Richard Gotainer : "Moi, chanteur culte ? Redites-le encore !"
- Publié le 17-08-2017 à 13h06
- Mis à jour le 17-08-2017 à 13h13

Après quelques années de silence, Richard Gotainer s'apprête à sortir un nouvel album. "Il était où le gentil ti Riri ? Il était où, hein ? Il était où ?" Parisien depuis tout petit, Richard Gotainer est toujours resté à Paris, bien sûr. Mais pas que. Depuis quelque temps, il est aussi souvent dans le Bourbonnais, en plein cœur de la France. Une jolie campagne où il s'est acheté une maison. Et qu'est-ce qu'il y fait ? "Je continue à faire de la publicité et à écrire des chansons" , nous rassure-t-il.
Son dernier album date de 2008 et le prochain mijote gentiment sur le gaz. Il devrait sortir à l'automne prochain. "Avec mon ami et compositeur Michaël Lapie, nous avons déjà mis en boîte sept titres. Encore deux ou trois, et l'affaire est dans le sac. Nous avons déjà publié deux extraits, Les Moutons et Je te oins, tu me oins dont les clips ont déjà réalisé de coquets scores sur YouTube" , annonce le chanteur.
Peut-on dire qu'à 69 ans, vous êtes toujours foufou ?
"À 69 ans, si vous me permettez, on est en plein centre de l'œil du cyclone. C'est pas le moment de mollir. De toute façon, ce n'est pas à moi de répondre à cette question, mais au public qui va découvrir mes nouvelles chansons. Quand je me mets au travail, je ne me pose pas la question de savoir si je suis tout foufou, si je fais du Gotainer ou pas. Ma préoccupation n'est pas de me refaire. Surtout pas, d'ailleurs. Vous imaginez la honte ? Après Le Mambo du Décalco , je vous sors Le Chachacha de l'Autocollant et après le Youki , on fait quoi ? Le Minou !"
Comment expliquez-vous que l'album Espèce de Bonobo , sorti en 2008, n'a pas eu davantage de succès ?
"Je n'ai pas d'explications. C'est le grand mystère qui entoure la rencontre d'une œuvre avec son public. En tout cas, quand j'écoute cet album, je n'ai pas l'impression de m'être trompé d'erreur (sic). Il y a des titres superbes sur ce disque : Espèce de fiancée , Le bandit de vos nuits , Le rock'n'roll de l'existence , et si vous voulez chialer un bon coup, L'image de toi . Mais bon, c'est comme ça."
Pourquoi un si long silence depuis ?
"Deux raisons expliquent mon absence médiatique. La première, c'est que j'ai toujours pris mon temps pour concevoir et réaliser mes albums. Je ne suis pas une machine à faire des disques, je suis un glandeur qui travaille en s'amusant. Je travaille quand ça me chante. La seconde, c'est que si vous entendiez plus souvent mes chansons à la radio, ça vous aiderait à trouver le temps moins long !"
La télé vous boude aussi ?
"Sans doute. Mais il se pourrait que moi aussi je boude un peu la téloche. J'ai été connu en grande partie grâce à la télé. Je vous parle d'un temps où ce que la TV était créative. On y montrait des chanteurs, à c't'époque-là mon bon Monsieur ! Aujourd'hui, quand vous sortez un album, dans le meilleur des cas, on vous propose d'en montrer subrepticement la pochette à la fin d'un talk-show ou, mieux encore, de vous faire démonter la tête (et le disque) par des chroniqueurs soucieux d'asseoir une réputation de teigne aux dépens de l'invité-condamné."
Si on parle du retour de Gotainer, ça vous énerve ?
"Je fais un métier où ça va, ça vient. Alors, c'est inévitable qu'un jour ou l'autre ça passe par un retour. C'est même souhaitable."
Chanteur culte, ça vous étonne ? Ça vous fait plaisir ? Ça vous agace ?
"Qui ? Moi, chanteur culte ! ? ! Ah bon !!! C'est génial. Vous pouvez me le redire, plus lentement et un peu plus fort, s'il vous plaît ?"
Qu'est-ce que le Gotainer 2017 a de différent avec celui du Mambo du Decalco et du Sampa ?
"La même différence qu'entre Bonaparte au pont d'Arcole et Napoléon à Austerlitz. Et le premier qui dit Waterloo, il prend un coup de pied dans le genou, si c'est une fille, dans les rouleaux si c'est un mec. Je dis ça, j'en sais rien. Si, il y a à peu près trente cinq ans d'écart ! Ce ne serait pas étonnant que le loustic ait un peu changé. On peut le concevoir."
Vous allez refaire de la scène avec le nouvel album ?
"Pas tout de suite. J'ai eu un petit problème de cordes vocales. Un polype. Pas très original pour un chanteur ! Ça va mieux à présent. Mais pour l'instant, je serais incapable d'envoyer le bois pendant deux heures sur les planches."
"J'aurais pu écrire Papaoutai "
À 69 ans, Richard Gotainer est un vieux briscard de la chanson. Lorsqu'on lui demande s'il voit parmi les jeunes talents qui porte son héritage, il surprend. "Si je devais vraiment trouver des résonances à mon travail, je pense que ce serait chez Stromae", dit-il. " Je ne dis pas ça par flagornerie parce qu'il est belge, mais la première fois où j'ai entendu 'Papaoutai', je me suis dit : celle-là, j'aurais pu la faire. Cette chanson est assez proche de mon univers. "
Il confesse d'ailleurs qu'il existe une proximité entre son monde et l'esprit belge qu'il adore. "Je me demande même si je ne suis pas un peu belge, quelque part ? ! ? En tout cas, l'idée me plaît bien. Votre culture est à cheval entre la France et la culture anglo-saxonne. Bon, à part vos conneries entre Flamands et Wallons (rire), vous êtes formidables. Je trouve que les Belges sont drôles et humbles, une humilité qui vous épargne le défaut de la prétention. Un exemple : le journaliste belge ne vient pas pour lui, il vient pour vous. Avec la Belgique, c'est une longue histoire. Je suis souvent venu me produire chez vous sur scène."
"J'aime bien la fusée qui décolle à l'envers"
Depuis les années 80, derrière le Gotainer chanteur se cache le Gotainer publicitaire.
"On se lève tous pour Danette" , "Buvez éliminez" , "Belle des champs tu baguenaudes dans les pâturages" , on en passe et de plus facétieuses. Ces publicités loufoques et déjantées sorties de l'imagination débordante de Richard Gotainer ont marqué la télé des années 80 et des générations de téléspectateurs puisque certaines sont toujours présentes d'une façon ou d'une autre.
Capable de faire le grand écart entre un texte profond comme Trois vieux papis et une farce comme le Youki , l'homme n'a jamais tracé de frontière entre son job de publicitaire et sa passion pour la chanson. "C'est le même métier. Les techniques sont les mêmes et l'auditeur doit toujours être récompensé de vous avoir écouté" , observe Richard Gotainer.
Aujourd'hui encore, l'auteur de Femmes à lunettes et du Sampa régale toujours les enseignes qui font appel à son talent de publicitaire. La pub pour O2, par exemple, une entreprise de services à la personne en France, c'est lui. "Les gens qui me font travailler sont contents du résultat. Ils me font confiance depuis quatre ans. Pourtant le sujet - l'emploi de personnes à domicile - n'est pas très funky. Mais on a concocté une chanson publicitaire plutôt charmante et cet annonceur est devenu leader du marché. On a même reçu un prix dans un festival qui récompense l'efficacité des pubs" , se réjouit-il.
Richard Gotainer regrette pourtant que les annonceurs d'aujourd'hui utilisent trop souvent des chansons déjà existantes. Moins efficaces qu'une création originale et aussi… plus chères. "C'est navrant aussi bien en radio qu'à la télé", commente-t-il. "Il y a de moins en moins de création sonore. Il faut que les annonceurs comprennent que pour faire de la bonne radio, il faut produire du son et le chiader comme si c'était de l'image. Alors la radio peut vous faire entendre des images en couleur. Quant à la télé, où les nouvelles techniques permettent de réaliser des films étonnants, il ne faut pas qu'elle oublie qu'une bande-son originale vous propulse l'image hors de l'écran. Mais bon, je ne vais pas jouer le grincheux donneur de leçons, il y a quand même des pubs vachement bien faites. Je pense au spot pour un laxatif où l'on voit le lancement d'une fusée qui décolle à l'envers. Par contre, je ne me souviens plus de la marque… Ce qui ne veut pas dire que la pub est ratée, car j'ai pris plaisir à la voir et la revoir. Mais peut-être est-ce parce que je ne suis pas concerné par la constipation ! Je ne suis pas dans la cible, comme disent les pubards."