Sorties ciné de la semaine: un excellent divertissement, un duel sur fond de jazz et une enquête avec Gilles Lellouche
Drôle, rythmé, inventif, décalé, bourré de références à James Bond et aux classiques du cinéma, on ne peut qu'adorer Kingsman. Whiplash est lui traumatisant, au nom du génie musical. Quant à L'Enquête, il s'agit d'un brûlot difficile à suivre en raison de son incroyable complexité. Découvrez l'avis de notre expert sur les sorties ciné de cette semaine.
- Publié le 17-02-2015 à 19h17
- Mis à jour le 17-02-2015 à 19h20

Drôle, rythmé, inventif, décalé, bourré de références à James Bond et aux classiques du cinéma, on ne peut qu'adorer Kingsman. RÉSUMÉ À la mort d'un de ses meilleurs éléments au look d'OSS 117, l'Agence de renseignement internationale indépendante, absolument pas connue sous le nom de Kingsman, cherche des remplaçants. Galahad tâche de découvrir qui décime l'organisation pendant que son jeune protégé, le fils d'un des hommes qui s'est sacrifié pour lui sauver la vie, suit une formation sans pitié.
NOTRE AVIS (5/5) On en parle peu. Et pourtant, Matthew Vaughn est un des nouveaux golden boys d'Hollywood. Le cinéaste britannique de 43 ans a signé le délirant Stardust, le génial Kick-Ass, le renouvellement de X-Men (Le commencement) et montre, avec Kingsman, sa passion inconditionnelle pour les James Bond du passé. Mais il ne se contente pas de traiter sérieusement les aventures les plus invraisemblables vécues par un agent délicieusement cliché. Il fait de son héros un parfait gentleman, costume-cravate et parapluie, véritable répertoire du savoir-vivre et tuer à l'anglaise, c'est-à-dire avec style. À l'occasion, il peut aussi donner une bonne correction en guise de leçon. "Les bonnes manières font l'homme", comme il ne cesse de le répéter.
Dans ce rôle plus british que le plus flegmatique des porteurs de chapeaux melon, Colin Firth est juste parfait. D'une drôlerie irrésistible au second degré. Car si l'aventure respecte tous les codes d'action du film d'espionnage, il s'agit aussi d'une comédie. Avec de fortes teintes de parodie.
Matthew Vaughn ne s'en cache pas. Tout au long des deux heures de pur bonheur, il multiplie les références cinéphiliques visuelles (Shining, Un fauteuil pour deux, Pretty woman, Nikita, quasiment tous les James Bond) ou dans les dialogues ("Mon chien s'appelle J.B." "Comme James Bond ?" "Non." "Comme Jason Bourne ?" "Non. Comme Jack Bauer…"). Mais chaque fois pour mieux les détourner : "Comme dans les vieux films, vous vous attendez que je fasse un truc bizarre pour vous tuer, puis vous tenterez quelque chose d'aussi étrange pour vous évader : ce n'est pas mon type de film !"
S'il s'inspire de My Fair Lady, c'est pour transformer un prolo en espion distingué. De Star Wars, il emprunte les fusillades dans les couloirs. Jaws, lui, inspire une sorte d'Oscar Pistorius au féminin équipée de lamelles capables de couper un homme en deux ! Quant au méchant (Samuel L. Jackson, grandiose), il zozote et vomit à la vue de la plus petite goutte de sang !
Il y a aussi du Tarantino dans la modernisation des vieilles recettes bondiennes. Il faut voir le feu d'artifice de têtes explosées au rythme de Pomp and Circumstance d'Edward Elgar pour comprendre. Les recettes d'antan sont d'ailleurs quasiment systématiquement remises au goût du jour, avec une technologie de pointe et des scènes d'action dignes de Kill Bill.
Pas sûr que les Scandinaves apprécieront tous la présentation de leur royauté, mais ce divertissement de très haut vol devrait faire hurler de rire aussi bien les cinéphiles que les amateurs de cinéma d'action bien ficelé. Un must absolu en matière d'amusement et d'action.
Kingsman - Action/comédie - Réalisé par Matthew Vaughn - Avec Colin Firth, Samuel L. Jackson, Taron Egerton, Mark Strong, Michael Caine, Mark Hamill - Durée 2 h 08
Whiplash, un face-à-face insoutenable
RÉSUMÉ La batterie et le jazz, c'est toute la vie d'Andrew. Qui saute sur l'occasion lorsque le prestigieux professeur Terence Fletcher lui demande de rejoindre sa formation. Mais ses débuts sont catastrophiques : pour Fletcher, la perfection, c'est juste le minimum. Pousser les élèves bien au-delà de leurs limites physiques, mentales et musicales, voilà son but. Pour ne pas priver le monde du prochain Charlie Parker.
NOTRE AVIS (4/5) L'intrigue est simple. Le cadre serré. Presque tout se déroule dans une salle de répétition. La caméra filme au plus près un face-à-face de plus en plus tendu entre un mentor tyrannique, et son élève. Le rapport de force, inégal, augmente le sentiment d'injustice.
Andrew fait des progrès phénoménaux, mais jamais suffisants aux yeux du maître. Les humiliations pleuvent comme les coups de baguette sur le tambour. Est-ce le prix à payer pour atteindre l'excellence, marquer l'histoire de la musique ? Ou bien ce traitement choc, auquel la plupart des musiciens ne résistent pas, ne sert-il que de défouloir à un psychopathe prêt à toutes les abominations pour assouvir son sadisme ?
La mise en images de Damien Chazelle est sobre. Intimiste. Menée tambour battant, rythmée de roulements et de solos à la batterie de nature à casser pas mal d'oreilles. La sueur et le sang coulent sur les instruments. La tension devient insoutenable. Au point de transformer cette confrontation en un véritable thriller musical. C'est captivant, angoissant, perturbant. Peut-on tout accepter au nom d'un hypothétique résultat brillant ? Et comment atteindre les sommets sans une exigence à la hauteur des attentes ?
Ces questions, interpellantes, renvoient aux pires souvenirs de confrontations traumatisantes vécues dans le cadre d'un apprentissage ou d'un rapport de force déséquilibré. Elles font de Whiplash une œuvre psychologiquement repoussante mais qu'on ne peut quitter des yeux. Un tour de force.
Whiplash - Thriller musical - Réalisé par Damien Chazelle - Avec Miles Teller, J.K. Simmons - Durée 1 h 47
L'Enquête, tout sur l'affaire Clearstream
Résumé"Si j'avais su tous les ennuis que cela m'apporterait, je n'aurais pas enquêté." Denis Robert savait qu'il avait débusqué un gros lièvre avec l'affaire Clearstream. Mais il ne s'attendait pas à être traîné en justice, sali et écrasé dans un jeu d'influences politico-financières qui le dépassent de très loin.
Notre avis (2/5) Après l'épatant Présumé Coupable, inspiré du drame vécu par Alain Marécaux (accusé faussement de pédophilie lors de la fameuse affaire d'Outreau), Vincent Garenq reste dans le milieu judiciaire avec un sujet aussi complexe que délicat. Les retombées internationales, l'implication de nombreuses grandes sociétés, l'ingénierie fiscale et les rebondissements de l'affaire Clearstream rendent en effet le dossier assez sensible. Et opaque.
Comme pour son film précédent, le cinéaste a tenté d'aborder la thématique en se centrant sur un seul protagoniste, le journaliste qui a fait éclater le scandale. Mais cette fois, même en transformant le justicier et le juge d'instruction en accusés piégés par la puissance d'un système, il ne parvient pas à créer la même émotion. Autant la situation d'Alain Marécaux nous prenait aux tripes par l'énormité de l'injustice dont nous pourrions tous être victimes, autant les déboires de Denis Robert, qui s'assimilent à la lutte entre le pot de terre et le pot de fer, paraissent prévisibles.
Son combat inégal, hélas, repose sur de nombreux mécanismes particulièrement difficiles à saisir, des révélations pas toujours compréhensibles pour les non-spécialistes de la finance, une multitude de personnes dont le rôle reste flou et des protagonistes politiques dont on ne sait, finalement, s'ils ont manipulé ou ont été manipulés. À l'arrivée, on ne retient donc pas grand-chose de cette dénonciation fade.
L'enquête - Thriller - Réalisé par Vincent Garenq - Avec Gilles Lellouche, Charles Berling - Durée 1 h 42