Une grève pour rien

V. D.
Une grève pour rien
©Claes

Paralysie des transports en commun carolos : la sécurité encore une fois en cause

CHARLEROI Les usagers des transports en commun carolos se sont une nouvelle fois retrouvés à pied, hier, alors qu'un mouvement de grève spontané [?] s'est déclenché dès les premières heures du matin à partir du dépôt de Jumet et s'est rapidement propagé à l'ensemble du réseau de Charleroi.

En cause, une fois encore, les problèmes de sécurité : les chauffeurs ont débrayé en raison d'un incident survenu mardi soir sur le trajet de la boucle reliant Charleroi à Charleroi en passant par Marchienne, Roux, Trazegnies et Courcelles. Le malaise a donc couvé au sein du personnel depuis mardi, l'action de "sensibilisation de l'opinion publique", comme le justifient les syndicats, ne prenant effet qu'en cette veille de week-end.

Deux versions des faits

Tard pour une réaction "émotive", d'autant que deux versions demeurent sur l'événement déclencheur. Celle des syndicats évoque un tir par balle ou, à tout le moins, un projectile lancé avec force contre la vitre latérale du bus : "Le projectile a traversé le bus de part en part, brisant les deux vitres. Nous avons pu entendre le chauffeur et la cliente qui était au plus près de l'impact; pour nous il n'y a pas de doute : le coeur du carreau a bien été transpercé, il ne peut s'agir d'un caillou ou d'un défaut de fabrication", assure Giovani Fancello, de la CGSLB.

Les policiers qui se sont rendus sur place avaient une autre analyse : "Deux vitres de sécurité permettant l'évacuation d'urgence des passagers étaient brisées. Le chauffeur et une passagère du bus ont expliqué aux enquêteurs que, juste avant que les vitres ne se brisent, le châssis du bus avait tremblé pendant plusieurs secondes. Les policiers en ont déduit, et les contrôleurs du Tec arrivés sur place étaient d'accord avec eux, que les faits étaient dus à une défectuosité technique du véhicule", explique-t-on aujourd'hui du côté des forces de l'ordre, soulignant d'ailleurs que "l'équipe d'intervention n'a, dans ces conditions, pas rédigé de procès-verbal". En définitive, les syndicats se retranchent derrière l'idée que "la direction a, de plus et de toute manière, voulu étouffer l'incident en réparant le bus immédiatement sans en informer les permanents syndicaux..." Bref, d'une réaction à un énième incident de trop à un dialogue social en panne, les syndicats ont couvert la gamme de ce qui pouvait servir d'arguments face à un problème où ils reconnaissent eux-mêmes "que des efforts ont été réalisés et qu'il sera difficile d'éviter des comportements isolés". Difficile à faire passer... auprès des usagers.



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La grève oui, la prise d'otages non

Hier, la première ville wallonne était privée de bus, au grand dam des usagers, nombreux qui plus est à devoir compter sur ces transports en commun. Il y a peu, les navetteurs hennuyers et bruxellois du rail se trouvaient eux aussi à quai pour une même grève émotionnelle... L'insécurité du personnel et des passagers : les représentants syndicaux revenaient les deux fois avec ce même motif. Relevé de surcroît par celui de l'incompréhension supposée de la direction qui, selon eux, n'accorde pas assez de moyens pour améliorer la situation... Pourtant, dans ces cas récents, l'ambiguïté demeure. D'une part, sur les faits. Sur les seuls témoignages de l'accompagnateur de train à Bruxelles (était-il l'agresseur ou l'agressé pour avoir été menotté par la police ?) ou du chauffeur de bus à Charleroi (y a-t-il eu oui ou non un jet de projectile ?), les troupes échaudées ont décidé de se croiser les bras. D'autre part, sur les réponses qu'apportent vraiment ces mouvements de protestation. Les déclarations les plus modérées - et sans doute les plus avisées - des représentants syndicaux reconnaissent finalement tant les efforts en la matière (équipements, contrôles, collaboration accrue avec les autorités) que les limites des réactions sécuritaires (plus les dispositifs de sécurité sont renforcés, plus les attaques se font violentes)... Ainsi, sur un fait au mieux supposé, au pis fantasmé, - pour un oui ou pour un non - le personnel a pris en otage ceux qu'il entend servir, voire protéger : le public. Sans apporter de solutions concrètes - d'autant plus difficiles à imaginer qu'il s'agit de cas singuliers -, cela revient à construire davantage les peurs sur lesquelles s'appuie ce sentiment d'insécurité. Dès lors, si le droit de grève ne peut être remis en cause, il s'agit de lui donner un sens : dénoncer l'insécurité des transports en commun nécessite-t-il pour autant de mobiliser l'opinion publique en privant les citoyens d'un accès à leur liberté de se déplacer ? La responsabilité syndicale doit être de maintenir la grève comme dernier recours et non de l'utiliser comme seule communication. A défaut, cela lui retire sa pertinence et fait perdre sa signification au dialogue social. Mais chez d'aucuns, la tentation d'une manipulation semble si grande lorsque les élections sociales approchent qu'il est peut-être vain de parler de responsabilité.



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