40 jours sans viande: "Une campagne intégriste et dangereuse!"
La campagne 40 jours sans viande est loin de plaire aux agriculteurs. Et cela ne fait pas plaisir non plus à René Collin, ministre wallon de l'agriculture.
- Publié le 03-03-2017 à 08h46
- Mis à jour le 03-03-2017 à 15h22
La campagne 40 jours sans viande est loin de plaire aux agriculteurs. À peine la Tournée minérale terminée, un peu plus d'une centaine de milliers de Belges - dont une grande majorité de Flamands - se sont lancés, mercredi, dans la campagne Quarante jours sans viande. Comme son nom l'indique, l'objectif est de s'abstenir, durant cette période, de toute consommation de viande. Laquelle est souvent décrite comme vecteur de maladie (cancers, hypertension…) et de réchauffement climatique.
Selon les responsables de cette campagne, chaque jour sans viande permettrait à chaque personne d'économiser jusqu'à 1.500 litres d'eau et deux kilos de gaz à effet de serre.
Des chiffres réfutés par l'Agence wallonne pour une agriculture de qualité (APAQ), qui estime que tous les paramètres ne sont pas pris en compte. Son directeur-général, Philippe Mattart, dénonce par ailleurs que les promoteurs de la campagne "font de la viande un aliment coupable, nocif, voire addictif et dont il faut donc apprendre à se passer. Et cela, c'est inacceptable."
Nicolas Braibant est responsable d'une ferme du côté de Chaumont-Gistoux et il va dans le sens de l'APAQ. "Il faut arrêter de tirer sur l'ambulance, précise-t-il. La crise de la vache folle en 1996 a fait de nous des empoisonneurs publics du jour au lendemain. On a eu très dur mais on est parvenu à se relever. Aujourd'hui, la viande bovine est ultracontrôlée. Et c'est l'une des plus saines que l'on puisse trouver dans nos assiettes. Mais comme pour tout, ce sont les excès qui peuvent être nocifs."
Nicolas Braibant dénonce ainsi une campagne qui, selon lui, ne peut que nuire aux agriculteurs belges en jetant l'opprobre sur une profession déjà en difficulté. "Il y a pléthore d'offres de viande pour les acheteurs. Et la rentabilité de la viande bovine n'est pas terrible. Les agriculteurs sont nombreux à cesser leur activité chaque année. Si on nous met des bâtons dans les roues avec ce genre de campagnes, la profession risque de disparaître. On mangera toujours de la viande mais elle viendra d'ailleurs. Et croyez-moi, la situation dénoncée par cette campagne est bien pire ailleurs."
Et cela tant en matière d'écologie que de bien-être animal. "Oui, les vaches finissent à la boucherie. Mais durant les quelques années de vie passées à la ferme, elles sont choyées. En Belgique, elles sont mieux traitées que certains êtres humains."
Selon certains agriculteurs, les responsables de cette campagne se cacheraient derrière celle-ci pour prôner le végétarisme, voire le véganisme. "Ce sont des gens qui ne connaissent pas la réalité du terrain, explique Nicolas Braibant. Qu'ils nous laissent faire notre boulot. Il est déjà suffisamment compliqué comme ça. Si les gens veulent vraiment jouer un rôle écologique, qu'ils ne se privent pas de viande mais s'engagent en achetant de la viande de qualité. Et qu'ils s'orientent vers les filières locales plutôt que d'acheter argentin…"
Voici les réactions de nos ministres
René Collin (CDH), ministre wallon de l'agriculture : "Une campagne malhonnête"
"C'est une campagne malhonnête, intégriste, qui surfe sur des arguments fallacieux mélangeant des données mondiales avec des données régionales. Dire que l'élevage pousse à la déforestation est faux. On n'a jamais supprimé un are de forêt pour élever des ruminants en Wallonie. Nous avons une moyenne de 2,5 bovins à l'hectare. Quand on fait le calcul entre émission de gaz à effet de serre et la capacité d'absorption de ces gaz par nos prairies, l'opération est neutre. Autre argument fallacieux, la consommation d'eau. Ils prétendent qu'il faut 15.500 litres pour un kilo de bœuf. Ce chiffre comprend l'eau de pluie et l'eau d'irrigation. En Wallonie, on n'irrigue pas et il pleut avec ou sans les vaches. Chez nous, un kilo de bœuf, c'est 50 litres d'eau. Les productions les plus consommatrices en eau dans le monde, c'est le café, le soja et le coton… Alors, remplacer la viande par des ersatz au soja pour économiser de l'eau… Dès demain on lance une réponse constructive avec l'Apac-W, la campagne 40 jours, 40 menus locaux."
Willy Borsus (MR), ministre fédéral de l'agriculture: "On peut manger de la viande et respecter l'environnement"
"Tout d'abord, les prairies liées à l'élevage dans notre pays constituent des puits de carbone qui contribuent aux objectifs de réduction d'émission de gaz à effet de serre. La production de viande en Belgique est très locale. On peut donc manger de la viande et respecter l'environnement ! Il est clair qu'il faut éviter de manger de la viande qui a traversé la planète et privilégier la proximité. Il revient au consommateur de choisir ses produits en fonction de leur provenance et de favoriser le Made in Belgium. Il faut arrêter avec ces idées reçues. Bien évidemment, la viande doit être, comme d'autres produits, consommée avec raison, et dans le respect du bien-être animal. Comme l'évoquait déjà Confucius : 'Appliquez-vous à garder en toute chose le juste milieu…' et à garder l'assiette au milieu du village ! Pour finir, rappelons aussi que le secteur agricole représente 70.000 emplois directs."
Dierendonck : "On n'est pas des moutons"

Chez Dierendonck, on prône une consommation modérée, mais de qualité
Les 40 jours sans viande ne font bien évidemment pas le bonheur des bouchers et autres professionnels du secteur.
"Chez nous, les gens viennent pour acheter de la viande de qualité. Ils sont bien conscients qu'il est préférable de manger un bon morceau de viande de temps en temps plutôt que de consommer une viande de basse qualité tous les jours. Plutôt que d'acheter un roastbeef d'un kilo bon marché, ils préfèrent se contenter de 700 grammes en sachant la provenance et la qualité d'élevage de la viande", note Gaëtan Cornet, responsable de la boucherie Dierendonck installée depuis peu rue Sainte-Catherine, à Bruxelles.
Être boucher, ce n'est en effet pas se limiter à vendre de la bidoche. "Le client vient avant tout pour le conseil. Il veut savoir ce qu'il met dans son assiette. D'où vient la viande, comment elle a été élevée, quelle a été son alimentation, etc."
Et chez Dierendonck , on n'est effectivement pas avare de conseils. "Le consommateur a besoin d'être rassuré après tous les scandales qui ont frappé les différents secteurs de l'alimentation. Le Blanc Bleu Belge, par exemple, avait la cote il y a 30 ans. Mais on a un peu fait n'importe quoi par la suite et l'amateur de viande ne voulait plus en entendre parler. Nous, par exemple, avons relancé la Rouge des Flandres. Des bêtes élevées depuis 6 à 7 ans dans une réserve naturelle à Furnes. Elles ont déjà donné deux à trois fois des veaux. Cet animal a une graisse naturelle qui lui confère toute sa saveur."
Rééduquer le consommateur à manger de la viande qui a du goût, sans en avaler des kilos sur la semaine, c'est aussi le credo de Dierendonck. "On propose aussi des viandes maigres, mais il est clair qu'une côte à l'os persillée, ça a plus de saveur. La graisse fait peur aux gens mais elle nourrit la viande et lui donne donc du goût."
Les 40 jours sans viande sont donc une mode qu'on ne comprend pas trop du côté de Dierendonck. "Après Tournée Minérale, on enchaîne par la privation de viande. Et après, ce sera quoi ? Franchement, j'ai l'impression que ce sont des modes. On ne sait plus quoi inventer et on lance un mouvement sans trop réfléchir. C'est au consommateur de choisir comment il veut s'alimenter. On lui dicte un comportement. Nous ne sommes pas des moutons. N'oublions d'ailleurs pas que la viande, consommée modérément, apporte aussi un équilibre, notamment en protéines et graisses. Alors pourquoi ne pas axer l'opération sur une réduction de la consommation, mais au profit de la qualité ?"