Santé

Le cancer du sein est une des causes principales de décès chez la femme entre 30 et 50 ans. Son dépistage systématique passe par la mammographie. Or cette technique n’est pas dénuée d’inconvénients pour la patiente. Pas invasive, la thermographie infrarouge est un outil tout aussi fiable.

La thermographie, c’est quoi ?

La thermographie infrarouge est une technique qui détecte les différences de température à la surface d’un corps ou d’un objet. Bâtiments, expertises d’œuvres d’art, domaine médical, ses applications sont variées. Dans le cadre du dépistage du cancer du sein, on utilise alors des protocoles de thermographie médicale. Une caméra thermique prend une photo de la poitrine. Ici, par convention, du plus froid (bleu) au plus chaud (rouge), les différentes zones de température apparaissent de couleurs variées par contrastes. Les clichés sont ensuite analysés et comparés sur base des images obtenues des deux seins.

Une technique indolore et inoffensive

« La thermographie est une technique non invasive et non douloureuse pour la patiente, c’est une simple image. On capte, on n’injecte rien et on n’émet rien. Contrairement à la mammographie qui est une technique d’imagerie médicale radiologique où les seins sont douloureusement comprimés, elle permet d’éviter l’exposition aux rayons X », nous explique Hugues Crépin, responsable de l’Imagerie du Centre. « Or, les rayons X ne sont pas dénués d’effets cancérogènes. Selon des études suédoises et canadiennes récentes, chez les femmes de plus de 50 ans, les cancers induits par la mammographie seraient responsables de 1 à 5 décès pour 100.000 patientes ayant subi l’examen tous les deux ans. Le risque serait, dans tous les cas, plus important chez les femmes à plus large poitrine qui reçoivent en conséquence 2 à 3 fois plus de radiations et un nombre de clichés plus grand que les femmes à poitrine plus petites ou dans la moyenne ».

Un outil de dépistage plus fiable

Pour savoir si la mammographie atteignait ses objectifs, des chercheurs danois ont analysé les données de plus de 1,4 million de femmes danoises âgées de 35 à 84 ans, entre 1980 et 2010. Selon cette nouvelle étude, publiée en janvier 2017, un tiers des tumeurs diagnostiquées par mammographie correspondraient à des surdiagnostics, c’est-à-dire qu’elles n'auraient pas conduit à des problèmes de santé. « Le surdiagnostic est grave », a déclaré le docteur Otis Brawley, vice-président de l'American Cancer Society, « car il signifie que les femmes en bonne santé obtiennent des diagnostics inutiles du cancer du sein. Or, un diagnostic de cancer du sein est un événement qui change la vie de la femme et de sa famille. Cela entraîne également un surtraitement avec la chirurgie, la radiothérapie et parfois la chimiothérapie, et nous savons que ces traitements ont des conséquences graves, parfois mortelles ». Au mieux cela génère du stress et des examens inutiles comme la biopsie.

« Les résultats de la thermographie peuvent être meilleurs que ceux obtenus par la mammographie dans le cadre du dépistage et détecte aussi d’autres troubles dans la foulée », poursuit Hugues Crépin. La thermographie détecterait 90 % des cancers (contre 80 % pour la mammographie) et les faux positifs (c’est-à-dire des lésions qui ne sont finalement pas cancéreuses) seraient de 10% contre 25 % avec les rayons X. « En outre, avant 35 ans, la densité du tissu mammaire rend la lecture difficile. On visualise moins les contrastes et la mammographie peut être complètement aveugle. Certaines femmes sont donc mammographiées pour rien ».

Globalement, avant 40 ans, la littérature médicale ne recommande donc plus unanimement l’usage de la mammographie à titre d’examen de dépistage, mais bien comme diagnostic. « Et pourtant, malgré ces constats, la thermographie médicale est peu développée et la mammographie reste la méthode normalisée. Les dangers avérés de cette dernière devraient pourtant amener les autorités de santé à prôner des alternatives qui évitent toute radiation non essentielle. La thermographie permettrait également de commencer le dépistage beaucoup plus précocement, même dans la vingtaine, sans que cela entraîne d’effets négatifs à long terme par une technique de « carte d’identité » thermique permettant un suivi personnalisé du patient par exemple », ponctue Hugues Crépin. Une alternative qui commence à trouver sa place en Belgique. Le premier cabinet de thermographie médicale s’ouvrira à Liège, courant 2018.

Il est à noter que, quelle que soit la technique d’imagerie médicale utilisée pour le dépistage, seule une biopsie peut confirmer un cancer du sein.

Plus d’infos : http://www.thethermograpiclibrary.org