Le Belge François Englert reçoit le prix Nobel de physique

C'est le premier Belge à obtenir la plus haute récompense dans le domaine de la "reine des sciences".

Belga
Belgium physicist Francois Englert answers journalist's questions about the scientific seminar to deliver the latest update in the search for the Higgs boson at the European Organization for Nuclear Research (CERN) in Meyrin near Geneva, Switzerland, Wednesday, July 4, 2012. The head of the world's biggest atom smasher is claiming discovery of a new particle that he says is consistent with the long-sought Higgs boson known popularly as the "God particle" which is believed to give all matter in the universe size and shape. (AP Photo/Keystone/Martial Trezzini) Associated Press / Reporters
Belgium physicist Francois Englert answers journalist's questions about the scientific seminar to deliver the latest update in the search for the Higgs boson at the European Organization for Nuclear Research (CERN) in Meyrin near Geneva, Switzerland, Wednesday, July 4, 2012. The head of the world's biggest atom smasher is claiming discovery of a new particle that he says is consistent with the long-sought Higgs boson known popularly as the "God particle" which is believed to give all matter in the universe size and shape. (AP Photo/Keystone/Martial Trezzini) Associated Press / Reporters ©Associated Press / Reporters

François Englert s'est vu remettre mardi, avec le Britannique Peter Higgs, le prix Nobel de physique, devenant le premier Belge à obtenir la plus haute récompense dans le domaine de la "reine des sciences" pour ses travaux relatifs au boson de Brout-Englert-Higgs, aussi appelé boson scalaire. Ce Bruxellois de 80 ans, lauréat de plusieurs distinctions depuis les années 1970, a entamé son parcours académique au sein de l'Université libre de Bruxelles (ULB) en 1956, institution dans laquelle il est aujourd'hui encore professeur émérite de physique théorique. François Englert est né dans la commune bruxelloise de Etterbeek le 6 novembre 1932. Marié et père de cinq enfants, il passe par les bancs de l'athénée de Koekelberg avant de prendre le chemin de l'ULB où il obtient son diplôme d'ingénieur civil en électro-mécanique en 1955. De 1956 à 1959, il officie en tant qu'assistant au sein de l'université. Il profitera de ces années pour devenir licencié (1956) et ensuite docteur (1959) en sciences physiques. Il a travaillé de 1959 à 1961 à l'université Cornell, dans l'Etat de New York, avant de revenir à l'ULB où il enseigna d'abord en tant que chargé de cours (1961-1964), puis en tant que professeur (1964-1998) et enfin en tant que professeur émérite depuis 1998. La physique des particules, la théorie des cordes et l'inflation cosmique constituent les domaines de spécialisation du physicien.

Si le prix Nobel constitue sans aucun doute la consécration de sa carrière, François Englert a déjà glané bon nombre de distinctions scientifiques. En 1977, il reçoit le prix Wetrems en sciences mathématiques et physiques. Un an plus tard, il est lauréat du premier prix de l'International Gravity Contest avec son collègue et ami Robert Brout. Le prestigieux prix Francqui lui est remis en 1982 pour ses travaux relatifs à la brisure. En 1997, il obtient également le prix de la société européenne de physique. Plus récemment, il a encore été récompensé par le prix Wolf (2004), le prix Sakurai (2007) et le prix Prince des Asturies de la recherche scientifique et technique cette année.

En 1964, François Englert et Robert Brout (décédé en 2011) publient un article intitulé "Broken Symmetry and the Mass of Gauge Vector Mesons" dans lequel ils formulent une théorie sur le mécanisme de brisure de symétrie. Le boson scalaire explique, via ce mécanisme, pourquoi certaines particules ont une masse et d'autres pas. Ils précédèrent ainsi de peu Peter Higgs et le trio américano-britannique composé de Gerald Guralnik, Carl Richard Hagen et Thomas Kibble. Ces chercheurs sont tous arrivés indépendement aux mêmes conclusions la même année.

Le 4 juillet 2012, l'Organisation européenne pour la recherche nucléaire (CERN) annonçait la découverte d'une particule "compatible" avec le boson de Brout-Englert-Higgs. Les expériences menées jusque là dans le grand collisionneur d'hadrons permettaient d'affirmer son existence avec 99,99997% de certitude, soit un probabilité de 5 sigma. Le boson de BEH est considéré par les physiciens comme la clef de voûte de la structure fondamentale de la matière, soit la particule qui donne leur masse à d'autres particules élémentaires selon la théorie dite du "Modèle standard".

Le Modèle Standard constitue la théorie la plus précise et la plus complète jamais construite pour comprendre les interactions fondamentales de la nature. Le mécanisme de brisure de symétrie, qui forme une partie essentielle du Modèle Standard, montre comment des interactions à très courte distance entre particules élémentaires et des interactions à longue distance peuvent avoir une origine commune.

"Je regrette que Robert Brout ne soit pas parmi nous aujourd'hui" François Englert s'est dit mardi très heureux de recevoir le Prix Nobel de Physique pour ses travaux relatifs au Boson de Brout-Englert-Higgs, mais a toutefois émis le regret de ne pas pouvoir le partager avec son "collègue et ami" Robert Brout, décédé en 2011, avec lequel il a développé sa théorie durant les années 1960. "J'aurais tellement souhaité qu'il soit là pour partager cette récompense pour un travail que nous avons réalisé ensemble", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse à l'ULB en présence du Premier ministre Elio Di Rupo. François Englert, premier Belge à décrocher le Prix Nobel de Physique, a tenu "à transmettre toutes ses félicitations à Peter Higgs, qui a fait un excellent travail que j'apprécie beaucoup, même si nous n'avons pas vraiment eu de collaboration ensemble".

"Le Prix Nobel est un prix très prestigieux", reconnaît-il. A la question de savoir si un tel prix constitue la plus grande reconnaissance pour un physicien, François Englert a répondu: "Si on le dit, c'est que cela doit être vrai! ".

Le physicien a également remercié toutes les personnes et les institutions qui l'ont aidé à parvenir à cette découverte, dont notamment l'ULB -où il est toujours professeur émérite à l'âge de 80 ans-, l'UCL et la KUL, et de manière plus générale le monde universitaire belge. "L'ULB m'a accueilli et supporté avec gentillesse, ce que j'ai fort apprécié", a-t-il confié.

La liste complète des Prix Nobel belges depuis 1901

François Englert est le 11e Belge à décrocher la prestigieuse récompense. Seuls dix autres Belges, aujourd'hui décédés, avant lui avait été ainsi honorés. Voici la liste des lauréats belges toutes disciplines confondues:

1. Institut de Droit International fondé à Gand en 1873 reçoit le Prix Nobel de la Paix en 1904.

2. Auguste Beernaert, premier ministre de 1884 à 1894, décroche le prix Nobel de la Paix en 1909. Les premières lois sociales, notamment la limitation du travail des femmes et des enfants, ont été votées sous son gouvernement.

3. Maurice Maeterlinck, décroche le prix Nobel de Littérature en 1909. Ecrivain belge de langue française né à Gand en 1862 et mort à Nice en 1949, auteur de poèmes, d'essais et de pièces de théâtre, il est considéré comme un des chefs de file du mouvement symboliste.

4. Henri La Fontaine se voit décerner le prix Nobel de la Paix en 1913. Il a notamment soutenu le projet de Mundaneum de Paul Otlet et a contribué à la création du Bureau International Permanent de la Paix qu'il présidera par la suite.

5. Jules Bordet reçoit le prix Nobel de Médecine en 1919. Fondateur de l'Institut Pasteur de Bruxelles et auteur de la découverte de la bactérie à l'origine de la coqueluche.

6. Corneille Heymans décroche le prix Nobel de Médecine 1938 pour ses découvertes relatives à la respiration et au rôle de l'aorte.

7. Père Dominique Pire. Religieux dominicain né à Dinant en 1910, il s'est engagé en faveur des réfugiés, a fondé l'asbl Aide aux personnes déplacées, l'Université de la Paix (prévention et gestion positive des conflits) et les Iles de Paix qui soutiennent des projets de développement dans les pays pauvres. Prix Nobel de la Paix en 1958.

8. Christian de Duve reçoit le prix Nobel de Médecine en 1974 pour ses travaux sur le lysosome et le peroxysome. Il a crée l'Institut de Pathologie Cellulaire de Bruxelles. Il est décédé en mai 2013.

9. Albert Claude se voit attribuer le prix Nobel de Médecine en 1974. Professeur à l'ULB et directeur de l'Institut Bordet (spécialisé en cancérologie), il est surtout connu pour ses travaux sur les superstructures cellulaires.

10. Ilya Prigogine reçoit le Prix Nobel de Chimie en 1977. Physicien et chimiste belge d'origine russe, il a introduit en thermodynamique les notions d'instabilité et de chaos et a apporté une contribution fondamentale aux sciences physiques et biologiques par ses recherches sur l'irréversibilité des processus.


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