Sorties ciné de la semaine: la sensation des Oscars et un bon film belge au programme
Dans Room, une femme kidnappée et cloîtrée 5 ans avec son fils né en captivité. Bouleversant, grâce notamment à la prestation de Brie Larson, primée aux Oscars. Dans Belgica, deux frères que tout oppose tentent de faire survivre un bar, le Belgica. Découvrez les sorties ciné de la semaine.
- Publié le 01-03-2016 à 18h21

Découvrez les sorties ciné de la semaine.
Room, une pièce hors du monde
RÉSUMÉ Pour son cinquième anniversaire, Jack reçoit une voiture télécommandée et apprend qu'il existe réellement un monde en dehors de la petite pièce dans laquelle il vit confiné avec sa maman depuis sa naissance. Pire : pour lui donner une chance d'échapper à cet enfer et à leur geôlier, sa mère veut qu'il se fasse passer pour mort. Autant dire que tout son univers s'effondre d'un seul coup.
NOTRE AVIS (4/5) Pas d'effet de manche, pas de trucage, pas de dramatisation outrancière, juste une histoire simple, efficace. Et terriblement prenante. Il ne faut pas longtemps pour comprendre depuis combien de temps la jeune femme vit l'enfer, captive d'un violeur contre lequel elle ne peut rien puisque lui seul connaît le code secret pour ouvrir la porte de la cellule. Ou pour tomber en empathie. Afin de protéger son fils, elle a bâti autour de lui un univers de conte de fée, aussi étroit que la pièce mais ouvert à l'imagination débridée. Jusqu'à ce qu'il soit capable de comprendre la réalité sans trop en souffrir et suffisamment discipliné pour tenter une évasion vers ce monde extérieur auquel il ne connaît strictement rien.
Ce récit est tellement fort, tellement humain et atroce en même temps, qu'il n'est pas besoin d'en rajouter. Lenny Abrahamson l'a bien compris; sa mise en scène, simple, dépouillée, n'a qu'un seul but : mettre en lumière la richesse et les drames intérieurs des deux protagonistes. Ce qui rend Brie Larson (couronnée d'un Oscar de la meilleure actrice) et le tout jeune Jacob Tremblay épatants de courage, émouvants dans l'adversité, d'une sensibilité folle. Ce film et les petites réflexions distillées sans avoir l'air d'y toucher prennent aux tripes et secouent l'âme comme un prunier. Même si la deuxième partie n'est plus aussi intéressante, on ne sort pas indemne de Room, mais avec un regard plus humain sur la vie.
La sensation Brie Larson
C'est la sensation des Oscars. Avec son nom qui évoque autant un fromage français que la Suède, Brie Larson a créé l'énorme surprise de la 88e cérémonie qui s'est déroulée dimanche soir à Los Angeles. À 26 ans à peine, cette comédienne quasiment inconnue décroche la statuette de la meilleure actrice pour sa performance dansRoom face aux favorites Cate Blanchett et Jennifer Lawrence.
Même si elle a décidé de devenir actrice à l'âge de 7 ans et qu'elle a effectué ses premiers pas devant une caméra deux années plus tard (dans la série Raising Dead), il serait faux de parler de succès fulgurant. Elle a surtout enchaîné les rôles (très) secondaires dans des séries ou des longs métrages qui n'ont que rarement traversé l'Atlantique.
Après une apparition dans 21 Jump Street, elle se fait remarquer et tourne en 2013 dans Don Jon de Joseph Gordon-Levitt. Puis en 2014 dans The Gambler et en 2015 dans Crazy Amy. Rien d'inoubliable.
Room, pour lequel elle s'est préparée en ne quittant pas sa maison pendant un mois (histoire d'avoir le teint pâle) la sort donc de l'anonymat. Elle va enchaîner avec Kong : Skull Island. C'est parti pour elle.
Room - Drame - Réalisé par Lenny Abrahamson - Avec Brie Larson, Jacob Tremblay, Joan Allen - Durée 1 h 58
Belgica, une métaphore de la Belgique
RÉSUMÉ Deux frères à la mentalité totalement opposée s'associent pour ouvrir un bar branché, ouvert à tous, le Belgica. Jo, sérieux, strict, aime contrôler les événements et imposer des règles de fonctionnement efficace. Frank, pour sa part, se montre plus volage. Son truc, c'est faire la fête, dépenser à tout-va. Ces deux-là se complètent et s'adorent. Mais la cohabitation n'est pas simple.
NOTRE AVIS (3/5) Après le déjanté La merditude des choses et l'épatant The Broken Circle Breakdown (traduit bizarrement en français par Alabama Monroe), Felix Van Groeningen apporte une nouvelle variation sur le thème des difficiles relations familiales et du chaos de nos vies. Mais cette fois, il ne se contente pas de tourner dans des ambiances typiquement flamandes, avec ce détonnant mélange de rationalisme financier et de folie créatrice. Il ajoute une dimension clairement politique son œuvre.
Difficile de ne pas voir une métaphore de notre pays dans les relations de ces deux frères si différents qui lancent ensemble le Belgica avant de se déchirer. Difficile de ne pas penser aux clichés communautaires à la vision d'un fêtard qui jette l'argent par les fenêtres pendant que son frère, plus rigoriste, devient progressivement obnubilé par le contrôle, les caméras de surveillance et la rentabilité financière. Difficile de ne pas penser à certains discours actuels sur notre fédéralisme alors que les deux hommes mènent le Belgica à la faillite tant qu'ils essaient d'unir leurs différences.
Malgré des longueurs inutiles (les mêmes scènes se répètent plusieurs fois), et des raccourcis pas toujours très subtils, Belgica ne peut que nous interpeller par un final inattendu et des protagonistes forcément familiers. Ce n'est certainement pas le film le plus réussi du cinéaste flamand, mais il possède l'immense mérite d'ouvrir le débat et de faire réfléchir sur la belgitude. À voir, donc.
Belgica - Comédie - Réalisé par Felix Van Groeningen - Avec Stef Aerts, Tom Vermeir, Charlotte Vandermeersch - Durée 2 h 06