Voici Emir, la bière halal créée par des Belges
Ça ressemble à de la bière, ça a le goût de la bière mais ce n'est pas de la bière ! Et d'ailleurs, cela n'en porte pas le nom, car la législation en matière de produits brassés est très stricte. Pourtant l'Emir, puisque c'est d'elle qu'il s'agit, se présente comme une bière 100 % halal.
- Publié le 10-06-2015 à 19h28
- Mis à jour le 11-06-2015 à 07h30

Dérivée de la kriek, cette boisson maltée est une création 100 % belge. Ça ressemble à de la bière, ça a le goût de la bière mais ce n'est pas de la bière ! Et d'ailleurs, cela n'en porte pas le nom, car la législation en matière de produits brassés est très stricte. Pourtant l'Emir, puisque c'est d'elle qu'il s'agit, se présente comme une bière 100 % halal. Et nourrit même de grandes ambitions pour apporter aux musulmans un produit en adéquation parfaite avec leur religion.
"C'est un tout nouveau procédé que nous avons mis au point en collaboration avec un bio-ingénieur, explique Mme Zahoui, à l'origine du projet. Cet ingénieur connaît parfaitement le monde de la bière puisqu'il a déjà travaillé pour bon nombre d'autres brasseries. Afin de respecter la charte des produits halal, il fallait créer un breuvage qui, à aucun moment de son procédé de fabrication, ne contient la moindre goutte d'alcool. À base de kriek, il en résulte une boisson à la teneur en alcool complètement nulle (0,00 %)."
Contrairement aux bières sans alcool, le procédé de fabrication est donc totalement différent puisqu'il ne s'agit pas d'une bière brassée traditionnellement dont on a retiré la teneur en alcool. "C'est aussi un produit à basse calorie, contrairement aux bières fruitées riches en sucre."
Le produit macère trois heures dans de l'orge, subit une infusion de malt et est, donc, sans alcool repasteurisé. À la dégustation à l'aveugle, il paraît que même les experts s'y sont quelque peu perdus.
L'Emir sera commercialisée dès la fin du mois, mais la brasserie, située dans la région de Mons, a déjà reçu sa certification halal.
"Nous allons commencer la production à la fin du mois de juin et la commercialisation dans la foulée car le procédé de fabrication est assez rapide."
Et la jeune entreprise qui affiche fièrement les couleurs nationales (les instigateurs du projet sont flamands, la brasserie se trouve en Wallonie et la certification a été obtenue auprès de la Chambre de commerce bruxelloise) nourrit de grandes ambitions à l'exportation.
"Le marché du halal est en constante progression. Il suit des courbes de croissance similaires à celles du bio. Nous comptons beaucoup sur les exportations pour développer notre entreprise. Et, notamment, sur le Qatar où se déroulera la Coupe du Monde. De nombreux musulmans devraient assister aux matches et ce sera une formidable occasion de leur faire découvrir notre produit."
Bière halal ou sans alcool
Si de nombreuses bières sans alcool sont commercialisées, y compris dans les pays musulmans, il faut cependant distinguer ces produits des bières halal. Car, on l'ignore parfois, mais une bière sans alcool n'en est pas tout à fait exempte. En effet, il s'agit d'un procédé de fabrication différent, dont résulte, au final, une très faible teneur en alcool qui permet l'appellation bière sans alcool.
Généralement, la majorité des bières dites sans alcool vendues dans le commerce contient moins de 1° d'alcool (1 degré d'alcool correspond à 8 grammes d'alcool pur par litre).
Si on les décrit sans alcool, c'est parce qu'il est impossible d'être saoul avec une teneur aussi faible d'alcool dans le produit. À la différence, les bières certifiées halal affichent une teneur en alcool complètement nulle et n'ont, à aucun moment de leur procédé de fabrication, contenu le moindre pourcentage d'alcool.
Sans distinction entre les taux, les bières sans alcool vendues au Moyen-Orient représentaient le tiers des ventes mondiales en 2013. En particulier, l'Iran, l'Arabie saoudite, l'Égypte et les Émirats arabes unis, pays respectant la tradition, en consomment.
Les Belges, experts du halal
Si on n'a pas de pétrole, on a des idées en Belgique ! Avec un marché potentiel de 1,2 milliard de consommateurs musulmans, les entreprises belges sont nombreuses à avoir compris que, vu l'étroitesse de notre marché, se tourner vers l'exportation de produits certifiés halal pouvait leur assurer des débouchés considérables. Expert en exportations, Bruno Bernard a pu le constater et souligne le dynamisme de nombreuses PME en la matière.
Comment expliquer que la Belgique parvient à toucher des marchés tels que le Moyen-Orient ?
"La Belgique est un très petit pays et, pour la majorité des entreprises, le nombre de consommateurs qu'elle représente n'est pas suffisant pour subsister. De surcroît, lorsqu'on traverse une période sensible comme une crise économique, se replier sur le marché intérieur mènerait directement à la faillite. Exporter est donc une nécessité et il est impératif de trouver des solutions pour favoriser ces exportations. Cela passe aussi par le marché du halal."
Mais pourquoi les pays à majorité de population musulmane, dont certains sont d'une richesse indéniable, doivent-ils faire appel à la Belgique plutôt que de produire sur place ?
"Pour prendre un exemple, faire du ketchup est très facile. Tout le monde peut le faire. On peut alors se dire que faire du ketchup halal est tout aussi facile. Mais il n'en est rien. Et c'est précisément notre savoir-faire dans les procédés de fabrication, le marketing, la commercialisation et la certification qui fait la différence. La Chambre de commerce de Bruxelles certifie d'ailleurs de nombreux produits à l'étranger également, que ce soit en France ou même dans les pays à population majoritairement musulmane."
Peut-on dès lors chiffrer le poids du secteur halal dans nos exportations ?
"C'est très compliqué car c'est un peu comme les coins à champignons. Personne ne veut les dévoiler. Et, dès lors, les chiffres qu'on avance un jour ne sont pas ceux du lendemain. Si Danone produit de l'eau halal, certains auront tendance à prendre la totalité de la production de Danone en considération pour manipuler les chiffres positivement."
Et en termes d'entreprises, sont-elles nombreuses à s'être engouffrées dans la brèche ?
"On estime qu'elles sont plus de 1.200. Certaines réalisent 75 % de leur chiffre d'affaires à l'exportation en produits halal. Mais on observe cependant une différence entre le nord et le sud du pays. Les stratégies sont différentes. Les entreprises flamandes se sont davantage tournées vers les marchés où les consommateurs sont quasi exclusivement des musulmans, tandis que les Wallons visent davantage les marchés de proximité, en Europe notamment, où le potentiel de clients est moindre."
La Sultane n'a pas survécu
Présentée comme la première boisson maltée halal, la kriek de la brasserie Caulier n'a pas rencontré le succès attendu
Si l'Emir se présente comme la première bière, ou plutôt comme la première boisson maltée halal, elle a cependant connu une petite sœur il y a quelques années, en Belgique également. La Sultane, une kriek halal, avait en effet été lancée par la brasserie Caulier fin 2010.
Cette bière 100 % naturelle et fruitée, issue d'un brassage traditionnel, était déjà un produit de la famille des bières kriek (à base de cerise), mais sans fermentation. Elle fut donc la première bière halal.
Malheureusement, si le produit présentait un réel caractère novateur, son implantation sur les marchés ne fut pas une réussite et elle passa vite à la trappe.