Les critiques ciné de la semaine: un coup de coeur pour BlacKkKlansman de Spike Lee
BlacKkKlansman : un vrai polar, aux ambiances seventies mais au propos et à l'humour très actuels.

- Publié le 18-09-2018 à 17h29
- Mis à jour le 18-09-2018 à 17h31

Chaque semaine, découvrez les critiques de nos experts cinéma sur les films sortis dans les salles obscures.
BlacKkKlansman
Un vrai polar, aux ambiances seventies mais au propos et à l'humour très actuels.
Cela faisait 26 ans, depuis la sortie du formidable Malcolm X (incarné par Denzel Washington), qu'on attendait le retour d'un Spike Lee inspiré, incisif, percutant et divertissant en même temps. Hasard étonnant : c'est avec le fils du premier acteur afro-américain à avoir décroché deux Oscars, l'épatant John David Washington, qu'il revient à l'avant-plan. Dans ce qui s'impose comme un des sommets de sa filmographie.
Notre avis: Coup de coeur
Plutôt que de protester en rue avec ses frères noirs contre l'oppression, Ron Stallworth choisit de faire bouger les choses de l'intérieur. En devenant le premier policier black de Colorado Springs. Une nomination assez mal perçue par quelques-uns de ses nouveaux collègues, pour le moins méprisants. Mais ses supérieurs, eux, sont ravis. Surtout lorsqu'il entreprend d'infiltrer téléphoniquement le Ku Klux Klan, tandis qu'un autre inspecteur, blanc, lui sert de visage.
Cette histoire vraie, Spike Lee la traite avec un humour ravageur et une musique à vous donner des fourmis dans les jambes. Tout comme son héros, il délaisse l'attaque frontale pour ridiculiser les racistes de tout poil et leurs discours abrutissants par le biais de la dérision, de la démonstration par l'absurde.
Décapante et très référencée seventies, sa comédie éblouit aussi par sa maîtrise cinématographique. Spike Lee joue des codes vestimentaires, visuels et langagiers des années 70 tout en gardant un rythme de montage très actuel, un peu speedé, histoire de mieux faire éclater ses punchlines et d'assurer un spectacle destiné à un public contemporain. En filigrane, les expressions du président Donald Trump se retrouvent dans la bouche du leader du KKK, renforçant l'ironie distillée par un cinéaste au sommet de son art.
Loin de certaines de ses démonstrations au bulldozer, Spike Lee signe un formidable divertissement, sorte de Starsky et Hutch (John David Washington et Adam Driver forment un duo formidable) contre le racisme et l'imbécillité amené à marquer durablement les esprits. À voir.
L'amour est une fête
"Le porno, c'est le cinéma le plus cool à faire"
Notre avis: Bof
Un boulot de rêve. C'est comme ça que tous leurs collègues voient le job de deux inspecteurs du fisc, chargés de diriger un peep show pour infiltrer le milieu du porno et y débusquer les fraudeurs. Mais les deux têtes brûlées prennent peut-être leur boulot un peu trop à cœur. Sur le mode Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil dans le porno , Cédric Anger ( La prochaine fois, je viserai le cœur ) en profite pour régler quelques comptes avec le 7e art en général. "Faites un bon film, enfin, pas trop, le public n'aime pas ça", "Le porno, c'est le cinéma le plus cool à faire" ou "On a mis du soleil dans leur tête" sont quelques-unes des réflexions sur l'industrie du rêve (et du fantasme), les aspirations des acteurs qui veulent tous "être spéciaux" ou d'un cinéaste qui s'imaginer tourner Citizen Kane 2 . Les dialogues, kitschissimes, sont parfois hilarants, mais l'ensemble se révèle trop long, simpliste et superficiel. Et, surtout, sans vrai point de vue. Cette comédie, loin d'être émoustillante, finit donc par lasser.
Le poulain
Ça sent le sapin pour ce canasson
Notre avis: Bof
Après ses épatantes BD, Le Château - Une année dans les coulisses de l'Élysée et Gérard, cinq années dans les pattes de Depardieu , on attendait avec impatience la première incursion de Mathieu Sapin derrière une caméra. Avec Le Poulain , une satire des mœurs politiques françaises via le parcours d'un jeune prof d'allemand embrigadé un peu malgré lui dans l'équipe de campagne d'une très ambitieuse directrice de communication. Une comédie qui démarre au galop, le mors aux dents, avant de s'enliser dans les clichés les plus éculés, pour terminer hors d'haleine au moment de franchir la ligne d'arrivée. On aurait aimé que cela sente le Sapin, mais ça sent plutôt le sapin pour l'humour. Ou l'écurie. Ce poulain qui se laisse mener par le bout du nez avant de se transformer en manipulateur de première force n'arrive pas à sauver un scénario calamiteux, des dialogues sans saveur et une intrigue inexistante. Pour le spectateur, le parcours de saut d'obstacles se révèle infranchissable.
Kin, le commencement
Un divertissement formaté pour ados
Notre avis: Bof
Le mieux est parfois l'ennemi du bien. À force de vouloir enrichir leur histoire avec des éléments fantastiques, au lieu de se concentrer sur la relation entre deux frères (un ado adopté qui a découvert par hasard une arme redoutablement efficace qu'il est le seul à pouvoir utiliser et un adulte à peine sorti de prison et déjà traqué par des cinglés qui abattent son père), les réalisateurs Josh et Jonathan Baker ont terriblement déforcé leur intrigue, au point de verser dans le grand n'importe quoi. L'intrusion des aliens évoque Terminator , la particularité du jeune Eli fait référence à Twilight et à Superman, l'arrêt du temps semble tiré de la série Lucifer , le frangin tête brûlée ressemble au Chris Pratt de Jurassic World , le déplacement dans l'espace provient de Stargate , bref, tout sent le déjà vu dans cette production terriblement formatée, destinée uniquement aux ados. L'idée est clairement de bâtir une saga, mais vu l'absence d'idées originales, l'effondrement menace déjà.