Une alerte non détectée dix-huit mois plus tôt
- Publié le 25-01-2011 à 06h10
- Mis à jour le 25-01-2011 à 06h15

"Si seulement le psychiatre avait pu poser le diagnostic correct"
BRUXELLES "Ce qui surprend les gens, c'est que je n'ai pas l'air zinzin…" Un homme comme tout le monde. Au contact sympa, direct. Sans passé judiciaire. Peut-être même pas un P.-V. Formation universitaire. Les week-ends à la mer. Vacances à Chypre. Tout pour le bonheur.
Franc. En totale inadéquation avec le monstre qu'on imaginait d'un homme qui a décapité sa femme. Et qui ose vous dire : "J'adorais Laurence, j'adore Laurence. Je souffre de son absence. Je me dis comme chrétien que le jour où ce sera fini, on se retrouvera là-haut".
La folie qui tue. Aurait-on pu éviter ? "J'avais eu une alerte 18 mois plus tôt au point d'aller voir un psy à la clinique Saint-Jean. Si seulement le psychiatre avait pu poser le diagnostic correct et me dire les risques. J'avais eu un premier délire mystique mais comme l'épisode n'avait pu duré…"
Psychopathie, schizophrénie, paranoïa ? Lui-même s'y perd. "Aux Marronniers, j'en connais un qui avait basculé en lisant un album de Tintin. Moi, c'est parti d'un livre de Dale Carnegie, Comment se faire des amis." Deux jours plus tôt, le vendredi soir, sa femme qui devait n'avoir pas oublié la première alerte, a compris que "j'étais en train de basculer. Nous roulions vers la mer. Elle m'a dit : Stop ! on rentre. Retour à Saint-Jean chez la psychiatre. Ce qui restera toujours mon grand regret, c'est de n'avoir pas écouté Laurence."
Le dimanche matin, lui qui n'allait pas à l'église s'est rendu à la messe "en costume cravate. J'étais en plein délire. Mon conscient était complètement envahi. Ce qui se livrait en moi, c'était le combat des opposés, du bien et du mal, de la matière et l'antimatière, de Dieu et Satan, avec le sentiment d'une mission à remplir. Vous ririez si ce n'était horrible : j'étais comme ça depuis le vendredi soir. Ce qui a finalement tout déclenché le dimanche soir avec Laurence, c'est la mèche qui s'éteignait d'une bougie que Laurence avait allumée : c'était une mèche noire. Noire ! J'ai vu Satan. Et c'est parti".
On a parlé d'un sabre. "Plutôt un couteau à longue lame. Pendant peut-être un quart de seconde, il y a eu : Qu'est-ce qui se passe, que suis-je en train de faire ?" Si les enfants avaient été présents ? "Heureusement ils étaient chez les grands-parents. Sinon ? Mille fois, je me suis demandé".
À ce moment de l'entretien, Philippe pleure. "Dans mon délire, il fallait réconcilier l'islam et la religion du Christ. Il y avait un côté sacrificiel et symbolique, avec de la mythologie".
Philippe nous dit les derniers mots de Laurence, qui n'ont pas à être publiés ici.
Puis : "J'ai rallumé une bougie et l'ai placée près du corps. C'était symbolique, pour rattraper l'âme qui sortait de Laurence, son âme souillée par Satan. Et je devais moi-même me purifier. Alors j'ai pris une douche et je suis sorti nu. Dans une idée d'humilité et de dépouillement. Et j'ai marché".
La police l'a retrouvé à deux kilomètres de là.
© La Dernière Heure 2011
