Sorties ciné de la semaine: Toni Erdmann, notre Palme d'or
Une comédie profonde et décalée sur l'amour paternel et la fantaisie. Notre critique suivie de celles de The man who knew infinity et de Star Trek sans limites:
- Publié le 16-08-2016 à 18h57
- Mis à jour le 16-08-2016 à 19h07

Toni Erdmann : une comédie profonde et décalée sur l'amour paternel et la fantaisie. RÉSUMÉ Aux antipodes des clichés que l'on peut avoir, à tort, sur les Allemands, Winfried Conradi (Peter Simonischek) ne prend strictement jamais rien au sérieux. Il reçoit le facteur en se faisant passer pour son propre frère jumeau exhibitionniste, se rend déguisé en clown à une fête de famille, tourne systématiquement tout en dérision.
Un trait de caractère dont sa seule fille, Ines, n'a strictement rien hérité. Toujours pendue au téléphone, elle effectue froidement son boulot de consultante qui vise à améliorer l'efficacité des entreprises en virant un maximum de monde. Sans le moindre état d'âme.
Histoire de la changer et de lui faire découvrir les bons aspects de la vie, son père débarque sur son lieu de travail à Bucarest en se faisant passer pour un consultant haut en couleurs, Toni Erdmann.
NOTRE AVIS Cette comédie, qui ne ressemble à aucune autre, méritait à notre avis la Palme d'or du dernier Festival de Cannes. Le jury en a jugé autrement, préférant décerner la récompense à Moi, Daniel Blake de Ken Loach tout en oubliant de manière incompréhensible cette petite merveille.
Même si sa longueur paraît un peu exagérée (2 h 42, mais on ne s'en rend pas vraiment compte), Toni Erdmann offre tout ce qu'on aime au cinéma : du rire, de l'émotion jamais appuyée, de la réflexion sur les relations parents-enfants à un âge avancé ou sur la froideur mécanique de certaines existences. Avec, au passage, quelques séquences loufoques d'anthologie. Dont un petit-déjeuner nudiste entre collègues coincés qui vaut à lui seul le détour.
Sans aucun rapport avec les comédies pétomanes américaines ou les grosses farces à la française, cette ode à la fantaisie et à l'amour paternel devrait mener au 7e ciel un public plus cinéphile. On vous la conseille chaleureusement.
NOTRE NOTE: 4 étoiles sur 5.
Toni Erdmann
Comédie
Réalisé par Maren Ade
Avec Peter Simonischek, Sandra Hüller, Hadewych Minis
Durée 2 h 42
The man who knew infinity: le Mozart des chiffres
RÉSUMÉ Ramanujan est un peu le Mozart des maths . Toutefois, si tout le monde a entendu parler de l'auteur de La Flûte enchantée , il faut être du domaine pour connaître ce génie indien des chiffres, lequel doit son aura à sa théorie… des partitions.
Cet homme est né "génie des maths", dans une famille modeste de Madras. Sans formation, il échafaude des théories, trouve des formules révolutionnaires, solutionne des problèmes complexes. Comme s'il jouait du piano, sans même avoir reçu une leçon, et aussi du violon et encore du cor. Et comme ça dépasse l'entendement, personne ne veut l'écouter car il n'a pas de diplômes. En dépit de l'absence d'un parcours scolaire, son chemin le conduit en 1914 à Cambridge à l'invitation du professeur Hardy, bousculé par les fulgurances de ce comptable indien, autant qu'il est agacé par son absence de rigueur.
NOTRE AVIS Faute de pouvoir éclairer le public lambda sur la beauté de ses théories mais aussi pour injecter une tension et une émotion dans cet ensemble de formules, d'équations, de théorèmes, le scénario développe deux dimensions qui flirtent aussi avec l'infini, en tout cas elles ne connaissent pas de limites.
La jalousie, tout d'abord. Celle d'une mère qui intercepte le courrier entre Ramanujan et sa femme restée en Inde, au point de se croire abandonnés, l'un comme l'autre. Le racisme ensuite. Dans ce temple sacré de la science blanche, le pommier de Newton pousse encore sur la pelouse du Trinity College, l'arrivée d'un homme de couleur doté d'une intelligence aussi foudroyante est insupportable pour certains. Oui, la bêtise est aussi infinie.
Est-ce l'environnement ? Matt Brown livre un biopic bien académique. Si le film nous instruit sur l'histoire et la beauté des mathématiques, il correspond aussi exactement à l'image qu'on s'en fait, de l'interprétation britishissime de Jeremy Irons à la musique soulignant le sens de chaque scène, en passant par la plupart des cordes dramatiques. Le cinéma, aussi, a sa théorie des cordes. Un travail artisanal alors que le sujet réclamait d'être génial.
NOTRE NOTE: 2/5
The man who knew infinity
Biopic
Réalisé par Matt Brown
Avec Dev Patel, Jeremy Irons, Toby Jones, Stephen Fry, Jeremy Northam
Durée 1 h 49
Star Trek sans limites: Mais que c'est ringard !
RÉSUMÉ Lors d'une halte sur la planète artificielle de Yorktown, le capitaine Kirk répond à l'appel de détresse d'une autre capitaine dont le navire est tombé en panne dans une zone jusque-là inexplorée. Seul l'Enterprise possède la technologie pour s'aventurer dans une région aussi dangereuse. Enfin, c'est ce que croyait l'équipage avant de se faire attaquer avec une puissance dévastatrice inouïe.
NOTRE AVIS Après deux reboots assez réussis, axés au moins autant sur l'opposition entre le jeune volcanique James T. Kirk et le Vulcain froidement calculateur Spok que sur les missions intergalactiques, J.J. Abrams cède le relais au réalisateur de trois Fast&Furious, Justin Lin. Et cela se remarque immédiatement.
Tout ce qui faisait le charme de cette reprise, le conflit entre des personnalités antinomiques et complémentaires, est supprimé au profit de l'action bête et méchante, du spectacle dénué de tout souci de crédibilité. Attaqué pour une raison que tout le monde à immédiatement deviné, L'Enterprise est quasiment réduit en miettes mais parvient quand même à s'écraser sur un astre mystérieux sans mal pour l'équipage, Spock excepté. Sans aucune ressource, le capitaine Kirk va tout faire pour détruire un ennemi qui dispose d'une puissance de feu jamais vue dans l'univers.
Tout sent le carton-pâte et le réchauffé dans cette aventure totalement démodée. Pour un peu, on se croirait revenu dans un vieil épisode ringard des années 60, avec des aliens humanoïdes grotesques et un concours de circonstances improbable qui tient lieu de scénario. Rien de tout cela ne possède le moindre attrait. Tout est grassement annoncé, il n'existe pas le moindre suspense et on se fiche complètement de ce qui se passe à l'écran.
Seuls les fans inconditionnels trouveront peut-être un peu de charme à ce nouvel épisode dont même les effets spéciaux n'impressionnent pas.
NOTRE NOTE: 0/5
Star Trek sans limites
Science-fiction
Réalisé par Justin Lin
Avec Chris Pine, Zachary Quinto, Simon Pegg, Idris Elba, Zoe Saldana
Durée 2 h 03