Commémoration au Musée juif: "Je viens demander pardon pour mon grand-père révisionniste"
Un an après l'attentat du Musée juif, l'heure était au recueillement mais pas que pour la communauté juive.
- Publié le 25-05-2015 à 20h05
- Mis à jour le 25-05-2015 à 21h00

Un an après l'attentat du Musée juif, l'heure était au recueillement mais pas que pour la communauté juive. Dimanche, il y avait un an jour pour jour qu'un homme armé pénétrait dans le Musée juif, rue des Minimes à Bruxelles, et abattait froidement quatre personnes : Emmanuel et Miriam Riva, un couple de touristes israéliens, Dominique Sabrier, une bénévole française, et Alexandre Strens, le préposé à l'accueil.
Pour commémorer ce triste souvenir, qui a profondément marqué la communauté juive et la société belge, une cérémonie d'hommage, volontairement discrète, avait été organisée sur les lieux de l'attentat. Étaient présentes diverses personnalités politiques dont le Premier ministre Charles Michel (MR) et le ministre de la Justice Koen Geens (CD&V). Après seulement deux rapides discours du bourgmestre de Bruxelles, Yvan Mayeur (PS), et du nouveau président du CCOJB, Serge Rozen, les quelque 500 personnes présentes ont pu allumer une bougie devant la plaque commémorative installée à l'entrée du musée.
Parmi elles, beaucoup de Juifs, mais pas seulement. Ainsi Nathalie était déjà venue il y a un an se recueillir devant le musée. Habitant le Brabant wallon, cette employée de grande surface est venue en raison d'un passé familial douloureux. "Je ne suis pas juive mais je suis attachée au peuple juif ", explique-t-elle timidement. "Dans ma famille, on a essayé de nous cacher des faits historiques", raconte-t-elle mystérieusement, avant de préciser : "Pendant la guerre, mon grand-père a été envoyé en Allemagne pour travailler et cela ne lui a pas déplu. Quand il est revenu, il n'a cessé de minimiser la déportation. Il disait que la Shoah n'avait pas existé ou alors que c'était un détail de l'histoire, un peu sur le mode de M. Le Pen."
Selon les dires de Nathalie, les prises de position révisionnistes de son grand-père ont détruit sa famille. "Les conflits étaient incessants avec mon père. Moi-même, j'ai culpabilisé depuis que je suis enfant. Être là aujourd'hui fait partie d'une démarche de reconstruction personnelle, je suis venue demander pardon pour mon grand-père."

"Aujourd'hui, nous sommes tous juifs !"
Présent lors de cette commémoration, les deux humoristes Sam Touzani et Richard Ruben. L'un est d'origine marocaine berbère, l'autre est d'origine juive. Ils collaborent ensemble depuis une vingtaine d'années et tenaient à être présent pour afficher une image d'union face" à la barbarie". "Symboliquement Sam et moi on est frère", ajoute Richard Ruben. "Ce qui nous rassemble, ce sont les valeurs universelles de la laïcité. Ce qui nous attire l'un l'autre, c'est notre côté cosmopolite. On ne travaille pas ensemble en pensant qu'on est juif ou berbère."
Tous deux ont été particulièrement choqués par l'attaque du Musée Juif. "Moi je dis que dans des cas pareils nous sommes tous juifs", exprime Sam Touzani qui estime que depuis ces évènements, l'antisémitisme s'est réveillé chez nous. "Après cette attaque, celle de l'Hyper Casher, ou celle de Toulouse, la parole s'est libérée. Aujourd'hui on a fait sauter les verrous et un antisémitisme qui était latent et discret, s'exprime publiquement. Je lutterai toujours contre toutes formes de racisme et il faut absolument que les anti-racistes se fassent plus entendre", explique Sam Touzani.