Voici les critiques ciné de la semaine !
Mon amie Victoria, Melody, Cendrillon, et Dear White people sont nos affiches de la semaine. Découvrez toutes nos critiques des films à l'affiche dès mercredi.
- Publié le 24-03-2015 à 21h52
- Mis à jour le 25-03-2015 à 08h19

Découvrez toutes nos critiques des films à l'affiche dès mercredi.
Mon amie Victoria: une femme invisible
RÉSUMÉ Le destin tient souvent à peu de chose. Celui de Victoria, petite fille noire élevée dans une famille démunie, bascule à l'âge de 9 ans, lorsqu'elle est amenée à dormir dans l'appartement cossu d'une famille blanche, riche et très ouverte d'esprit. Pendant des années, elle refera le chemin pour apercevoir comment évoluent ces amis d'un soir. Mais eux ne la voient jamais.
NOTRE AVIS 3/5 En adaptant le roman de Doris Lessing, Victoria et les Staveney , Jean-Paul Civeyrac s'est attaché à éviter le piège des gros clichés, des conclusions faciles ou de l'angélisme. Victoria n'est pas victime de racisme ou de mises à l'écart injustes. Ce ne sont pas la couleur de peau ou les différences culturelles qui divisent, mais bien les inégalités financières criantes. Qui rendent la pourtant très jolie Victoria invisible aux yeux de bien des gens.
Son parcours illustre celui de tant d'autres qu'on croise tous les jours en rue sans même les remarquer. Celui de ces personnes qui font preuve d'une dignité infinie dans des situations pourtant pénibles, qui endurent en silence des humiliations involontaires pour ne pas compromettre l'avenir des enfants.
Plus on suit Victoria, plus se pose la question de ce qu'on peut humainement accepter au nom de ceux qu'on aime, des sacrifices à consentir alors que d'autres, plus fortunés, ne doivent jamais fournir le moindre effort. Des thèmes qui prennent de la force tout au long d'un film jamais tire-larmes ni démonstratif. Cette petite tranche de vie toute simple touche avant tout par son humanité. Et même si le divertissement n'est pas au rendez-vous, pour les cinéphiles portés sur les œuvres lentes et sincères, il s'agit d'un bon choix.
Mon amie Victoria, drame réalisé par Jean-Paul Civeyrac, avec Guslagie Malanda, Nadia Moussa, Catherine Mouchet, Pascal Greggory, durée 1 h 35
Melody: mère porteuse... ou pas
RÉSUMÉ SDF, sans espoir d'obtenir un prêt bancaire, Melody ne voit qu'une seule solution pour s'offrir le salon de coiffure de ses rêves : devenir mère porteuse. La chance lui sourit rapidement : Emily, richissime Britannique solitaire, accepte toutes les conditions financières de Melody. Mais toutes les deux cachent des secrets de nature à compliquer sérieusement leur accord. Et ni l'une ni l'autre n'a tenu compte d'une donnée essentielle : les sentiments d'une mère, qu'elle soit porteuse ou non, envers le bébé qu'elle porte.
NOTRE AVIS 1/5 Bernard Bellefroid a manifestement beaucoup regardé les films des frères Dardenne. Les prises de vues sont effectuées, la plupart du temps, en gros plan, caméra (en mouvement) à l'épaule. Il suit son héroïne partout, en rue, dans les escaliers, dans le moindre de ses déplacements, régulièrement en n'en montrant que son cou. Et les scènes de nuit se font sans adjonction de spots lumineux. D'un point de vue stylistique, impossible de ne pas penser au Fils ou à L'enfant .
Sur le fond, même si les différences sont marquées, Melody ne convainc guère plus. Le débat moral, qui tiraille tout autant la mère porteuse que la future maman adoptive, est évacué par un artifice mélodramatique un peu trop facile. Ce qui permet au cinéaste de ne pas prendre position clairement et de ne pas pousser les différentes logiques dans leurs derniers retranchements, lorsqu'elles se confrontent à la réalité des sentiments.
Cette dramatique extrêmement larmoyante reste en outre très froide. À aucun moment, on ne se prend de sympathie pour deux protagonistes aux sautes d'humeur incompréhensibles, aux changements d'opinion plus emblématiques qu'humains, aux comportements déroutants.
Ni touchante ni suffisamment interpellante, cette dramatique n'atteint pas son but.
Melody, drame, réalisé par Bernard Bellefroid, a vec Rachel Blake et Lucie Debay, d urée 1 h 34
Cendrillon: pas féerique du tout
RÉSUMÉ À la mort de son marchand de père, Ella se retrouve vite reléguée au rang de simple servante de sa belle-mère et de ses deux pestes de filles. Ces dernières lui trouvent d'ailleurs un surnom en rapport avec son salissant labeur : Ella pleine de cendres, Cinderella (Cendrillon en français).
NOTRE AVIS 1/5 Qu'il paraît loin le temps où Kenneth Branagh popularisait Shakespeare ( Henry V, Beaucoup de bruit pour rien ), marquait de son empreinte le film de copains ( Peter's friends ) ou réinventait le mythe de Frankenstein . Désormais, le réalisateur de Thor et de The Ryan initiative se contente d'appliquer les recettes hollywoodiennes, sans rien leur apporter de neuf. Comme l'illustre tristement Cendrillon .
Au lieu de changer le point de vue (comme dans Maléfique : l'héroïne de cette version de La Belle au Bois dormant , c'était la sorcière) ou d'intégrer le conte dans son univers (comme Tim Burton pour son Alice au pays des merveilles ), Kenneth Branagh respecte fidèlement le dessin animé Disney sans même moderniser les principaux protagonistes. Cendrillon est donc très gentille et naïve, la marâtre ne pense qu'à l'humilier, les belles-sœurs sont aussi stupides que méchantes et les petites souris portent toujours seules le poids de l'humour.
Ce qui charmait en dessin animé en 1950 passe nettement moins bien avec de vrais acteurs 65 ans plus tard. Autant l'animation paraissait magique, autant les mêmes scènes, comme la transformation de la citrouille en carrosse, semble grotesque sur base des effets spéciaux. Quant à l'intrigue, elle n'a strictement pas évolué. Et donne une vision assez rétrograde des femmes, en contraste flagrant avec les princesses dynamiques et modernes des dessins animés Raiponce ou La reine des neiges .
Même s'il fait un malheur au box-office américain, ce Cendrillon n'a pas le centième du charme de son prédécesseur cartoonesque. Au mieux, il ne présente pas le moindre intérêt. Au pis, c'est franchement ringard.
Cendrillon, conte de fées, réalisé par Kenneth Branagh, avec Lily James, Cate Blanchett, Richard Madden, Helena Bonham Carter, Stellan Skarsgard, durée 1 h 45
Dear White People: inégal mais drôle
RÉSUMÉ Officiellement, à la Winchester University, les problèmes raciaux n'existent pas. Et pourtant, tous les jours, sur son blog, la jolie métisse Sam White flingue allègrement tous les préjugés. Avec des réflexions comme celle-ci : " Dear White People, c'est désormais officiel, pour ne pas passer pour un raciste, il faut compter au moins deux amis noirs. Et votre vendeur de t-shirts ne compte pas… " Ou " Dear White People, sortir avec un Noir pour gonfler ses parents est une forme de racisme ." Trash. Troy Fairbanks, pour sa part, opte pour la diplomatie et la minimisation des conflits. Tandis que Lionel essaie de passer le plus inaperçu.
NOTRE AVIS 3/5 Pour ses débuts, Justin Simien frappe fort. Avec une comédie résolument hors des sentiers battus hollywoodiens. Ici, pas de gags pétomanes à la Eddie Murphy ou de clichés version Big Mamma (dont il se moque ouvertement). Ici, l'étudiante en lutte pour l'égalité des droits fait sa thèse sur " Les Gremlins comme symboles de la peur des Noirs " et cauchemarde en pensant à Bill Cosby ! D'ailleurs, le rap est remplacé par Le lac des cygnes pour illustrer les images.
Le racisme ordinaire n'est pas non plus abordé de front, par le biais de la violence ou de gros débiles assoiffés de bière, mais via les petites vexations, les réflexions humiliantes, l'impossibilité d'accéder à certaines fonctions ou le pouvoir de l'argent. Et cela sonne nettement plus juste, même si le résultat est tout aussi insupportable.
Évitant habilement le manichéisme, Justin Simien laisse aussi traîner des cailloux dans la chaussure de la chantre de l'égalité, pour qui " les Noirs ne peuvent pas être racistes : ils ont juste des préjugés ". Ou qui rejette les différentes formes de catégorisation tout en classant les membres de sa propre communauté en trois groupes.
Loin des habituels simplismes et des discours sirupeux made in Hollywood, cette œuvre originale, très inégale sur la longueur (avec d'énormes temps morts et des blagues qui tombent à plat) met mal à l'aise et amène à s'interroger sur les mille et un comportements apparemment insignifiants qui, en fait, banalisent le racisme. Un premier film prometteur et très intéressant.
Dear White People, comédie, réalisé par Justin Simien, avec Tyler James Williams, Tessa Thompson, Kyle Gallner, durée 1 h 48