Faits divers David Vens, le compagnon de Maria Da Rocha, a été privé de liberté.

Écrasée par le pimpant centre commercial Rive Gauche, la rue de Marchiennes à Charleroi n’est plus que l’ombre d’elle-même. Entre les vestiges de bars coquins et les immeubles désertés subsistent encore une poignée de bistrots qui doivent leur survie aux clients issus du ministère des Finances voisin.

David Vens est aux commandes de l’un de ces troquets, la Petite Taverne. Autrefois basé à la rue du Comptoir, il a été exproprié lorsque la Ville-Basse a connu sa transformation.

Il y a quatre ans, il s’est donc installé rue de Marchiennes… et a rapidement bu le bouillon. "Il avait plusieurs loyers de retard. Il était pris à la gorge", raconte un proche du cafetier. "Forcément, cela entraînait des tensions avec sa femme, Maria Da Rocha. C’est un couple fusionnel mais entre eux, il y avait souvent des bagarres."

Le couple avait en commun une petite fille de 9 ans, mais également un problème de boisson qui rendait leurs disputes d’autant plus homériques. La précarité, l’alcoolisme, les violences conjugales : il ne manquait qu’une étincelle pour que le cocktail devienne Molotov…

Ce mardi vers 7 h 30, le service 100 a reçu l’appel de David Vens, annonçant la mort de sa compagne. À l’arrivée des forces de l’ordre, cette dernière gisait effectivement dans ses draps ensanglantés, à l’étage de la taverne. Elle présentait une plaie dans le dos, probablement due à un coup de couteau. David Vens avait eu le temps d’alerter une amie pour lui confier sa petite fille. "Maria est partie. Prends soins de la petite, je vais sûrement rentrer en prison", lui a-t-il chuchoté avant que la police n’arrive. "La violence était quasi quotidienne entre eux", explique l’amie en question. "Il lui avait déjà donné un coup de couteau en mangeant. Une autre fois, elle a pris un coup de fourchette dans le genou. Ça n’arrêtait pas. Maria venait se faire soigner chez moi. Elle était souvent très abîmée."

Aux enquêteurs , David Vens a livré sa version des faits : contrairement à Maria, il n’aurait pas dormi dans le lit conjugal, mais bien dans le divan. Et lorsqu’il s’est réveillé ce mardi, l’esprit encore embué de vapeurs éthyliques, celle-ci était déjà morte. "Ces déclarations doivent être vérifiées et il faudra refaire la chronologie de la soirée pour décider des suites de l’enquête", explique Vincent Fiasse, procureur du Roi de division. "Le compagnon a été privé de liberté et l’affaire a été mise à l’instruction pour meurtre. Divers devoirs doivent encore être réalisés."

Et avant de recevoir David Vens, probablement ce mercredi, le juge d’instruction dispose de 48 heures pour mener ses investigations à charge et à décharge. Il décidera alors s’il y a lieu de placer le suspect numéro 1 sous mandat d’arrêt.

Mardi matin, le quartier était en tout cas cerné par un large périmètre de sécurité. Le laboratoire de la police fédérale a passé la taverne et le logement au peigne fin et les indices récoltés permettront peut-être d’éclaircir ce crime aux relents d’alcool et de violences conjugales.


"La petite a vu sa mère revenir en sang"

La fillette, qui a voulu poser un pansement sur la blessure, a été recueillie par un cafetier du quartier. Derrière le drame de la rue de Marchiennes se cache une autre tragédie : une fillette de 9 ans se retrouve aujourd’hui sans maman et sera sans doute privée de son papa durant quelques années. Malgré son âge, l’enfant sera peut-être un témoin clé dans cette affaire. Elle se trouvait en effet dans l’appartement et a vu sa maman se vider de son sang. "J’ai recueilli la petite fille dans mon établissement durant quatre heures", explique un cafetier bien connu du quartier. "Elle était en pleurs. Ma fille lui a apporté de quoi dessiner en attendant que la police ne la prenne en charge, ce qu’elle n’a fait que vers 11 h. On a eu le temps de discuter. La petite a ainsi expliqué que sa maman était rentrée en sang vers minuit. Qu’elle avait une blessure dans le dos. Elle raconte qu’elle a voulu lui mettre un pansement pendant qu’elle dormait."

Le patron de bistrot connaissait bien David Vens et Maria Da Rocha. "C’est une ancienne coiffeuse. Elle avait beaucoup de talent et a travaillé pour des salons huppés. David, lui, a bossé un peu au Showboat avant de s’installer à son compte. Mais ça ne marchait plus, il était acculé par les dettes. Et puis, ils étaient alcooliques tous les deux. Ils se crêpaient tout le temps le chignon. Et Maria n’était pas en reste. Il lui est arrivé de tout casser à la Petite Taverne, voire de foncer avec sa voiture sur David. Il y a trois semaines, elle s’est même battue avec des policiers."

Dans le quartier, personne n’est étonné de la tournure tragique des événements. "Ça devait arriver", déplore-t-on. Au parquet en revanche, le procureur du Roi affirmait n’avoir aucune information (à ce stade) de violences conjugales. Mais vu les relations volcaniques du couple, il est possible que personne n’ait jamais déposé plainte…

Reste une petite fille de 9 ans derrière ce drame digne d’un roman de Zola. L’enfant, qui a probablement vu sa mère s’éteindre sous ses yeux, a été pris en charge par les services de la Jeunesse. Échelonnée de disputes parentales, sa vie était déjà un fardeau permanent. Avec le crime de ce mardi, elle tourne à la catastrophe.