Elio Di Rupo: "La réforme des pensions est l'action la plus destructive du gouvernement"
- Publié le 18-12-2017 à 06h15
- Mis à jour le 18-12-2017 à 06h16

Réforme des pensions : Elio Di Rupo dénonce l'action destructive du gouvernement MR/N-VA. Demain mardi, les syndicats socialiste, chrétien et libéral francophones marcheront dans la capitale pour dénoncer la réforme des pensions menée par le gouvernement fédéral. On annonce environ 30.000 personnes entre la gare du Nord et la gare du Midi. L'occasion pour le président du PS de dénoncer des mesures qu'il juge cyniques. Et de soutenir la manifestation de ce mardi. Pour Elio Di Rupo "cette réforme des pensions est l'action la plus destructive du gouvernement fédéral".
Vous marcherez avec les syndicats ce mardi lors de la manifestation nationale contre la réforme des pensions ?
"Je ne sais pas encore. Mais je la soutiens. Les syndicats ont raison de tenter de sensibiliser la population car ce qui est en train de se produire est inimaginable. Ce qu'on voit là, c'est une vraie destruction du premier pilier, une destruction de la pension légale. Cela va forcer les gens à prendre des assurances privées, à travailler plus longtemps s'ils veulent un minimum de revenus quand ils seront pensionnés."
Quels sont vos principaux reproches ?
"D'abord : la pénibilité des fonctions n'est plus prise en compte par ce gouvernement. Ensuite, la pension à points. C'est un système profondément injuste car le montant de la pension variera d'une année à l'autre. Non seulement le gouvernement renforcera l'incertitude pour les futurs pensionnés qui ne connaîtront pas le montant de leur pension avant la fin de leur carrière, mais il renforce aussi les inégalités : d'une année à l'autre pour une même carrière, le montant de la pension variera en fonction de l'état du budget, c'est absurde !"
Quelques exemples concrets sur la pénibilité ?
"Concrètement, un pompier en service actif pouvait prendre sa pension anticipée à 60 ans s'il avait 39 ans de carrière. Avec le gouvernement MR/N-VA, il devra attendre ses 63 ans et 42 ans de carrière. Sa pension est repoussée de 3 ans. Un conducteur de train aurait quant à lui pu prendre sa pension anticipée à 55 ans. Si le projet du gouvernement passe, il devra travailler jusqu'à 63 ans, soit 8 ans de plus. Dernier exemple : avant les mesures du gouvernement Michel, une enseignante aurait pu partir à la pension à 60 ans et 38,5 ans de carrière dont les 5 ans d'étude (soit 33,5 ans de carrière effective, NdlR) . Avec la suppression des tantièmes préférentiels et la suppression de la pension anticipée, elle devra dorénavant travailler jusqu'à 65 ans et 42 ans de carrière effective. Soit 5 ans de plus."
Sur la pénibilité, on est encore en pleine négociation…
"Nous serions très heureux de connaître le plan du gouvernement. En toute franchise, le gouvernement n'en est nulle part. Il n'y a pas la moindre liste des métiers pénibles. Pour l'instant, il n'y a strictement rien, aucune proposition concrète, en tout cas pour le volet concernant le secteur public."
Vous remettez aussi en cause la façon dont se déroule cette négociation ?
"J'appelle cela des pseudo-négociations. Sur les métiers pénibles, le gouvernement dit : 'si vous ne vous mettez pas d'accord, on vient avec une liste'. D'après nos informations, une personne entrant dans la catégorie des métiers pénibles pourrait arrêter deux ans plus tôt maximum."
"Que M. Labille s'occupe de Solidaris"
Elio Di Rupo : "Labille chez Solidaris, Bodson à la FGTB et Di Rupo au parti. Je pense que cela sera plus paisible pour chacun"
Samedi, le secrétaire général de l'Union nationale des mutualités socialistes (Solidaris) et ancien ministre fédéral des Entreprises publiques (nommé par Elio Di Rupo) Jean-Pascal Labille a suggéré qu'Elio Di Rupo prenne sa retraite anticipée. "Entre un PS à 20 % ou un PS à 30 %, mon choix est fait", a-t-il déclaré au micro de la RTBF. "Il faut un PS fort, un nouvel élan, sans Di Rupo", embrayait-il au Soir. À moins d'un an des communales, deux des régionales et législatives, la sortie de celui qui doit sa brève carrière politique à Elio Di Rupo a suscité de nombreuses réactions. Le secrétaire général de la FGTB wallonne Thierry Bodson affirmait dans la foulée que le président du PS n'avait plus la confiance de ses partisans. "Les délégués et militants FGTB n'ont plus confiance dans le PS avec Elio Di Rupo." Chez les proches d'Elio Di Rupo, on refuse de parler de crise interne. D'après certains, Jean-Pascal Labille pique sa crise car il n'a pas eu droit à sa tribune au congrès des idées de Liège le 26 novembre dernier. Soit…
Les propos de Jean-Pascal Labille signent-ils le début d'une crise interne au PS ?
"Dans toute mon éthique et dans mon existence personnelle, j'ai toujours eu un souci de ne jamais attaquer l'homme. Je ne réagirai donc pas aux commentaires de M. Labille. Ils lui sont propres. Je dirai juste au personnel de Solidaris que notre soutien est indéfectible. Que M. Labille s'occupe de son organisation. Labille chez Solidaris, Bodson à la FGTB et Di Rupo au parti. Je pense que cela sera beaucoup plus paisible pour chacun."
Vous envisagez des élections internes anticipées ?
"Non. Nous serons là en 2019. À lui de voir ce qu'il y fera. Chacun pourra poser sa candidature. Je rappelle que je suis le président du PS et que j'ai quand même quelques années d'expérience."
Cette sortie brouille le travail présenté au congrès des idées…
"Le PS y a fait un travail exceptionnel. Des milliers de militants, 555 sections locales du parti ont participé à ce congrès des idées. Nous avons reçu mille contributions, en avons intégré 850. Ce manifeste offre une ligne de conduite politique extrêmement nette dans notre dynamique interne. L'objectif est simple : reconquérir la confiance des citoyens. Le reste est périphérique. Les militants et les électeurs ont compris que nous travaillons sur le fond."
Dans tous les partis, la question du renouvellement des cadres se pose…
"Je vous l'ai dit : je ne commente pas les propos de M. Labille. Mais comment ne pas remarquer le dynamisme et renouvellement des cadres au sein du PS? De nombreux jeunes y jouent un rôle très important. Pierre-Yves Dermagne, on ne peut pas dire qu'il n'e soit pas jeune. Nicolas Martin, Ahmed Laaouej, Christie Morreale : on ne peut pas dire qu'ils ne soient pas jeunes… Je peux continuer comme ça longtemps… Paul Magnette aussi, malgré le fait qu'il ait déjà une expérience politique importante. Par ailleurs, nous n'appartenons pas à la catégorie des gens qui pensent que l'âge détermine la qualité."
"Les partis flamands veulent pouvoir dire : Bruxelles, c'est chez nous !"
Depuis quelques semaines, tous les maux belges se cristallisent autour de sa capitale : Bruxelles. Pour le président du PS, il s'agit avant tout d'une volonté de la N-VA de déstabiliser les socialistes francophones. Même si, selon lui, tous les partis francophones jouent un rôle dans ce Bruxelles-bashing.
Comment analysez-vous les critiques incessantes à l'encontre de Bruxelles et de ses responsables politiques francophones ?
"Déjà, je trouve ce Bruxelles-bashing scandaleux. Ce qui gêne une partie des politiciens néerlandophones, c'est que les francophones, et singulièrement les socialistes - dont votre serviteur -, nous avons au fil du temps conforté Bruxelles comme région à part entière. La majorité des partis politiques du Nord du pays veulent une Flandre qui représente la communauté flamande et Bruxelles pour pouvoir dire au monde entier : Bruxelles, c'est chez nous."
On a l'impression que les Wallons ne se sentent pas trop concernés par le bashing subi par la capitale.
"Bruxelles et la Wallonie sont deux régions qui ont des dynamiques propres. Mais l'on ressent un fort caractère affectif des Wallons pour Bruxelles. Au sein du parti, en tout cas, nous travaillons en symbiose.
Le MR joue un rôle particulier dans ces attaques ?
"Ce n'est pas là que se trouve la plus grande difficulté. Je n'accuserai pas le MR dans ces questions. La récupération de l'actualité fait partie du jeu mais la base de ce Bruxelles-bashing, ce n'est pas le MR. Ce sont les partis flamands."
Tous ?
"Oui, le SP.A aussi, de temps en temps."
On a l'impression que le communautaire s'immisce de plus en plus dans le débat public...
"On y arrive tout doucement. À chaque fois que la N-VA a pu mettre un coup de griffe au communautaire, elle l'a fait. N'oublions pas que la finalité de la N-VA est l'indépendance de la Flandre. Mais qu'elle sait que l'opinion publique flamande est contre. À ce titre, il faut saluer les néerlandophones et les Flamands car ils sont majoritairement solidaires."
Trahison de Benoît Lutgen : "Les Wallons auraient dû revoter"
La trahison de Benoît Lutgen reste visiblement en travers de la gorge du président du PS qui estime néanmoins "qu'il faut être capable de tourner la page".
Le CDH a 5 %. Vous avez de la peine pour votre ancien partenaire wallon ?
"Il est certain que le CDH est dans une situation compliquée. Je ne suis pas sûr que Benoît Lutgen ait beaucoup consulté. C'est son affaire. En attendant, les dégâts sont là."
Vous lui en voulez ?
"Il s'agit de comprendre la manière avec laquelle la trahison a été effectuée. Ici, il s'est agi de rompre un contrat signé. Ce n'est pas une promesse électorale. Nous avons signé, Benoît Lutgen et moi. Donc, il est clair que c'est difficile. Néanmoins, nous tentons quand même de faire fonctionner les institutions où nous sommes ensemble : à Bruxelles et en Fédération Wallonie-Bruxelles. Nous faisons la différence entre les ministres concernés et l'attitude de Benoît Lut-gen."
Ce qu'a fait Benoît Lutgen, n'est-ce pas l'illustration parfaite d'un régime particratique ?
"On dit beaucoup de mal des partis, mais ils sont le ciment de notre société. Ils ont une action, une vision transversale de la société. Mais après une telle trahison, on aurait dû retourner aux urnes, demander aux citoyens. On n'a pas pu le faire, car c'est illégal. C'est dans le programme de notre parti."
Avec Benoît Lutgen, c'est définitivement terminé ?
"Je reste choqué par cette attitude. Mais il faut être capable de tourner la page. Je ne jette des exclusives vis-à-vis de personne."