plan. Mais grâce aux technologies modernes, on a pu reconstituer le puzzle et, mieux, voir à travers les murs. On déambule ainsi dans des couloirs aujourd’hui disparus, des escaliers menant à des chambres secrètes, des réfectoires où, autrefois, se sustentaient les moines bénédictins.

Le documentaire s’intéresse également au village, construit à flanc de rocher, serti d’une première muraille, puis d’une seconde, puisque, dans les guerres opposant français et anglais, le Mont Saint-Michel a toujours été un enjeu symbolique.

Lieu de silence et de prière, il fut aussi celui du bruit et de la fureur. Après la Révolution et jusque sous Napoléon III l’endroit deviendra prison, l’une des plus dures et des plus insalubres de France. Avant d’être, un temps, abandonné à son sort. Aujourd’hui classé au patrimoine mondial, on peut rejoindre le Mont Saint-Michel à pied, marée ou pas.