"J'ai douté du succès jusqu'à la saison 4 !"

Envoyée spéciale à Deauville, Isabelle Monnart

breaking bad, saison 5 vendredi, 20.45 À l'heure où vous lisez ces lignes, le tout dernier épisode de Breaking Bad (saison 5) aura déjà été diffusé aux États-Unis (ce 29 septembre). Donc, si vous êtes vraiment accro à la série créée par Vince Gilligan, vous en connaîtrez déjà la fin, avant même d'en avoir vu… le début, ce vendredi, sur Be Séries. Une attitude qui, pour tout dire, étonne le producteur dont le bébé a, enfin, été couronné lors des récents Emmy Awards dans la catégorie meilleure série dramatique. "On croit qu'on a envie de connaître la fin, mais en fait, non", sourit-il, lors de notre rencontre à Deauville.

Aujourd'hui tout auréolé de gloire, l'Américain de 46 ans, qui a fait ses débuts comme scénariste dans X-Files, est resté d'un naturel prudent, se souvenant parfaitement de ses galères de débutant. "J'ai mis beaucoup de temps à admettre que Breaking Bad connaîtrait le succès", dit-il encore. "Au départ, je dois admettre que nous avons eu la chance d'avoir un soutien des critiques qui aimait notre show. Et puis, rapidement, Bryan Cranston (Walter White, le héros de la série, NdlR) a été nominé pour un Emmy et a été récompensé… Mais à côté de ça, notre audience était plutôt basse, pendant les deux ou trois premières saisons. Heureusement, les fans étaient très motivés, sans quoi, je pense que la série aurait été annulée. Pour tout vous dire, j'ai vécu dans l'angoisse que ça arrive jusqu'à la quatrième saison !"

Mais avec le succès est venue une autre forme de pression, vécue par le créateur de la série, mais aussi par les acteurs. Ainsi Anna Gunn, qui incarne Skyler White - la femme du héros, pour les non-initiés - a-t-elle été victime de menaces, sur Facebook, notamment, de la part de fans qui ne supportaient plus l'attitude de son personnage. "C'est une femme formidable et très brillante", commente Vince Gilligan. "Elle a publié un article dans le New York Times dans lequel elle exprimait très bien ses sentiments… Le meilleur conseil que j'ai tiré de toute cette histoire, c'est qu'il ne faut jamais aller voir sur Internet ce que l'on pense de vous", rigole-t-il.

Alors qu'il imaginait un petit buzz aux États-Unis, le succès de Breaking Bad est aujourd'hui international. Avant de débouler en Normandie, Vince Gilligan avait passé trois semaines en Europe, à ne faire que de la promo. Londres, Vienne, Berlin, Paris. "Je ne parviens toujours pas à imaginer que, partout dans le monde, les gens trouvent des connexions avec cette histoire que j'ai inventée", dit-il. "Mes six auteurs et moi, on a toujours essayé de plaire… à nous-mêmes. Je n'ai pas envie de lire les réactions sur Internet et d'adapter mon travail en fonction. Si ça marche pour certains, tant mieux pour eux. Mais pour moi, au contraire, ce serait un problème. Quant à vouloir être plus internationaux, c'est encore plus improbable… Comment pourrais-je savoir ce qui va plaire au Japon ?"

Et puisque Vince Gilligan n'a toujours pas compris ce qui a fait prendre à ce point la mayonnaise, il concède être bien en peine, aujourd'hui, de renouveler la recette. "Je suis un peu inquiet pour mon avenir", se marre-t-il, mais avec une pointe de sincérité. "Je ne sais pas ce que sera mon prochain boulot. Je ne sais pas si je pourrais maintenir un certain niveau de succès. Donc, je passe mon temps à me dire que je ne dois pas m'inquiéter, que si la prochaine série est un flop, ce n'est pas grave, je passerai à la suivante." Il s'arrête. Réfléchis. Et ajoute : "Mais c'est plus facile à dire qu'à faire."

D'autant que - il ne s'en cache pas - le scénariste, producteur, créateur aime avoir un œil sur tout. "Mais j'ai appris, très vite, sur le tournage de Breaking Bad que ce que je voulais avant tout, c'est que la série soit bonne. Je ne voulais pas en retirer tout le crédit, toute la gloire. Peu importe d'où viennent les bonnes idées, je ne veux pas me les attribuer. Et ce n'est pas parce que je suis un gars spécialement modeste - j'ai un ego aussi grand que celui de n'importe qui à Hollywood, sans doute - mais parce que cette série représente vraiment beaucoup pour moi. Je n'ai pas besoin de plus de gloire, j'ai juste besoin d'être bon. C'est ça qui est important.'

Envoyée spéciale à Deauville, Isabelle Monnart

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