Belgique
Le Roi Albert II a annoncé mercredi lors d'une allocution télévisée qu'il abdiquait le 21 juillet, jour de la Fête nationale, après 20 ans de règne, au profit de son fils, le prince Philippe. "Le prince Philippe est bien préparé. Il jouit de toute ma confiance ainsi que la princesse Mathilde. L’avenir du pays est entre de bonnes mains". 

Albert II a également évoqué les missions économiques menées à l'étranger par son fils. Au cours de celles-ci, ce dernier "a montré combien ses engagements envers notre pays lui tiennent à coeur"

Il explique renoncer à sa fonction pour des raisons liées à son âge et sa santé. Il estime que c'est une question de respect vis-à-vis des citoyens et des institutions. "Je constate que mon âge et ma santé ne me permettent plus d'exercer ma fonction comme je le voudrais" , a déclaré le souverain âgé de 79 ans, ajoutant "ce fut pour moi un honneur et une chance d'avoir pu consacrer une large partie de ma vie au service de notre pays et de sa population".

"Ce serait manquer à mes devoirs et à ma conception de la fonction royale que de vouloir me maintenir en exercice à tout prix, sans être en mesure d'assumer pleinement mon rôle. C'est une question élémentaire de respect envers les institutions et envers vous, chers concitoyens" , a-t-il ajouté, lors d'un discours qu'il estime empreint d'émotion. 


Le rôle du roi et sa légitimité est de se mettre au service de la démocratie et des citoyens, a déclaré mercredi le roi Albert II lors de l'annonce de son abdication. Pour le souverain, l'institution royale doit continuer à évoluer. "Le rôle du Roi des Belges et sa légitimité est de se mettre au service de la démocratie et de ses concitoyens, seuls titulaires de la souveraineté" , a indiqué le souverain. Ce dernier explique que cette conviction "profonde" l'a guidé tout au long de son règne.
Il ajoute que "l'institution royale doit continuer à évoluer avec son temps".

"Avec une population si riche de ses talents, de sa diversité, de son énergie, de sa générosité, l'avenir de notre pays est entre de très bonnes mains ! ", a lancé le souverain. Le roi ajoute qu' "avec le temps, j'ai appris que notre pays peut compter sur un atout extraordinaire, VOUS mes chers concitoyens !".
Albert II est également revenu sur les liens tissés avec la population au cours des 20 ans de règne. "La Reine Paola et moi n'oublierons jamais tant de liens chaleureux tissés avec toute la population durant ces 20 dernières années", a-t-il déclaré. "Nous gardons dans notre coeur le souvenir de nombreuses rencontres dans des moments joyeux, mais aussi lors de grandes épreuves", a ajouté Albert II.

Les rumeurs s'étaient multipliées ces derniers mois sur une possible abdication du chef de l'Etat, âgé de 79 ans. Le roi Albert II a prêté serment le 9 août 1993. Pour célébrer ses vingt ans de règne, le Roi et la reine se rendront d'ici le 21 juillet, dans les trois Communautés du pays. 


Pendant la longue crise politique de 2010-2011, le roi avait joué un rôle de médiateur salué par tous les partis, à l'exception des indépendantistes flamands de la N-VA. Une nouvelle percée du séparatisme flamand est attendue aux élections du printemps 2014.

"C’est avec regret que nous avons appris que la santé du roi ne lui permet plus de remplir sa mission.  Le gouvernement fédéral exprime son respect et sa compréhension. Sa prise de décision mérite toute notre admiration. Albert II n’était pas né pour devenir roi. Mais, grâce à son enthousiasme, son empathie, son humour, il est devenu durant 20 ans pleinement notre roi.", a déclaré le Premier ministre Elio Di Rupo dans son discours qui a suivi l'annonce du Roi Albert II.

"Ce 21 juillet, nous aurons donc l'occasion de participer à de multiples célébrations! Nous fêterons les 20 ans de règne d'Albert II, nous fêterons notre pays et nous fêterons aussi notre nouveau Roi Philippe ainsi que notre nouvelle Reine Mathilde" , a déclaré le chef du gouvernement, précisant que son équipe "s'attellera, dès demain, à préparer le changement de règne du 21 juillet prochain" .

Le gouvernement fédéral a exprimé "son respect et sa compréhension pour la décision du Roi" . "Sa sincérité, son courage et sa lucidité concernant sa décision méritent notre admiration" , a ajouté M. Di Rupo.

Il a souligné l'intérêt "sincère et profond" dont le roi a marqué son règne envers ses concitoyens. "Un attachement qui est basé sur la simplicité, l'écoute et le dialogue. Au fil des années, avec la Reine Paola, il a conquis le cœur des Belges" .

Elio Di Rupo a assuré que le prince Philippe s'était préparé "avec beaucoup de sérieux et un grand sens des responsabilités à sa future fonction". "Le prince a la volonté de bien servir notre pays" , a-t-il insisté.



L'abdication du Roi Albert II va conduire à une démission du gouvernement

Après l'abdication du Roi Albert II et la prestation de serment du Prince Philippe, le gouvernement présentera, par tradition, sa démission comme le confirme le constitutionnaliste Christian Behrendt, sur le plateau de la RTBF: "C’est une démission pro forma, une marque de déférence."

Une démission de l'exécutif que le nouveau Roi s'empressera plus que probablement de refuser: "On peut penser que le nouveau roi s’empresserait de refuser la démission d’un gouvernement qui a été si difficile à constituer. Comme Albert II l’a fait quand Jean-Luc Dehaene lui a présenté la démission de son gouvernement après son avènement sur le trône." , ajoute le constitutionnaliste.



Une prestation de serment maximum dix jours après une abdication effective

La prestation de serment d'un nouveau roi des Belges intervient au maximum dix jours après l'abdication effective de son prédécesseur. Deux hypothèses sont possibles. Soit le roi abdique immédiatement, auquel cas la prestation de serment du nouveau souverain interviendra dans dix jours maximum, soit le roi annonce la date de son abdication et le délai - toujours de dix jours maximum - pourrait être abrégé.

"On pourrait même avoir une prestation de serment le 22 si le roi abdiquait le 21 juillet", a souligné Francis Delperée, professeur de droit constitutionnel (UCL) et sénateur.

La réunion du comité ministériel restreint en début d'après-midi avec le roi semble indiquer qu'il existe un accord du gouvernement sur ce point.


Cette deuxième abdication dans l'histoire de Belgique est très différente de la première. "A l'époque, il s'agissait d'une crise profonde autour de la personnalité du roi" Léopold III, rappelle le professeur Delperée. Dans le cas présent, "on est plus dans le scénario de Benoît XVI ou de Beatrix des Pays-Bas", c'est-à-dire une personne âgée désireuse de passer le relais.

Comme son père l'a fait avant lui, Albert II rédigera un acte d'abdication qui sera publié au Moniteur belge. Dans les dix jours, le nouveau souverain prêtera serment devant les Chambres, jurant "d'observer la Constitution et les lois du peuple belge, de maintenir l'indépendance nationale et l'intégrité du territoire". Le Premier ministre lui présentera la démission de son gouvernement, mais le nouveau roi pourra la refuser, comme son père l'avait fait en 1993 avec Jean-Luc Dehaene. 

Les Belges rendent hommage au Roi devant le Palais royal

Une quarantaine de personnes se sont désormais rassemblées devant le Palais royal pour rendre hommage au roi Albert II et vivre ce "moment historique". A l'heure où le Roi a annoncé son abdication, les royalistes présents l'ont remercié pour "sa contribution à l'unité de la Belgique". Le premier drapeau belge est apparu devant le Palais royal en même temps que le roi Albert II sur les écrans de télévision. 

Nico, Bruxellois de 21 ans et monarchiste assumé, tenait à être présent pour "remercier le Roi pour tout ce qu'il a fait". "Mais je ne suis pas triste car une nouvelle génération arrive. Le passage de flambeau est peut-être nécessaire."

A la fin de l'allocution, les quelques "Vive le roi! " et "Merci Albert! " ont brisé le silence respecté par les personnes présentes, à l'écoute du discours royal sur leur smartphone.

Les royalistes et leurs drapeaux noir-jaune-rouge se mélangent désormais aux touristes d'un jour, restés devant le Palais royal par curiosité. "Nous nous baladions à Bruxelles et nous sommes venues lorsque nous avons entendu qu'il se passait quelque chose", racontent avec enthousiasme Sylviane et Julie. "Mais ça me tracasse", nuance la première, royaliste. "On va encore donner une mauvaise image du pays alors que la question royale n'est pas prioritaire, à côté des problèmes économiques."

Comme Sylviane, André, pompier volontaire à Ath, souhaite rendre hommage à Albert II, un roi "humain malgré le protocole". "J'ai vécu la catastrophe de Ghislenghien et il s'est comporté comme tout citoyen lorsqu'il est venu rendre visite à notre caserne. Il savait se mêler à la foule." 


Manifestation nationaliste devant le palais de Laeken

Le roi Albert II et la reine Paola ont quitté le palais royal de Bruxelles vers 17h30 mercredi pour rejoindre le Château de Laeken, où une manifestation nationaliste s'est tenue. 

A Laeken, une trentaine de manifestants du Vlaams Belang étaient présents. Ils ont brandi des drapeaux flamands et une pancarte dont le slogan était "La République maintenant! La Flandre indépendante", a pu constater un photographe de l'agence Belga sur place. 

Les manifestants se tenaient initialement devant les grilles du palais, mais la police les a ensuite sommés de se déplacer de l'autre côté de la rue.
Une dizaine de personnes étaient elles rassemblées pour rendre hommage au souverain, une femme a même déposé des fleurs devant le palais royal.




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