Belgique

Les centrales nucléaires belges sont régulièrement critiquées, y compris par les pays voisins, pour leur vétusté. Que se passe-t-il en cas d’accident nucléaire ? Quels sont les risques pour la population ? Explications avec Simon Coenen, expert en sûreté nucléaire à l'AFCN (Agence fédérale de Contrôle nucléaire).


Avec deux centrales nucléaires disposant de sept réacteurs actifs sur notre territoire, que représente le risque nucléaire en Belgique ?

Il est extrêmement faible, quasi nul, mais le risque zéro n’existe pas. Les communes les plus concernées sont les communes limitrophes aux centrales nucléaires de Doel et de Tihange mais aussi les communes voisines du Centre d’étude nucléaire à Mol, du site de Belgoprocess à Dessel et de l’Institut national des radioéléments à Fleurus. Une zone d’action est définie autour de chacun de ces sites.

Quelles sont les causes potentielles d’un accident nucléaire en Belgique ?

Ce sont principalement des causes d’origine interne, c’est-à-dire une défaillance technique dans la centrale qui peut mener à un relâchement de radioactivité via la cheminée. A Fukushima, la cause était d’origine externe : elle était liée à un tremblement de terre suivi d’un tsunami. En Belgique, nous craignons moins ce genre de conditions extrêmes mais tous les risques, qu’ils soient d’origine interne ou externe (les tempêtes, les crues d’eau…), sont étudiés et tout est fait pour les limiter au maximum.

Que se passe-t-il en cas d’accident nucléaire ?

S’il y a un relâchement de radioactivité dans l’atmosphère, un nuage radioactif va se former dans l’air. Avec le vent, ce nuage va s’étaler sur une zone plus ou moins étendue. Une partie de la radioactivité se trouvant dans ce nuage va retomber vers la terre. C’est à ce moment-là que, si on est exposé, on peut être irradié directement par les particules radioactives.

Est-il possible de limiter la propagation du nuage ? Lors de la catastrophe de Tchernobyl, il avait atteint jusqu’à l’Italie et l’Angleterre !

Cette propagation dépend des conditions météorologiques. Nous n’avons concrètement pas la main dessus. Il y a différents facteurs à prendre en compte comme la quantité de radioactivité relâchée. Dans le cas de Tchernobyl, la quantité de radioactivité était extrêmement élevée. En Belgique, c’est très improbable d’avoir cette quantité car nous avons d’autres types de réacteurs. A titre d'exemple, la quantité de radioactivité relâchée lors de l’accident à Fukushima est plus de 100 fois plus petite que celle de Tchernobyl.

En cas d’accident nucléaire, la Belgique est-elle prête à réagir ?

Evidemment. Une fois par an, un exercice est mené en collaboration avec chaque site nucléaire, le Centre de crise national (à Bruxelles), ainsi que les provinces et les bourgmestres des communes à proximité. Une fois tous les 3 ou 4 ans, il y a aussi ce qu’on appelle un exercice de grande ampleur où l’on met réellement en pratique la totalité du plan d’urgence.

Quels sont les risques encourus par la population ?

Les effets de la radioactivité dépendent de la quantité de radioactivité à laquelle l’humain a été exposé. Si cette dose est très élevée et qu’on l’a reçue en très peu de temps, les conséquences peuvent être mortelles durant les jours voire les heures qui suivent. Les symptômes typiques sont des nausées, vomissements, diarrhées, pertes de cheveux… Ces cas restent extrêmement rares.

Ca ne pourrait pas être le cas en Belgique ?

Non. Ce qui peut arriver en Belgique, c’est ce qu’on appelle les effets stochastiques, qui apparaissent des années plus tard sous forme de cancers. Les comprimés d’iode sont prévus pour éviter le cancer de la thyroïde en cas de nuage radioactif. On parle ici d’un scénario catastrophe. Le rôle de l’exploitant et de l’AFCN est d’éviter qu’un tel accident se produise. Tout est mis en œuvre pour assurer la protection de la population et de l’environnement.


Cet article s'inscrit dans la campagne de communication lancée par le Centre de crise. Cette campagne vise à informer la population sur les risques en cas d'accident nucléaire, afin de pouvoir s'y préparer et savoir comment réagir.

© Centre de Crise