Sorties ciné de la semaine: Momo, Tout l'argent du monde, l'échange des princesses
- Publié le 28-11-2017 à 18h13
- Mis à jour le 27-12-2017 à 13h57

Découvrez les critiques ciné de la semaine.
Momo : Non, on n'attend pas Patrick
L'histoire : Agressé par un inconnu au supermarché, Alain Prioux le retrouve chez lui, avec les courses qui lui avaient été dérobées. Pire : il prend les Prioux pour ses parents et leur reproche de l'avoir abandonné. Au comble de l'irritation, Alain ne rêve que d'être débarrassé de ce singulier individu. Mais sa femme, elle, se demande s'ils ne pourraient pas avoir eu un enfant, voici 40 ans, dont ils ne se souviendraient plus…
Notre avis 2/5 : Avec un point de départ aussi absurde, les Monty Pythons parviendraient sans doute à imaginer de joyeux délires irrésistiblement loufoques. Mais Sébastien Thierry n'est pas un Monty Python. L'adaptation de sa propre pièce se perd dans d'insupportables lenteurs, la répétition des phrases de Patrick (qui souffre d'un problème d'élocution en raison de sa surdité), des outrances ridicules (la compagne aveugle peu désireuse d'accepter de l'aide), des sketchs sans véritable fil conducteur entre eux et, surtout, cette épouvantable impression de déjà-vu dans presque toutes les comédies destinées à une diffusion le vendredi soir sur TF1. Du coup, puisque rien de passionnant ne se déroule à l'écran, les incohérences scénaristiques (comment Patrick reconnaît Alain, qu'il n'a jamais vu, ou comment fait-il pour s'introduire chez les Prioux sans la moindre effraction ni la clef de la maison ?) sautent encore plus aux yeux. Et c'est irritant. Mais ce n'est pas tout.
Comme d'habitude, Christian Clavier incarne le bourgeois coincé de service cette fois confronté à l'accueil d'une personne sous son toit. Comme d'habitude, Catherine Frot se la joue un peu déjantée. Et comme d'habitude, on peut prédire tous les développements au bout de cinq minutes de films. Certaines répliques ou situations sont cocasses, bien sûr, mais tout cela sent atrocement le réchauffé, les grosses ficelles, les gags usés jusqu'à la corde, la morale à l'eau de rose sur le sens de la famille et l'absence d'audace. Tout juste du niveau d'un téléfilm insipide à voir plutôt sur petit écran dans un état semi-comateux qu'au cinéma, donc. Alors non, ce Patrick-là, on ne l'attend pas…
Tout l'argent du monde: Ridley Scott au sommet de sa forme
Notre avis 4/5:Pour Paul Getty, l'homme le plus riche de l'histoire de l'humanité, la vie n'est qu'une question de bonnes affaires. Tout se négocie au rabais. Même la rançon exigée pour son petit-fils enlevé en Italie. Qu'il refuse de payer, autant par principe que par jeu. Ridley Scott a réalisé un véritable tour de force en tournant à la vitesse de l'éclair l'entièreté des scènes de Kevin Spacey avec Christopher Plummer. Et il y en a beaucoup, puisqu'ils incarnent le grand-père sans cœur. Plus fort encore : à partir de cette histoire vraie qui s'est déroulée en 1973, il se vautre allègrement dans tous les clichés sur la froideur des milliardaires pour mieux les dépasser et offrir un vrai thriller, assez haletant, où l'on découvre que les mafieux ont leur propre vision du capitalisme, en s'achetant des otages par exemple. Le tout s'achève par une réflexion sur l'importance de l'art et la place insensée prise par l'argent dans notre société aujourd'hui. Le meilleur film de Ridley Scott depuis La Chute du faucon noir
L'échange des princesses: l a monnaie royale
Notre avis 4/5 : Après Louis XIV, la France n'a plus les moyens de faire la guerre. Alors, elle fait la paix. Avec des princesses. Pas besoin de revoir son histoire de France, ou d'Espagne, L'Échange des princesses n'a aucune ambition pédagogique. Marc Dugain observe ce qui le fascine, le pouvoir. Comment il fonctionne. Comment il manipule et embellit la réalité car Princesse est un bien joli mot pour désigner de la viande à marier. Comment il vole des enfances. Comment il écrase des destins. Comment il va de l'avant sans regarder derrière lui. Dugain l'observe avec attention mais aussi à distance, ce qui lui permet de relever les paradoxes des dignitaires religieux, de pointer l'humour de certaines situations. Son film fonctionne d'autant mieux que le casting est soigné, celui des enfants et des adolescents parfaits dans leur costume trop grand. Et puis celui des adultes avec ces acteurs chevronnés comme Catherine Mouchet ou Olivier Gourmet qui peut décidément tout jouer, même le duc d'Orléans..
Wonder: c hanger de regard
Notre avis 3/5: Comme le dit M. Tushman, principal de l'école primaire : "Auggie ne peut pas changer de visage. Peut-être pouvons-nous changer la façon dont on le regarde ?" Atteint d'une maladie génétique, August Pullman est né le visage totalement déformé. À 10 ans, il va vivre sa première rentrée scolaire et affronter le regard des autres enfants… Stephen Chbosky réussit l'impossible, rendre vivante et jamais niaise cette exploration de beaux thèmes forcément assez convenus : l'apprentissage de la différence, la découverte de la beauté intérieure. Si Wonder réussit à ne pas sombrer dans le misérabilisme, c'est par la justesse du regard sur ce petit garçon, que l'on observe à travers le point de vue de ceux qui orbitent autour de lui. Et notamment de Via, 14 ans, qui adore son petit frère et ferait tout pour lui mais qui, parfois, aimerait aussi bénéficier d'un peu d'attention… Pour ce rôle impossible d'Elephant Man enfant, Stephen Chbosky a fait le bon choix en la personne de Jack Newsome.