Les sorties ciné de la semaine: "Bohemian Rhapsody", la biographie de Freddie Mercury, va ravir les fans
Bohemian Rhapsody : une biographie très classique de Freddie Mercury, le leader de Queen qui aimait tant innover et expérimenter.

- Publié le 30-10-2018 à 18h33
- Mis à jour le 30-10-2018 à 18h34

Bohemian Rhapsody : une biographie très classique de Freddie Mercury, le leader de Queen qui aimait tant innover et expérimenter.
13 juillet 1985. Freddie Mercury circule au milieu de ses nombreux chats dans sa maison vide, prend sa Rolls et prend la direction de Wembley, où se tient le Live Aid, un gigantesque concert humanitaire en faveur de l'Afrique où défilent toutes les stars du rock.
À l'instant d'entrer en scène, un flash-back le ramène 15 ans plus tôt, sur le tarmac d'un aéroport. Là où il décharge tant bien que mal les valises et se fait traiter de "Paki". Un boulot alimentaire. C'est le soir, en extase devant le concert des Smile, qu'il vit vraiment. Un groupe d'intellos (Brian May est astrophysicien, Roger Taylor dentiste) qu'il rejoint, en compagnie de John Deacon, après le départ du chanteur. Sur scène, Farrokh Bulsara (son véritable nom) improvise, invente de nouvelles paroles, expérimente. Une démarche qui devient la marque de fabrique de la formation ("C'est une expérience musicale, pas juste un album de plus", explique-t-il à propos d'A Night at the Opera) capable de voguer du rock à l'opéra ou au disco du moment qu'on ne l'y attendait pas.

Une inventivité étrangement absente de la mise en scène de Bryan Singer (remplacé par Dexter Fletcher pour les deux dernières semaines de tournage). Après le flash-back initial, tout est relaté chronologiquement, sans point de vue ni véritable fil conducteur. On suit (très peu) Freddie Mercury dans ses fêtes extravagantes ou ses caprices de diva et (beaucoup) sur les planches ou en studio. Cela s'explique probablement par le fait que les producteurs du film ont pour nom Brian May et Roger Taylor.
Musicalement, rien à redire, c'est grandiose. Le son est parfait, les reconstitutions impressionnantes, les chorégraphies et tenues d'une grande fidélité. Les versions live de "Bohemian Rhapsody" ou de "Love of my Life" donnent d'ailleurs le frisson. Tout comme la création de"We Will Rock You". Quant aux vingt minutes de concert du Live Aid, avec une version de "We Are the Champions" à vous donner la chair de poule, elles sont juste sublimes. Même si on peut regretter le côté Zorro est arrivé, les dons ne commençant à affluer massivement qu'à partir de la performance de Queen.

Côté scénario, c'est nettement moins ébouriffant. Le sida, la drogue, l'alcool et la bisexualité sont abordés superficiellement, l'accent étant toujours mis sur la musique. Des petites touches qui ne permettent finalement pas d'entrer dans la psychologie de Freddie Mercury. À aucun moment, on n'a vraiment l'impression de comprendre ses motivations, ses envies, ses peurs, tout ce qui l'a forgé et amené à devenir une des stars les plus extravagantes et les plus charismatiques de son époque. À la sortie, prédomine donc le désagréable sentiment de ne rien avoir appris sur celui qui se qualifiait de "prostitué de la musique" et n'avait "jamais de regret, rien que des projets".
Reste le plaisir des oreilles, l'envie de réécouter les albums ou la performance de comédiens physiquement très ressemblants. Rami Malek a poussé le mimétisme jusqu'à porter une prothèses dentaire, ce qui risque de perturber quelque peu les fans de Mr. Robot. Il parvient à superbement donner le change, aussi bien face au public que dans les représentations de ses clichés les plus mythiques.

Rien de révolutionnaire, donc, dans cette biographie très classique, qui passe étrangement sous silence le dernier album du groupe, mais l'ennui ne trouve jamais sa place durant les 2 h 15 de spectacle. Les fans seront sans doute plus ravis que les cinéphiles espérant mieux connaître une figure légendaire du rock.
Notre avis: Bien
Mais aussi...
Cold War - Romance > Faire l'amour de quel côté du rideau de fer ?

Certains films ont le don de vous charmer d'emblée, de vous emmener dans un ailleurs étrangement fascinant. Comme Cold War, de Paweł Pawlikowski, prix de la mise en scène lors du dernier Festival de Cannes. Qui débute par une succession de chants populaires polonais. Sur ordre du gouvernement communiste de l'immédiat après-guerre, Victor parcourt le pays à la recherche de talents nationaux inconnus, destinés à mettre en valeur le terroir. Parmi les centaines de candidats rencontrés, il y a Zula, une jeune femme blonde, à la voix merveilleuse, dont il tombe éperdument amoureux. Pour elle, il rêve de partir à Paris pour enregistrer, ensemble, un disque de jazz. Une représentation à Berlin leur en offre la possibilité. Mais le rideau de fer va déchirer leur couple.
Avec ses images en noir et blanc très léchées, ses ambiances cafardeuses et ses illuminations audacieuses, Paweł Pawlikowski parvient à sublimer une histoire d'amour complexe, déchirante, révélatrice des conflits entre aspiration à la liberté et attachement aux valeurs traditionnelles, entre les chants folkloriques polonais et le jazz d'outre-Atlantique, entre propagande et création artistique, entre réalisation personnelle et priorité accordée à la collectivité. Viktor et Zula ne peuvent vivre loin l'un de l'autre, mais leurs rêves d'ailleurs et leur attachement à leur pays les sépare au gré des bouffées d'espoir ou de nostalgie.
La bande-son, hétéroclite, amplifie leurs contradictions, ajoute de la profondeur ou une dimension politique passionnante. Bien sûr, les fans de blockbusters rythmés et spectaculaires ne se retrouveront pas dans ce film qui semble tenir de l'hommage aux photos de Robert Doisneau. Mais pour les amoureux de l'esthétisme et des émotions distillées subtilement, sans grande déclaration ni eau de rose, Cold War s'impose comme un moment de grâce inattendu, une romance à rebondissement dont on savoure les subtilités pendant des mois.
Notre avis: Coup de cœur
En liberté ! - Comédie > Une comédie burlesque tout en exagération

Tous les soirs, Yvonne raconte à son fils les arrestations extraordinaires effectuées par son papa mort en service, quitte à exagérer solidement ses exploits. Jusqu'au jour où, au commissariat où elle travaille, elle découvre que le héros était en fait un sacré ripou. Pire : pour couvrir un braquage, il a envoyé un innocent, Antoine, en prison pendant huit ans ! Soir après soir, les récits deviennent de moins en moins glorieux et de plus en plus grotesques, mais ensuite, Yvonne culpabilise. Et bien que policière, couvre tous les méfaits d'Antoine, qui a perdu tout sens des valeurs en taule. Quelques séquences magiques (Audrey Tautou qui demande à Antoine de sortir pour effectuer son entrée comme elle l'avait imaginé, afin d'en savourer chaque seconde) agrémentent un ensemble totalement loufoque et par moments franchement irritant. En mode parodique, Pierre Salvadori mise tout sur les running gags, les situations impossibles, les séquences burlesques, sans se soucier un tant soit peu de rendre ses protagonistes attachants ou intéressants. Après un démarrage plaisant, empreint d'humour absurde, la mécanique tourne en rond, l'intrigue se traîne inutilement en longueur, Antoine multiplie les catastrophes et Yvonne, loin de se révolter, se laisse entraîner contre toute logique par ce caractériel violent. À ce moment-là, soit on se laisse porter par la folie de Pierre Salvadori, soit on décroche. En mai dernier, la majorité des festivaliers a beaucoup ri lors de la projection cannoise. Nous, on attendait avec impatience le générique de fin pour ne plus subir les expressions volontairement exagérées d'Adèle Haenel et Pio Marmai…
Notre avis: Bof