Monde "Nous suivons la situation de très près et nous sommes prêts à déployer du personnel pour une évacuation, dans des délais très courts, si cela s’avère nécessaire".


Hormis cette déclaration du porte-parole de la Défense, Olivier Severin, nous n’en saurons pas plus sur les préparatifs d’une potentielle mission de sauvetage de notre armée en République démocratique du Congo (RDC). Dimanche, le ministère de la Défense allait dans le même sens, en restant tout aussi discret. "Via nos services de renseignement, nous prenons le pouls de la situation. Nous ferons un pas supplémentaire si cela s’avère nécessaire."

Un vent favorable nous indique toutefois qu’une dizaine de militaires assurent la sécurité du personnel de l’ambassade belge à Kinshasa et que des soldats sont déjà prêts à partir.

Du reste, pour des raisons de sécurité, et vu la sensibilité du sujet, très peu de détails filtrent. L’inquiétude, elle, plane. Il y a quelques jours, Didier Reynders, chef de la diplomatie, a enjoint ses compatriotes à quitter le pays "dès que possible" . Et déconseillé de voyager vers ce pays d’Afrique centrale agité par des tensions politiques à l’approche de la fin du mandat du président Joseph Kabila.

La RDC vient en effet de prendre une série de mesures réduisant les libertés publiques. Selon le ministère des Affaires étrangères, le pouvoir pourrait aussi fermer des aéroports et empêcher l’accès à Internet alors que les contrôles se multiplient dans la capitale.

Pour l’instant, les Affaires étrangères gardent donc la tête des opérations. Si la situation dégénère, l’armée prendra le relais et les mesures nécessaires pour aller chercher ses propres ressortissants. La tâche pourrait s’avérer ardue : 4.000 Belges résident au Congo, dont 2.000 à Kinshasa.

Tout a commencé avec l’expulsion de deux journalistes belges, vendredi dernier. Nos confrères de la VRT et de la VTM venaient réaliser un reportage sur la situation du pays. En prétextant vouloir régler leur accréditation, les autorités leur ont confisqué leur matériel, GSM et passeports. Les journalistes ont reçu l’ordre de quitter le pays immédiatement. Le même jour, un C-130 avec une dizaine de militaires formant un "détachement d’agents de sécurité" (DAS) devait aller renforcer la protection du consulat de Belgique à Lubumbashi. L’appareil a été refoulé par les autorités congolaises. Augustin Matata Mponyo Mapon, Premier ministre congolais, a signifié à Didier Reynders que son pays n’autorisait pas les soldats belges à pénétrer sur son territoire. Des deux événements qui ont poussé la Belgique à s’activer, au cas où.


Kinshasa transformée en ville morte à la veille de la fin du mandat de Kabila

Cinq rebelles, un Casque bleu sud-africain et un policier congolais ont été tués hier matin dans des combats à Butembo, à la suite de l’attaque d’une milice contre cette ville de l’Est de la République démocratique du Congo. Ville de 1,1 million d’habitants, Butembo a vu apparaître récemment des milices maï-maï aux motivations confuses. Selon des habitants, certains combattants de ces groupes armés ont affirmé vouloir chasser du pouvoir le président Kabila.

L’ambiance était plus calme à Kinshasa, qui a revêtu des aspects de ville morte après des jours de tension politique à la veille du terme du mandat du président Joseph Kabila, dont l’opposition conteste la volonté de se maintenir au pouvoir en attendant l’élection d’un successeur. Vers 8 h, la bouillante mégapole de dix millions d’habitants, quadrillée par les forces de la police et de la garde républicaine, n’était que l’ombre d’elle-même : grandes avenues vides avec une circulation presque inexistante. Le bruit de fond habituel de la capitale - coutumière des violences meurtrières à caractère politique - a disparu. Dans le nord et l’est de la ville, les militaires et policiers sont plus nombreux que les passants, tandis que les transports collectifs publics fonctionnent à un rythme très ralenti.

De nombreuses entreprises ont donné pour consigne à leurs employés de ne pas venir travailler, et aucun blanc-bleu , surnom des écoliers à cause de leur uniforme, n’est visible dans les rues, alors que les écoles secondaires ne sont pas encore en vacance. Sur la place Victoire, emblématique du cœur animé de la ville, la grande majorité des commerces sont fermés. Âgé de 45 ans, Joseph Kabila est au pouvoir depuis 2001 et la Constitution lui interdit de se représenter. Ses détracteurs l’accusent d’avoir tout fait pour torpiller le processus électoral et de vouloir se maintenir au pouvoir à vie. Les négociations sous l’égide des évêques sont destinées à permettre l’instauration d’une période de transition politique associant le pouvoir et l’opposition jusqu’à l’élection d’un nouveau président. Elles n’ont guère avancé et sont censées reprendre mercredi.

Depuis l’annonce de la suspension de la médiation épiscopale, Kinshasa est dans l’expectative de ce qui va se passer, par crainte de violences. Avant l’ouverture de ces pourparlers, la coalition du Rassemblement constituée autour de l’opposant historique Étienne Tshisekedi avait menacé de jeter la population dans la rue le 19 décembre dans tout le pays pour chasser Joseph Kabila du pouvoir en cas d’échec des négociations. Le Rassemblement n’a cependant donné aucun mot d’ordre en ce sens après la suspension des discussions.


"Je regretterai toujours d’être parti"

La République démocratique du Congo, ancienne colonie belge, a déjà connu plusieurs échauffourées dans le passé. Des Belges y vivaient avant l’indépendance du pays, en 1960. À l’époque, certains en sont partis puis y sont revenus avant de le quitter définitivement.

L’histoire de Félix est emblématique de ces allées et venues belges. De retour au plat pays depuis près de 40 ans, il dit "regretter l’Afrique" .

Félix y a connu bien des aventures et a vu le visage du pays changer au fil de ses rebondissements politiques. Il débarque à Elisabethville, ancien nom de Lumumbashi, en 1950, à l’âge de 15 ans avec ses parents, venus chercher un travail au Congo, loin de l’Europe ravagée par la Seconde Guerre mondiale. Il y passe quelques années, revient en Belgique avant de retourner en terres africaines en 1957, où il établit ses quartiers et enseigne jusqu’en 1978, année de la spectaculaire évacuation de Kolwezi. "Cette année-là, il y a eu plusieurs meurtres et avec mon épouse, nous avons décidé de partir. Ce n’était plus très sécurisant d’y habiter" , raconte-t-il. "L’évacuation de Kolwezi, c’était très impressionnant mais pour moi, ça n’avait rien à voir avec la grande évacuation générée par l’Indépendance, en 1960. À l’époque, j’avais décidé de rester parce que je n’étais pas marié. Et puis, je me plaisais beaucoup là-bas. On était bien, l’ambiance était tranquille, il y avait du soleil… Mais beaucoup de choses ont changé quand Mobutu est arrivé" , poursuit-il, décrivant l’Afrique d’avant comme "calme et paisible" .

Même si le Congo lui manque terriblement, Félix avoue être démuni devant les images qu’il voit aujourd’hui. "La situation est très grave. Quand je vois ce qui s’y passe, j’ai un pincement au cœur. La colonisation a apporté de nombreux défauts. Les Belges sont partis sans former d’universitaires, en laissant beaucoup de choses en plan et ce fut un véritable désastre. Le Congo va mal et je ne sais pas combien de temps il va lui falloir pour s’en remettre. J’espère que dans 50 ans, il ira mieux" , soupire-t-il, rêvant encore des merveilles de ce pays qui l’a accueilli pendant 21 ans.