Pédopornographie: rencontre avec les policiers qui visionnent des milliers d'images horribles pour sauver nos enfants
Ils visionnent des milliers d'images horribles chaque jour. Rencontre avec ces chasseurs belges de pédophiles.
- Publié le 05-04-2017 à 06h35
- Mis à jour le 05-04-2017 à 06h53

Ils visionnent des milliers d'images horribles chaque jour. Rencontre avec ces chasseurs belges de pédophiles. 250.000 images par jour. Toutes plus horribles les unes que les autres. Voilà ce que visionnent au quotidien les quatre policiers de l'équipe chargée de la lutte contre les abus sexuels d'enfants sur Internet, au sein de la direction judiciaire criminalité grave et organisée de la police fédérale.
L'équipe, composée d'un homme et de trois femmes, a traité pas moins de 800 dossiers d'abus sexuels d'enfants l'an dernier. Soit un total de plus de 60 terabits d'images. Des millions de photos et vidéos reçues du monde entier, avec chaque fois un point commun : des petites victimes abusées sexuellement. "Nous recevons des images tant des enquêteurs de tout le pays que de l'étranger, via Europol ou Interpol", précise Yves, à la tête de cette section depuis sa création, voici 17 ans.
Des images qui défilent tout au long de la journée sous les yeux de ces policiers chargés de les analyser et de les trier. "Le système informatique nous aide énormément. Nous disposons d'un logiciel qui nous permet de les comparer avec notre base de données. Si elles sont déjà connues, cela est automatiquement détecté. Si ce n'est pas le cas, nous les intégrons". Suit le travail d'identification tant des pédophiles que de leur(s) victime (s).
En 2016, pas moins de 18 petites victimes belges et 9 abuseurs ont pu être identifiés chez nous grâce au travail du commissaire Yves et de son équipe. Des victimes et des abuseurs dont le profil a changé ces dernières années comme vous pourrez le lire en détail dans l'article ci-dessous. La moyenne d'âge des petites victimes est ainsi passée de 11 ans en 2000 à 3 ans aujourd'hui !
Des images plus insoutenables encore que l'équipe spécialisée de la police fédérale regarde chaque jour avec un seul objectif : sauver des enfants !
Un quotidien loin d'être évident humainement qu'ils ont accepté de nous raconter (voir articles ci-contre).
Aussi particulier soit leur métier, ces quatre policiers, tous volontaires pour faire partie de ce service auquel il n'est d'ailleurs pas possible d'être muté sans motivation, ont le même objectif : identifier les victimes sur base de petits détails contenus sur une vidéo ou une photo. Vous le verrez ci-dessous, un simple tatouage, un décor, une marque ou même une poubelle peuvent les mener à l'identification de pédophiles. Un travail qui prend beaucoup de temps mais qui peut sauver de petits enfants des griffes d'abuseurs sexuels sévissant parfois depuis des années au sein même d'un foyer sans que personne ne s'en rende compte.
L'âge moyen des victimes est passé de 11… à 3 ans !
En charge de la section spécialisée dans la lutte contre les abus sexuels au sein de l'unité qui combat la criminalité grave et organisée à la police fédérale, le commissaire Yves est à la tête de ce service depuis sa création, en 2000.
En 17 ans d'expérience, le commissaire a vu le profil tant des auteurs d'abus sexuels que des victimes se modifier avec le temps.
À commencer par l'âge des petites victimes. Elles sont de plus en plus jeunes ! "C'est un constat que mes homologues européens font également. Quand j'ai commencé dans ce service, l'âge moyen des victimes était de 11 ans. Cet âge moyen est aujourd'hui de 3 ans ! Les victimes ont surtout entre 2 et 5 ans désormais, c'est vraiment très jeune", s'exclame le commissaire, ajoutant que la plus petite des victimes dont il a eu à visionner les images d'abus sexuels avait à peine six mois au moment des faits.
Des enfants victimes pour la plupart de leur entourage direct. "Il est assez rare que les images soient réalisées avec des inconnus. La plupart de ces abus sexuels photographiés ou filmés le sont dans l'entourage direct de l'enfant", poursuit le commissaire, ajoutant que pour ce qui est du profil des abuseurs, même si la majorité des auteurs sont des hommes, on compte de plus en plus de femmes. "Ces trois dernières années, nous avons compté de plus en plus de femmes parmi les auteurs. Alors qu'on en dénombrait cinq ou six sur 15 ans, de 2000 à 2015, on en compte désormais une quinzaine. Là aussi, c'est un constat également établi dans d'autres pays".
"C'est la fête quand on sauve un enfant"
Composée de quatre policiers, un homme chef de service et trois femmes, la section de la police fédérale spécialisée dans la lutte contre les abus sexuels d'enfants sur Internet traite donc des milliards d'images au contenu que ces policiers refusent de nommer "à caractère pédopornograpgique". Pour eux, ces images sont des abus sexuels d'enfants et non pas du porno.
Mounia fait partie de cette équipe depuis quatre ans. Un travail qu'elle avait particulièrement du mal à gérer au début, nous confie-t-elle. "C'était vraiment difficile de supporter ces scènes d'horreur. Des tortures sexuelles de bébé, c'était vraiment très dur à voir pour moi. Encore aujourd'hui, certaines images défilent parfois dans ma tête lorsque je suis devant la télé, le soir chez moi. Mais j'arrive à gérer désormais. Au départ, j'avais vraiment peur de ne pas pouvoir poursuivre", ajoute Mounia qui elle aussi doit passer au minimum une fois par an un entretien psychologique, comme ses autres collègues appartenant à cette section.
"Personnellement, je vais plus souvent voir cette psychologue. Tous les trois à six mois. Cela me fait beaucoup de bien", nous confie Mounia. "Quand vous êtes confrontés à 250.000 images du genre par jour, cela peut faire du bien de parler de son quotidien de temps en temps", ajoute la policière toujours aussi motivée à remplir son objectif : l'identification des auteurs de ces images et de leur(s) victime(s).
"Lorsqu'on parvient à identifier un abuseur sexuel, c'est la fête parce qu'on sait qu'on sauve un enfant", s'exclame encore Mounia, avant de reprendre le visionnage des images. "Certaines images sont bien connues et on les voit défiler depuis des années. Être confrontée à de nouvelles scènes d'abus sexuels, particulièrement lorsqu'elles concernent des bébés, cela fait toujours quelque chose, même si on se concentre sur l'arrière-plan et ce qui va nous permettre de remonter jusqu'aux abuseurs".
"Je cherche les détails derrière l'horreur"
À la tête de la section de lutte contre les abus sexuels d'enfants sur Internet depuis sa création en 2000, le commissaire Yves a vu des millions de vidéos et photos d'enfants subissant les pires horreurs.
Chasser ces violeurs de petits bouts innocents, les identifier et ainsi sauver des victimes, c'est son quotidien. Et c'est la raison pour laquelle il se focalise avant tout sur les détails derrière la scène d'abus sexuels que sur l'acte en lui-même. "Je ne regarde plus l'acte. C'est devenu automatique avec les années. Je me concentre directement sur les détails pouvant me mener à l'identification des auteurs ou des victimes".
Des détails qui peuvent sauver des enfants comme ce petit garçon et sa soeur identifiés il y a quelques jours par cette cellule spécialisée de la police fédérale. Deux petits bouts qui étaient abusés depuis six ans par leur papa. Une horreur.
"Ce fut vraiment une satisfaction pour toute l'équipe de pouvoir les identifier. Sur les images, certains détails nous ont vraiment été utiles. En arrire-plan des scènes filmées par cet abuseur, on va pouvoir apercevoir un sac-poubelle et une petite partie d'une voiture. Ces sacspoubelle ne sont distribués que dans 45 communes belges. Nous avons alors cherché, dans ces 45 communes, qui pouvait être propriétaire d'une voiture de cette marque-là. Nous avons pu ainsi remonter jusqu'à cet abuseur sexuel".
Un tatouage, un petit sac, un objet particulier, le moindre détail compte pour le commissaire et son équipe composée de trois femmes.
Une équipe qui, chaque année, est tenue de passer un test psychologique. "C'est une obligation dans notre service. C'est un test qui permet de déterminer si nous sommes capables de poursuivre l'analyse de ces images au contenu difficile".
À 57 ans, Yves est toujours aussi motivé par cette chasse aux violeurs d'enfants sur Internet. "Malgré les millions d'images vues, je n'ai pas changé. Ma femme ne me trouve ni moins ni plus dingue", plaisante le commissaire, ajoutant que le cynisme est la meilleure défense humaine pour exercer ce métier.
Un travail qui, contrairement à d'autres au sein de la police fédérale, ne peut s'exercer que sur base volontaire. Les mutations contraintes ne sont pas possibles dans cette section particulière.
160 dénonciations seulement en 2017
Parmi les dizaines de milliers d'images d'abus sexuels reçues chaque jour par la cellule spécialisée de la police fédérale, certaines proviennent aussi de citoyens, désireux de dénoncer de tels faits graves. Mais ces derniers mois, ces dénonciations ont sensiblement diminué, nous confie le commissaire à la tête de la section spécialisée dans la traque aux pédophiles sévissant sur Internet.
"De 1.600 dénonciations en 2015, nous sommes passés à 900 dénonciations sur toute l'année 2016 et 160 seulement pour les trois premiers mois de cette année 2017. C'est relativement peu", précise le commissaire, ignorant toutefois les raisons pour lesquelles les citoyens signalent moins qu'avant ces faits à la police.
Rappelons donc que ces signalements peuvent être très précieux pour la police, chargée alors d'analyser le contenu des images envoyées.
En cas de découverte de photos ou vidéos d'abus sexuels d'enfant sur Internet, n'hésitez donc jamais à prévenir les autorités policières directement ou en passant par Child Focus.