Ces 34 chiots "sont en train de mourir de faim"

Depuis 8 jours, ces animaux font l'objet d'une "saisie conservatoire" du SPF Santé Publique dans un refuge de Gand. "Avec interdiction formelle de les nourrir…"

A. G.

Une péniche à Gand. Habituellement, elle sert de refuge pour les chats abandonnés de tous. Mais depuis samedi dernier, date de l'inspection du Service Bien-être animal du SPF Santé publique, ce sont surtout les aboiements de chiots affamés qui déchirent le silence.

Depuis 10 ans, Mieke, présidente de l'asbl De Poezenboot, va recueillir des chiens abandonnés en Grèce et les ramène en Belgique en… motorhome. Pourquoi si loin, alors que les refuges belges regorgent d'animaux en détresse ? "Et pourquoi pas ?", rétorque sa fille Ellie De Grauwe, vétérinaire et vice-présidente de l'asbl. "Eux aussi ont le droit d'être sauvés. À cause de la crise, ils sont terriblement nombreux…"

Mieke est formelle : les 34 adorables chiots ont tous été vaccinés en Grèce. Et tous les documents sont en ordre. Seul un document Trace, indispensable lorsque l'on veut importer des animaux en Europe, pose problème. "Il manque juste la signature d'un vétérinaire grec", reconnaît Me Frank Scheerlinck, l'avocat de Mieke.

Le Service Bien-être animal donne une version un poil différent. "C'est totalement faux ! Il est très difficile de savoir quel document correspond à quel chien, quel est leur âge, leur origine. On ne sait pas si les vaccinations ont été faites en Belgique ou en Grèce. En plus, le document Trace spécifiait qu'il s'agissait de 34… antilopes !", s'étrangle le porte-parole Jan Eyckmans.

Les autorités sanitaires décident dès lors de procéder à une "saisie conservatoire" des chiots, le temps de s'assurer qu'ils ne sont pas porteurs de la rage, qui sévit dans certaines régions de Grèce. "Qu'est-ce qu'on dirait si un de ces chiots adopté par un client du refuge venait à mordre son enfant parce qu'il est atteint de la rage ?", justifie M. Eyckmans.

Selon Me Scheerlinck, la rage, c'est un prétexte. La manœuvre consiste plutôt à dissuader ses clientes d'importer des animaux. "Elles ont été interrogées pendant 4 heures mais aucune question ne portait sur la santé des chiots." "C'est vrai qu'il y a aussi des questions à se poser sur le prix que demande leur refuge lors de l'adoption d'un chiot : 200 à 500 euros, c'est cher ! Ça s'apparente à du commerce…", s'interroge le SPF. "On fait payer 290€ par chiot adopté : ça couvre les frais de vaccination, de castration, de transport,… On réalise un bénéfice de 40€. Avec 8 chiots adoptés en Belgique, on peut sauver un chien adulte en Grèce."

Mais le vrai problème, assurent Ellie et l'avocat, c'est qu'"ils nous ont fait signer un document interdisant formellement tout contact humain avec ces chiens. On nous interdit de leur donner à manger, à boire, de les soigner. Ils sont en train de mourir de faim !"

"La porte n'est même pas scellée : les chiens peuvent être nourris et soignés !", rassure le Service du Bien-être des animaux.

Pour couper court à l'imbroglio, Me Scheerlinck a introduit une action en référé : le tribunal de Gand devra se prononcer en urgence ce lundi. D'ici là…

Heureusement pour les chiots, de bonnes âmes n'ont pas attendu de savoir ce que recouvrait l'"interdiction de tout contact avec un être humain" pour nourrir, discrètement, les petites boules de poils affamées…


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