La BD devient numérique

Michaël Kaibeck

Avec Izneo, les éditeurs de bandes dessinées entrent de plain-pied dans l'ère virtuelle

BRUXELLES Moins que la musique et le cinéma, la bande dessinée subit la loi des pirates qui n'hésitent pas à scanner des albums entiers et les offrir gratuitement à la collectivité. Le phénomène reste assez marginal mais pour éviter qu'il ne prenne de l'ampleur, 12 éditeurs dont le groupe Media Participations (Dupuis, Dargaud, Lombard), Casterman et Bamboo ont décidé de prendre les devants.

"Nous sommes à un moment où on ne sait pas trop ce qui va se passer pour la BD dans l'ère numérique. Avant qu'il ne soit trop tard, les éditeurs ont décidé de lancer Izneo", explique Amélie Retorre, la directrice du développement. Modeste, la société financée par les éditeurs ne dévoile pas encore d'objectifs chiffrés ou de prévisions. "C'est un projet qui sert à apprendre. Il existe déjà beaucoup de choses qui se font autour du livre numérique. Izneo se veut une première petite pierre à ce que sera la BD numérique."

Aujourd'hui, les éditeurs sont un peu dans l'expectative face au numérique. "Une question fondamentale est de savoir combien vaut une BD sur Internet. Nous sommes partis sur le principe de la location en streaming. Pour 1,99 euro, vous disposez d'une BD pendant 10 jours. Vous pouvez la lire quand vous voulez, autant de fois que vous le voulez et même reprendre la lecture là où vous l'aviez laissée."

Dans un premier temps, la plate-forme proposera "600 albums. Ensuite, on partira sur une base de 100 nouveautés par mois" . Il existe également une formule illimitée à 10 euros par mois.

Pour les éditeurs, Izneo est un moyen de valoriser le fonds à moindre coût. En effet, à chaque sortie d'un nouvel album d'une série, cela suscite des achats des anciens tomes de lecteurs qui découvrent la série ou de fans. "Mais entretenir le fonds est lourd pour les éditeurs et pour les libraires. Quand vous avez une série comme Ric Hochet, il est impossible d'avoir tous les albums dans les rayons. Avec Internet, cela devient possible."

Mais est-ce que proposer des albums de manière aussi large et presque gratuite ne s'apparente pas finalement à se tirer une balle dans le pied ? "Non, ce n'est que du plus par rapport au papier. Il n'y a pas, selon nous, d'interférences entre le papier et le digital, que du contraire. Ce sont deux façons différentes d'apprécier une même lecture. Le digital nous permet par contre d'aller un peu plus loin et de jeter des passerelles. On peut éventuellement proposer des bonus, des making of ou ce genre de choses qui sont de réelles valeurs ajoutées."

Avançant à tâtons sur un marché où le livre électronique offre des perspectives de croissance exponentielle, "Izneo se veut un laboratoire, une alternative au piratage avec un but clairement éducationnel. On veut que les lecteurs de BD comprennent qu'un contenu digital, cela a une valeur" , conclut Amélie Retorre. La plate-forme est inaugurée en grande pompe à la Foire du livre de Paris ce vendredi.

En savoir plus

Internet : http://www.izneo.com



© La Dernière Heure 2010

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