Ils partagent un bureau avec des inconnus

Plus d'un millier de travailleurs sans bureau fixe pratiquent en Belgique le coworking. Tout un concept, explications.

J.-B. M.
Bruxelles - Espace de Coworking Avenue Louise 367
Bruxelles - Espace de Coworking Avenue Louise 367 ©JC Guillaume

Plus d'un millier de travailleurs sans bureau fixe pratiquent en Belgique le coworking. Tout un concept, explications. Un ou deux jours par semaine, à mi-temps, à temps plein, ces bureaux sont occupés par diverses personnes. Elles exercent toutes sortes de professions. Ce sont des espaces de coworking : littéralement, des bureaux partagés par des travailleurs indépendants, nomades ou simplement des start-up en quête d'un cocon d'où émerger.

Il en existe une trentaine en Belgique, où se côtoient plus de 1.300 personnes. Elles y trouvent tout le nécessaire pour mener à bien leur activité professionnelle, conseils et expériences à partager en plus.

"Ils viennent pour briser leur isolement, nouer des contacts, étendre leur réseau", explique Bernard Perelsztejn, gestionnaire de l'espace The Loft, à Bruxelles. Lui joue le rôle de facilitateur, pour aider travailleurs et petites structures à se lancer par exemple. "Ici, vous trouvez ce que vous ne cherchez pas", sourit-il.

Cette année, pour la première fois, les espaces wallons, bruxellois et flamands se sont unis sous une même bannière. Toute cette semaine, ils proposent aux travailleurs curieux de tester ces lieux professionnels d'un autre genre.

Si le concept prend doucement de l'ampleur, il n'est pas considéré de la même manière dans toutes les Régions. Ainsi en Flandre et en Wallonie, les espaces de coworking sont subsidiés. Les pouvoirs publics voient en eux des incubateurs parfois nécessaires à l'éclosion de jeunes entreprises, souvent innovantes.

En sus, ils doivent participer à la résolution de soucis de mobilité, au partage de connaissances et à la réduction de certains coûts. Dans le cas bruxellois, un espace de travail - dans un espace ouvert - peut se révéler deux à trois fois moins coûteux qu'un bureau privatif. À condition, évidemment, de pouvoir travailler en compagnie d'autres et, "si un coup de fil dure un peu trop, d'aller dans une autre pièce", reconnaît M. Perelsztejn.

Enfin, pour se démarquer de simples bureaux partagés, les espaces de coworking sont des lieux animés de rencontres, de colloques, d'événements consacrés à l'entrepreneuriat. Autant de services censés stimuler la créativité et, à terme, transformer l'inconnu qui travaille à côté en véritable collègue.

"J'avais du mal à déconnecter le privé du professionnel"

Nouer des contacts et se plonger dans une ambiance de travail sont parmi les motivations des coworkers.

La pièce est calme, l'atmosphère studieuse. Au deuxième étage du très classe 367, avenue Louise, baptisé le Loft, une demi-douzaine de visages concentrés sont penchés sur leurs ordinateurs.

Fouzia, architecte de profession, lève le sien et accepte de nous expliquer pourquoi elle travaille dans un tel espace depuis un peu plus d'un an. "J'ai un bureau aménagé chez moi, il est très bien, mais j'avais du mal à être productive. Si je ne voyais pas de client dans la journée, je pouvais travailler en pyjama", rit-elle.

Le rêve, non ? Sauf que pour l'indépendante - jadis habituée à un rythme de travail imposé, en qualité d'employée - la situation idyllique avait un revers, outre le manque de productivité : "J'avais du mal à déconnecter le privé du professionnel. Une fois passée d'employée à indépendante, j'ai eu du mal à trouver un équilibre."

Or, rien, dans ce bureau partagé, n'incite à la procrastination. Au contraire. Et lorsque la journée de travail s'achève, c'est pour de bon.

Aurélie, traductrice, partage une autre motivation avec Fouzia : "Je viens faire une journée d'essai", proposée dans le cadre de cette semaine de promotion du coworking."Je viens rencontrer d'autres personnes", explique Aurélie. Elle ajoute : "D'ordinaire, je travaille chez moi ou dans des cafés, mais c'est bruyant. Ce n'est pas vraiment la destination première de ces lieux."

Bernard, facilitateur du Loft, opine : "Il y a une mixité de personnes ici : des architectes, des traducteurs, des employés d'entreprises actives dans la location de voitures, dans le secteur financier ou des start-up…" Autant de rencontres professionnelles possibles. "Cela suscite la curiosité", précise Fouzia.

Que ce soit autour d'un café dans la cuisine commune, autour d'un barbecue sur la terrasse, lors d'un événement organisé en interne ou simplement au détour d'une conversation sur le dernier projet professionnel en cours, les coworkers partagent leur expérience, se stimulent.

"Ce sont des gens qui avaient marre de parler aux murs chez eux", illustre Bernard. Et Fouzia de trouver une autre qualité à ce bureau si particulier : "Si un entrepreneur débarque chez moi à l'improviste et que mon bureau est sens dessus dessous, je ne vais pas l'accueillir dans mon salon !"

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