Miss Pérégrine, La Danseuse, Radin !, Les 7 mercenaires: les sorties ciné de la semaine
Un conte noir pour enfants, un film visuellement impressionnant, une comédie aigre-douce très référencée et un petit western efficace sans le charme de l'œuvre originale. Voici nos critiques ciné de la semaine !
- Publié le 27-09-2016 à 20h04

Un conte noir pour enfants, un film visuellement impressionnant, une comédie aigre-douce très référencée et un petit western efficace sans le charme de l'œuvre originale.Voici nos critiques ciné de la semaine !
Tim Burton et les orphelins: Miss Pérégrine et les enfants particuliers
RÉSUMÉ Quand Jack (Asa Butterfiled) était enfant, son grand-père Abe (Terence Stamp) lui racontait son enfance dans un orphelinat, dans la Grande-Bretagne en guerre. Il y vivait avec des enfants "particuliers" - un garçon invisible, une fillette plus forte qu'Hercule, une jeune fille qui lévitait, une autre dont les mains projetaient des flammes - sous la protection de Miss Pérégrine (Eva Green), à l'abri de monstres démoniaques. C'était, bien sûr, des histoires à dormir debout, de celles qu'on raconte aux enfants quand on les couche. Sauf qu'à la mort d'Abe, des années plus tard, Jack trouve une lettre vieille d'à peine deux ans envoyée par Miss Pérégrine. Et quand il retourne sur l'île écossaise où se trouve l'orphelinat, Jack découvre que les voyages d'Abe n'étaient pas qu'imaginaires…
NOTRE AVIS 3/5 Il y avait longtemps que Tim Burton n'avait plus mis la main sur un matériau aussi parfait pour lui. Les romans à succès de Ransom Riggs ne sont pourtant pas une déclinaison de l'univers gothique du réalisateur. Bien que fantastiques, ils proposent un univers qui mêle The Addams Family (les enfants particuliers, les décors victoriens), Les orphelins Baudelaire (les orphelins livrés à eux-mêmes) et les X-Men (les dons des enfants seraient des super-pouvoirs dans le monde de Marvel). Ah, ajoutons-y aussi Un jour sans fin pour la trame temporelle.
Certes, Tim Burton n'innove plus et sa personnalité s'efface un peu derrière l'efficacité. On en veut pour preuve l'apparence des monstres, qui évoquent des créatures vues dans The Mist de Frank Darabont (2007) ou Le Labyrinthe de Pan de Guillermo del Toro (2006). Ou l'hommage au combat des squelettes de Ray Harryhausen - idôle de jeunesse de Burton - dans Jason et les Argonautes de Don Schaeffer (1963). Burton s'autorise même un petit clin d'oeil auto-référentiel (les buis taillés en forme d'animaux évoqueront aux cinéphiles les œuvres d'Edward aux mains d'argent).
Mais si l'auteur de Big Fish se contente de puiser dans sa boîte à outils, il trouve néanmoins un équilibre entre ses obsessions et la cible avéré de son film : les petits et grands enfants qui n'ont pas peur d'avoir peur. Le générique est plus terrifiant que le restant du film, et campe une ambiance sombre ironiquement détournée dès la première scène sous le soleil de Floride qui inonde une banlieue résidentielle (mais les fans de Tim Burton savent que, pour lui, l'horreur réside précisément dans cette normalité de la classe moyenne américaine). La magie opère surtout avec les "enfants particuliers" et les décors de l'orphelinat qui plongent le spectateur dans le même loop - l'espace-temps qui les protège de leurs ennemis - que les personnages.
On y retrouve Eva Green, à nouveau fascinante dans un rôle proche de ceux dans lesquels elle a excellé ces dernières années : Dark Shadows du même Burton ou dans la série Penny Dreadful. Jouant autant des stéréotypes que de la sensibilité émouvante (on ressent l'amour de cette femme pour les enfants dont elle a la charge), l'actrice n'est pas le moindre des attraits de ce délicieux Burton singulier à défaut d'être novateur.
Familial, réalisé par Tim Burton, avec Eva Green, Asa Butterfield, Chris O'Dowd, Allison Janney, Rupert Everett, Terence Stamp, durée 2 h 07
La Danseuse: un papillon de lumière
RÉSUMÉ La danse, Loïe Fuller l'a dans la peau. Sans jamais avoir suivi de cours, elle sait exactement ce qu'elle veut faire : des mouvements tournoyants qui, savamment colorisés par un jeu complexe d'éclairages, transforment les longs pans de sa robe en un papillon de lumière. Avant tout le monde, elle comprend le visuel. Et cela la conduit jusqu'à l'Opéra de Paris. Impensable pour une autodidacte américaine de la Belle époque. Mais chaque représentation lui réclame des efforts presque inhumains. Au contraire de la jeune Isadora Duncan, dont la grâce, la légèreté et le goût de la provocation semblent tout à fait naturels.
NOTRE AVIS 3/5 La danseuse réussit un tour de force : restituer sur grand écran, à l'époque des effets spéciaux rois, toute la magie d'une vraie chorégraphie sublimée par des lumières multicolores dans des décors noirs (ou devant des miroirs). D'un seul coup, on se retrouve projeté un siècle en arrière en train de découvrir un spectacle d'une modernité sidérante, novateur et visuellement grandiose. C'est apparemment simple mais d'une beauté fulgurante. Ce papillon de lumière entrera à coup sûr dans le panthéon des plus belles images de l'année cinéma 2016.
Intelligemment, Stéphanie Di Giusto ne se contente pas d'en mettre plein la vue et élargit vite les perspectives avec une véritable réflexion sur l'art. Doit-il être réfléchi, besogneux, minutieux, ou bien aérien, spontané, reflet d'une personnalité ? Soko incarne avec puissance et rage la première vision, Lily-Rose Depp avec finesse et élégance la seconde.
Pourtant attendue au tournant, la fille de Vanessa Paradis et de Johnny Depp effectue des débuts remarqués et remarquables en tant qu'Isadora Duncan. Très vite, on oublie qu'elle est la fille de… pour se laisser séduire par sa grâce, son visage angélique (de profil, c'est fou ce qu'elle ressemble à sa maman) et la fourberie de ses jeux de manipulations (elle n'a pas le sourire de son papa pour rien). Son duo avec Soko constitue une des clefs de la réussite de La danseuse. Déjà servie par une ascendance ultramédiatisée, c'est sûr, elle va aussi s'imposer par son talent parmi les stars de demain.
Biopic, réalisé par Stéphanie Di Giusto, avec Soko, Lily-Rose Depp, Gaspard Ulliel, Mélanie Thierry, durée 1 h 48
Radin !: sympa mais pas désopilant
RÉSUMÉ Pas d'enfant, pas de femme, pas de voiture, pas de téléphone et même pas d'éclairage autre que public dans sa maison : François Gautier ferait passer Arpagon pour l'homme le plus généreux de l'œuvre de Molière. Mais sa petite vie sans dépenses est perturbée par une violoncelliste qui lui plaît beaucoup et par l'arrivée d'une fille issue d'une relation sans lendemain avec préservatif périmé près de 20 ans plus tôt.
NOTRE AVIS 2/5 Dany Boon dans une version moderne de L'avare, cela suscite évidemment de fortes attentes. Trop, sans doute. Car les déluges de rire ne sont pas nécessairement au rendez-vous de cette comédie aigre-douce. Après un départ en fanfare, qui voit le rapiat violoniste multiplier les comportements ignobles (un gamin dépouillé de son argent pour son repas, par exemple), le rythme des gags ralentit fortement pour dévoiler les souffrances, aussi bien pour lui que pour les proches, engendrées par son comportement.
Comme Fred Cavayé multiplie les références au Grand Blond (les scènes d'orchestre en smoking), à La grande vadrouille (les chaussures trop serrées), à Pretty woman(une séance de relooking qui tourne court), aux films d'horreur (les sueurs froides en attendant l'addition) ou à Shining (une porte de restaurant massacrée à la hache), l'ensemble paraît parfois fort hétéroclite. Les bonnes répliques ("Trop tard, ça n'existe pas" ou "Elle est allergique à tout ce qui n'est pas cher, c'est foutu"), une séance de psy chez le banquier ou des rebondissements peu crédibles ne parviennent pas à atténuer ce côté fourre-tout joyeux mais pas désopilant.
Au final, même si Dany Boon n'en fait pas trop, on retient surtout la prestation de Laurence Arné, magnifique dans les audaces des grands timides, ou de Noémie Schmidt, épatante de compréhension. Radin ! ne va pas entrer dans les annales de l'humour, mais permet de passer une soirée sympa.
Comédie, réalisé par Fred Cavayé, avec Dany Boon, Laurence Arné, Noémie Schmidt, durée 1 h 29
Les 7 mercenaires: un remake à ne pas flinguer
RÉSUMÉ Soumis à la tyrannie cruelle du propriétaire d'une mine d'or désireux d'acheter tous les terrains à très bas prix, la seule habitante courageuse de Rose Creek engage avec ses maigres économies quelques pistoleros capables de nettoyer la ville.
NOTRE AVIS 2/5 Après l'atroce Ben-Hur, la crainte était énorme d'assister à un autre remake aussi inutile que profondément ridicule. Mais Antoine Fuqua (Training Day, Le roi Arthur, Equalizer), à défaut de se montrer inspiré, sait se montrer efficace dans les scènes d'action. Et comme elles sont nombreuses, on en prend régulièrement plein la vue.
Plus spectaculaire et rythmée que la version originale, mais nettement moins emballante psychologiquement (ici, aucun héros ne doute ni ne prend conscience de l'extrême dénuement des citadins incapables de se défendre eux-mêmes), socialement (le fameux "Ce sont toujours les paysans qui gagnent" de la version de John Sturges en 1960) et surtout sur le plan de l'interprétation (même s'ils n'ont rien à se reprocher, Denzel Washington, Chris Pratt, Vincent D'Onofrio ou Ethan Hawke n'ont vraiment pas le charisme de Yul Brynner, Steve McQueen, Charles Bronson, Elli Wallach ou James Coburn). Au petit jeu des comparaisons, c'est sûr que ce remake ne pèse pas lourd. Surtout sur le plan musical, tant les compositions sans intérêt de James Horner font regretter le génial thème composé par Elmer Bernstein, qui n'arrive hélas que lors du générique final.
Pour autant, tout n'est pas à jeter dans cette nouvelle version. L'histoire diffère plus que sensiblement de l'originale, ce qui génère quelques beaux effets de surprise. La mise en scène, au cœur des combats, est aussi moderne que percutante. Enfin, la diversité ethnique du casting permet de casser quelques clichés nauséabonds du western.
Rien de tout ça ne justifie pleinement ce trop long remake, mais on craignait tellement pire…
Western, réalisé par Antoine Fuqua, avec Chris Pratt, Denzel Washington, Ethan Hawke, Vincent D'Onofrio, durée 2 h 13