Les sorties ciné de la semaine : "Three billboards", un polar jouissif !
- Publié le 09-01-2018 à 19h08
- Mis à jour le 09-01-2018 à 19h35

3 Billboards : Les panneaux de la vengeance. Le Britannique Martin McDonagh fait voler en éclats une petite ville du Missouri. Jouissif ! Visage tendu, Mildred (Frances McDormand) roule sur une petite route de campagne du Missouri. À l'entrée d'Ebbing, elle dépasse trois panneaux publicitaires géants. On la retrouve dans la rue principale de cette petite ville de campagne comme il en existe tant dans le Sud profond des États-Unis. Elle entre dans le bureau de l'agence de pub locale et demande à louer à l'année ces trois panneaux de bois à l'abandon. Elle y fait inscrire, au vu de tous : "Ma fille a été violée pendant qu'elle était en train de mourir/Aucun suspect n'a été arrêté/Comment est-ce possible shérif Willoughby ?" De quoi mettre le feu aux poudres et faire exploser les démons de cette petite communauté paisible…
Entre Mildred, le shérif (Woody Harrelson) et son adjoint Dixon (Sam Rockwell), borné et raciste au dernier degré, la guerre est déclarée.
Notre avis : Porté par un casting aux petits soins (où l'on croise aussi Peter Dinklage et Abbie Cornish), Three Billboards est un excellent polar, reposant sur des personnages hauts en couleur mais qui ne versent jamais dans la caricature. À la barre, on retrouve le dramaturge britannique Martin McDonagh, découvert au cinéma grâce à Bons baisers de Bruges en 2008. Également auteur du scénario, il réussit en effet à conférer à chacun une vraie profondeur, une vraie humanité, même aux pires crapules. De quoi permettre de faire passer les situations les plus rocambolesques.
La présence de Frances McDormand (à nouveau exceptionnelle dans le rôle de cette femme dure, prête à tout pour venger sa fille) et la musique de Carter Burwell renforcent évidemment la filiation avec le cinéma des frères Coen. Sauf que chez Martin McDonagh, la colère est plus dense, retenue depuis trop longtemps. Son explosion n'en est dès lors que plus violente.

Three Billboards est en effet un portrait sans concession du Sud de l'Amérique dans tout ce qu'il a de plus sale. L'humour ravageur fait ressurgir à la surface tous ces fantômes que l'Amérique ne parvient pas à enfouir : racisme, hypocrisie, violence, soif de vengeance, frustration…
La situation actuelle des États-Unis, un an après l'élection de Donald Trump, renforce évidemment le sentiment d'assister à l'explosion d'une rage froide qui traverse tout un pays déboussolé, qui a perdu ses valeurs. Mais jamais le Britannique Martin McDonagh ne joue aux donneurs de leçons, n'opte pour le noir et le blanc. Ici, tout est gris, chaque personnage possède ses secrets inavouables, ses failles. Et chacun, aussi, aura droit à une forme de pardon et de rédemption…
Quatre Golden Globes

Dévoilé à la Mostra de Venise en septembre dernier, Three Billboards y a décroché le prix du scénario. Une semaine plus tard, il remportait le prix du public à Toronto. Ces dernières semaines, le film, son réalisateur et ses comédiens ont croulé sous les récompenses des cercles de critiques américains.
Dimanche soir, Three Billboards a d'ailleurs décroché quatre Golden Globes : meilleur drame, meilleur scénario, meilleure actrice pour Frances McDormand et meilleur acteur dans un second rôle pour Sam Rockwell. De bon augure pour les Oscars !
Les producteurs de Martin McDonagh avaient clairement la saison des prix en tête en choisissant de retarder la sortie du film. "Il était prêt depuis janvier. On cherchait un festival. Et pour être honnête, ils misaient sur la prestation de Frances et de Sam pour la saison des prix… Ce qui explique qu'on ait choisi Venise et Toronto…", nous expliquait le réalisateur.
Mais aussi...
Laissez bronzer les cadavres : Western belge Un ovni visuellement éblouissant
Cet ovni est tout aussi improbable que le laisse supposer son titre. Dans le Sud de la France écrasé de soleil et de chaleur, Rhino et sa bande braquent un fourgon de transport d'or, après avoir descendu tous les membres de la sécurité. Puis, ils vont se planquer dans une ferme abandonnée, tenue par une artiste plutôt déjantée, style Ma Dalton. Mais alors que tout s'est déroulé comme sur des roulettes, l'arrivée de policiers change complètement la donne. Adieu la retraite tranquille. Désormais, ce sera chacun pour soi. Et le magot pour le dernier survivant.

Notre avis : Hélène Cattet et Bruno Forzani ne se contentent pas d'actualiser les codes du western. Ils filment à la manière de Sergio Leone, avec des gros plans, des travellings lents, des règlements de compte au soleil ou en pleine nuit, des jeux de couleurs très marqués et des prises de vues hautement symboliques. Seul hic : c'est si beau qu'on en oublie l'histoire.
Daphne (Drame) : Une fille d'aujourd'hui
À 31 ans, Daphne est une jolie rousse pétillante (Emily Beecham). La journée, elle bosse dans un petit resto branché d'East London, allumant gentiment Joe, son patron. Le soir, elle fait la fête. Elle fume, boit un peu trop, prend une ligne de coke de temps en temps. Et, refusant résolument de croire à l'amour, elle préfère les plans cul d'un soir, de préférence si le gars met les voiles avant le lever du soleil…

Notre avis : Premier long métrage de l'Écossais Peter Mackie Burns, Daphne est un film sensible, qui dresse le portrait d'une jeune femme bien de son temps. Une jeune femme qui vit, qui doute, qui rit, qui pleure. Une jeune femme qui cache son mal-être derrière une joie de vivre apparente, un cynisme cassant mais dont les béquilles sont bien connues : alcool, sexe, drogue… Pour nous faire entrer dans la psychologie de son personnage, le cinéaste étudie ses comportements sociaux quotidiens : travail, soirées arrosées, interactions avec les hommes, réflexions sur l'amour…
La belle et la meute (Drame) : Coupable de viol
Notre avis : Adapté du récit Coupable d'avoir été violée, La Belle et la meute est le troisième long métrage de Kaouter Ben Hania. La cinéaste tunisienne continue ici son exploration du rapport maladif à la féminité dans son pays. Et elle fait preuve d'un vrai courage dans cette description sans concession d'une société totalement hypocrite, se réfugiant derrière des croyances traditionnelles pseudo-religieuses pour en arriver à justifier l'innommable.

Comme si une jeune fille pouvait être jugée coupable de son propre viol ! Dans La Belle et la meute, le fait divers prend une tonalité politique revendiquée. Selon la cinéaste, ce viol institutionnel (perpétré par la police, censée être garante de la justice) est la preuve que la révolution tunisienne n'est pas achevée, que le chemin est encore long pour arriver à la liberté. Paradoxalement, par son audace dans cette attaque frontale contre le système, ce film est aussi la preuve que, depuis la révolution de jasmin de 2010, la parole s'est bel et bien libérée.