Prise d'otage à Vincennes: Coulibaly avait une GoPro et voulait regarder BFM TV

C'est en tout cas ce qu'affirme l'un des otages retenus dans l'épicerie casher par Amedy Coulibaly vendredi 9 janvier à Vincennes. Joint par le journal "Libération", il livre un témoignage glaçant.

Rédaction en ligne et AFP
Prise d'otage à Vincennes: Coulibaly avait une GoPro et voulait regarder BFM TV
©AP

Le journal "Libération" a joint l'une des personnes qui s'est retrouvée otage d'Amedy Coulibaly dans l'épicerie casher de la porte de Vincennes vendredi 9 janvier. Caché au sous-sol du magasin, cet homme est rapidement monté à l'étage où il s'est retrouvé nez à nez avec le terroriste. C'est alors qu'un autre otage s'est emparé d'une kalachnikov abandonnée sur un carton pour viser Coulibaly. Ce dernier l'abattra de sang froid.

"Coulibaly nous dit: 'Regardez ce qui vient d'arriver à celui qui a essayé de se défendre' Je me suis ensuite rendu compte que trois autres personnes avaient été abattues: il y en avait une près de l'entrée du magasin, deux autres au niveau des caisses", raconte ce témoin qui a préféré garder l'anonymat.

Une caméra et un arsenal

L'homme l'assure: Coulibaly était bien équipé (deux kalachnikovs, deux pistolets automatiques, un couteau, de la dynamite...) et bien informé. "Il m'a demandé d'arracher les caméras de surveillance du magasin, puis de barricader la porte de secours, à l'arrière du magasin. Je me suis rendu compte qu'il avait une caméra GoPro sur lui et un ordinateur: il a sorti la carte mémoire de la caméra, l'a mise dans l'ordinateur et a semblé manipuler ses images sur l'écran."

Malgré la tension ambiante, le preneur d'otage la joue "relax". "Je n'ai pas l'impression qu'il se méfiait de nous: on pouvait se déplacer dans le magasin. À un moment, il s'est servi dans les rayons pour se faire un petit sandwich. Il nous a dit: 'Allez-y les gars, faites comme chez vous.' J'ai répondu:'"Tu es gentil mon pote, mais tu m'as un peu coupé l'appétit, là.'"

"Il a voulu BFM"

Ensuite, Coulibaly tenait beaucoup à regarder la chaîne d'information en continu BFM TV. Troublant quand on sait que les médias ont été très critiqués au cours de prises d'otage, accusés d'informer en temps réel les terroristes. Des critiques auxquelles un dirigeant de BFM TV a répondu ce samedi dans les colonnes du journal "Le Monde" (lire ici).

"Il était vraiment très intéressé par [BFM]. Il a demandé à l'un d'entre nous de brancher un ordinateur se trouvant dans le bureau du magasin pour avoir internet. Comme la télé ne donnait pas toujours les bonnes infos, il s'est énervé. Il a dit: 'Comment ça, il n'y a pas de morts? Ils vont voir s'il n'y a pas de morts.' Il a appelé BFM et leur a demandé de changer leur bandeau. Ensuite, je pense qu'il a eu les autorités au téléphone, parce qu'il leur donnait des revendications: il voulait que les troupes françaises se retirent de tous les Etats islamiques."

L'auteur de ce témoignage sortira sain et sauf de l'épicerie. Après sa déposition auprès de la police, il n'aspirait plus qu'à une chose: "prendre une petite semaine de repos."

L'enquête s'accélère

L'enquête sur la prise d'otages vendredi du supermarché casher de Paris s'est accélérée avec la découverte dans la nuit de samedi à dimanche de la possible "planque" d'Amedy Coulibaly, désormais soupçonné de plusieurs attaques dans la région parisienne. Son ADN avait déjà été isolé sur les lieux de la fusillade de Montrouge, petite ville proche de Paris, au cours de laquelle une policière avait été tuée jeudi. Un lien a également pu être établi entre une des armes retrouvées dans le supermarché casher et les balles tirées contre un joggeur grièvement blessé mercredi soir à Fontenay-aux-Roses, dans la banlieue sud de Paris, où habitait Amedy Coulibaly.

Ce délinquant multirécidiviste, âgé de 32 ans, déjà condamné dans une affaire d'extrémisme islamiste -- il avait été condamné à cinq ans de prison en 2013 pour participation à un projet de tentative d'évasion d'un ancien membre du Groupe islamique armé algérien (GIA)-- pourrait avoir des liens avec l'explosion d'une voiture piégée jeudi soir, toujours dans le sud de Paris.

C'est en tout cas ce qu'affirme une vidéo postée dimanche matin sur internet, mais rapidement retirée, qui attribue à Amedy Coulibaly la prise d'otages, l'assassinat de la policière à Montrouge et l'explosion de la voiture. Dans ce montage vidéo qui n'a pas été authentifié, un homme ressemblant fortement au suspect apparaît face à la caméra pour se réclamer de l'organisation jihadiste Etat islamique (EI) et revendiquer un lien avec l'attaque mercredi de l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo par les frères Kouachi.

Une semblable proclamation avait été faite par Amedy Coulibaly lui-même dans un entretien téléphonique avec la chaîne de télévision d'informations en continu BFMTV pendant la prise d'otages. Quatre personnes ont péri dans cette attaque antisémite. On savait déjà Coulibaly fortement armé, puisqu'à l'issue de l'assaut, deux pistolets Tokarev, deux kalachnikovs ou encore des bâtons d'explosif avaient été découverts dans le supermarché.

Les enquêteurs viennent de découvrir qu'il l'était probablement encore davantage en tombant lors d'une série de perquisitions sur sa possible "planque" à Gentilly, dans la banlieue sud de Paris. L'appartement a été localisé notamment en faisant parler ses relevés téléphoniques et les bornes activées par son téléphone, ainsi qu'à la faveur du "tuyau" d'un témoin qui aurait reconnu Coulibaly, selon une source proche de l'enquête.

Le jihadiste pourrait s'être établi depuis le 4 janvier dans ce logement où ont été retrouvés des papiers d'identité à son nom, de même que quatre autres pistolets Tokarev, un revolver, des munitions, des téléphones, des bombes lacrymogènes, un gyrophare, un gilet tactique, des jumelles. Se trouvaient également un Coran et des bannières semblables à celles utilisées par le groupe EI, et à celle accrochée derrière l'homme revendiquant l'attaque de Montrouge sur la vidéo postée dimanche matin.

Si cette découverte peut contribuer à éclairer l'organisation logistique de Coulibaly, de nombreuses questions demeurent, notamment sur ses cibles: pourquoi aurait-il tiré sur un joggeur? Pourquoi avoir ouvert le feu sur la policière?

"Les frères de notre équipe, ils ont fait Charlie Hebdo", indique l'homme sur la vidéo diffusée dimanche matin, dans une allusion à l'attaque de l'hebdomadaire satirique mercredi par les frères Saïd et Chérif Kouachi, qui ont péri vendredi dans un échange de tirs avec la police qui les cernait dans une petite ville située au nord-est de Paris. "Je suis sorti aussi un peu contre la police", "pour que cela ait plus d'impact", ajoute-t-il. "On arrive à se synchroniser pour sortir en même temps", poursuit l'homme présenté comme Coulibaly. "Vous attaquez le califat, on vous attaque".

Ces images étaient en cours d'analyse dimanche par les enquêteurs. Déjà saisi de l'enquête sur l'attaque de Charlie Hebdo, sur la fusillade de Montrouge et la prise d'otages du magasin casher, le parquet de Paris a annoncé dimanche qu'il se saisissait des investigations sur les tirs contre le joggeur, qui relèvent désormais elles aussi de l'antiterrorisme.

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