Faits divers Raniero Petrucci, célébrité au Brésil, est jugé en son absence pour une audacieuse fraude sociale commise en Belgique.

Il devait y avoir six personnes physiques, six SPRL et deux ASBL devant le tribunal correctionnel de Bruxelles, hier. Il n’y a eu au final qu’une seule personne, au rôle limité dans l’affaire. Le principal suspect est connu de tous depuis bien longtemps. Et il coule des jours paisibles au Brésil, grâce à une fortune immobilière fondée notamment sur l’escroquerie qui lui vaut d’être jugé.

Raniero Petrucci est un prédicateur brésilien, président du Conseil des pasteurs évangéliques de Formosa, près de Brasilia. On le surnomme le Professor. Et l’ONSS réclame 2,5 millions d’euros, à lui et d’autres prévenus. Dans le courant des années 2000, cet homme s’installe au cœur d’une petite communauté évangélique protestante.

Avec son épouse, la Belge Hélène Stinat, il monte une petite église à Waterloo, nommée Philadelphia. Et devient la coqueluche des immigrés brésiliens et équatoriens, en leur promettant monts et merveilles. Il a donc créé une Église, une ASBL et une société de titres-services. En parallèle, il prenait des contacts dans le monde politique, notamment dans les cabinets de l’ancienne ministre bruxelloise de l’Immigration, Joëlle Milquet, et de son ex-homologue à l’Emploi, Benoît Cerexhe.

Son objectif était de faire croire à la régularisation prochaine des centaines de travailleurs enregistrés dans ses fichiers. Il s’agissait principalement de femmes de ménage payées par titres-services, qui devaient être remis à l’ASBL de Petrucci. Celui-ci se faisait enfin rembourser ces titres.

Au total, l’ONSS, défendue par Me Nadine Bourgeois, estime que 125.000 titres-services ont été remboursés à l’ASBL, entre 2007 et 2009, période où les faits ont été commis. Lors de la perquisition menée en 2009 dans les locaux de l’ASBL, la police en a retrouvé 29.000.

Selon l’audition du seul prévenu présent, asticoté durant de longues minutes par le pugnace auditeur du travail Fabrizio Antioco, il s’avère que tout le monde était au courant de l’illégalité des faits. "On savait que c’était illégal mais on croyait au projet de M. Petrucci, car des étrangers étaient en cours de régularisation. On espérait que ça allait bouger, il nous parlait de ses contacts avec Milquet et Cerexhe, les choses semblaient en place. Je n’ai rien vu venir", explique cet homme qui touchait 66 euros de commission par travailleur inscrit dans le système. "On a trois cartons remplis de noms de travailleurs et on nous dit qu’on ne savait pas ? Et pourquoi un permis de travail n’a jamais été demandé pour eux ?" tance Me Vincent Lurquin, avocat de plusieurs parties civiles.

L’auditeur du travail doit prononcer ses réquisitions ce matin. Il aura la lourde tâche de proposer des pistes afin de faire payer Raniero Petrucci, aujourd’hui propriétaire d’une trentaine de biens immobiliers au Brésil, une fortune bâtie sur le dos de la Sécurité sociale belge.