Les quatre sites de Wallonie inscrits à l’Unesco s’unissent de manière alchimique: l’air au Grand-Hornu, l’eau au Bois-du-Luc, l’an prochain, la terre à Blegny et le feu au Bois du Cazier.

"Air, Eau, Terre, Feu. Coal Quartet" est une initiative des quatre sites miniers majeurs de Wallonie repris sur la liste de l’Unesco depuis 2012. Le Grand-Hornu et le site du Bois-du-Luc ouvrent le bal cet été, chacun traitant d’un des 4 éléments.

Pour le Grand-Hornu, site qui apparaît aujourd’hui comme le plus dépouillé, aéré, débarrassé de bon nombre d’éléments miniers (cheminées, châssis), traiter de l’air tombait sous le sens. Mais, traiter de l’air dans le design contemporain, cela paraissait une autre paire de manches, car s’il est bien un élément invisible, intangible et immatériel, c’est celui-là. Et, dans la mine, l’air était vital, via l’aérage pour permettre aux hommes de respirer, il permettait aussi la combustion et faisait ainsi fonctionner les moteurs. L’air diluait encore les gaz dangereux et refroidissait la température. Encore fallait-il traduire cela dans le design.

De la réflexion de ses concepteurs, Chris Meplon au commissariat, Benjamin Stoz à la scénographie, il en ressort une exposition légère, positive et inspirante, voire ludique, avec des sièges dans lesquels on a envie de se vautrer, l’air étant alors matériau de remplissage (fauteuils gonflables). L’air sert aussi de technique de production en formant et transformant, en étirant ou en courbant (verre soufflé). Une troisième thématique abordée est l’air pur, à une époque où celui-ci tend à se raréfier ; des designers se sont ainsi penchés sur la photosynthèse artificielle, tandis qu’on connaît les masques avec filtre antipollution. Une quatrième section concerne l’air en mouvement, qui refroidit ou propage les sons. En poursuivant, on verra aussi l’air protéger (gilets de sauvetages, airbags…) ou faire planer, avec des objets "bulles de savon" par exemple.

Le Grand-Hornu, c’est aussi le MAC’s avec une expo de Fiona Tan, "L’archive des ombres", à voir jusqu’au 1er septembre, mais encore une foule d’activités à faire en famille. Le carré des transats, installé tout l’été sur le site, permettra de souffler un peu en bouquinant grâce à la Boîte à livres tout en permettant aux enfants de pratiquer divers jeux comme le jokari, la pétanque ou le croquet. Des aires de pique-nique sont également à disposition (on peut y prendre un panier à la cafétéria ou venir avec son propre pique-nique). Nous vous renvoyons vers le site internet pour les activités plus ponctuelles que vous réserve le "Summer Grand-Hornu".

En attendant de voir ce que nous réservent le Bois-du-Cazier sur la thématique du feu et Blegny-mine, sur celle de la terre, en 2020, c’est le Bois-du-Luc, à Houdeng-Aimeries (La Louvière) qui a décliné le thème de l’eau. Or bleu/Diamant noir rappelle à quel point la terre d’où fut extrait le charbon était gorgée d’eau. Si le bois du Luc est le plus ancien charbonnage de Wallonie, l’expo est présentée dans l’enceinte de la fosse Saint-Emmanuel (XIXe siècle). La commissaire Vanessa Bebronne l’a conçue en quatre parties : l’eau, dans la mine, comme moyen de transport, en surface et après la mine.

Musée de la Mine et du Développement durable, le Bois-du-Luc fut un charbonnage conçu pour exploiter ce diamant noir mais aussi pour résoudre le problème de l’eau. Des conduits creusés dans des troncs d’arbres à la pompe de Newcomen dite aussi "machine à feu", les ingénieurs locaux ont dû ruser avec l’élément eau, source de vie comme de mille maux dans les galeries de mines. Les techniques d’exhaure, rudimentaires et dangereuses durant la période préindustrielle évolueront et s’amélioreront au fur et à mesure de la révolution industrielle, avec des pompes à feu puis à vapeur et enfin à l’électricité. En surface, les voies navigables se développeront aussi pour transporter ce charbon, ce sera le canal du Centre et ses célèbres ascenseurs à bateaux, eux aussi classés à l’Unesco. L’eau remontée à la surface a permis aussi à la population des mines de profiter de ses bienfaits ; le confort des habitations et l’hygiène furent améliorés. L’eau servait aussi au triage-lavoir. Enfin, les activités souterraines ont provoqué des affaissements de terrain, faisant naître des plans d’eau favorisant la biodiversité, comme les marais d’Harchies.

Trois bonnes raisons de venir sur les 2 sites

1 L’air au Grand-Hornu

On peut vraiment parler d’une exposition bulle d’air au CID, avec du mobilier rempli d’air ou façonné par celui-ci, comme ce fauteuil des séries mutation de Maarten De Ceulaer datant de 2012. On aurait tellement envie de s’asseoir pour voir si en plus, c’est confortable !

2 Le Bois-du-Luc

L’ensemble du site mérite qu’on s’y plonge, car c’est toute la vie d’une cité minière qui y est conservée dans son jus, avec les maisons jaunes désormais pimpantes mais aussi les carcasses de véhicules abandonnées "savamment" dans la cour. Et puis, la fosse Saint-Emmanuel a conservé une machinerie tout à fait impressionnante. La salle des douches des femmes sert aussi d’écrin à l’exposition sur l’eau, une thématique tout à fait en rapport avec l’année "Wallonie, terre d’eau".

3 Migr’Actions

À voir également au Bois-du-Luc, dans le cadre de la biennale d’art contemporain ARTour, avec pour thème général "d’un temps à l’autre". Et ce n’est pas sans rappeler l’expo sur l’eau puisque la migration voit malheureusement les mers engloutir plus d’un candidat à l’eldorado. Caricatures (Chapatte notamment), installations, photographies (dont celles de Yannis Behrakis (1960-2019)) sont au programme de cette exposition.

Se renseigner

CID - Centre d’innovation et de design au Grand Hornu Rue Sainte-Louise, 82 - 7301 Hornu Tél : 065/65.21.21. Ouvert ma-di 10 h-18 h. www.cid-grand-hornu.be L’exposition Design on air est à voir jusqu’au 13 octobre 2019.

Bois-du-Luc, musée de la Mine et du Développement durable Rue Saint-Patrice, 2b - 7110 La Louvière. ouvert lu-ve 10 h-17 h, we et jf 10 h-18 h. tél : 064/28.20.00 - www.ecomuseeboisduluc.be L’exposition Or bleu diamant noir est à voir jusqu’au 31 octobre 2019.