Le rapport du CSA: vous ne vous êtes jamais autant plaints de notre télé!
Plus de 150% d'augmentation de plaintes au CSA en 2017 : dérives en augmentation ou prise de conscience citoyenne?

- Publié le 14-06-2018 à 20h26
- Mis à jour le 14-06-2018 à 20h27

Plus de 150% d'augmentation de plaintes au CSA en 2017 : dérives en augmentation ou prise de conscience citoyenne ? Un peu trop mâles, pas toujours soucieux de la dignité humaine, et parfois peu hésitants à relayer des spots publicitaires qui bafouent l'égalité homme-femmes. Tel est, aussi, le visage de nos médias audiovisuels. C'est en tout cas ce qui ressort du rapport annuel 2017 du CSA.
Année exceptionnelle s'il en est, puisque marquée par l'arrivée de TF1 sur nos écrans publicitaires, qui n'aura pas manqué de faire craindre le pire à nos éditeurs, public comme privés.
Année "de transition" et de préparation à un cru 2018 morteur de moults changements, à commencer par le dossier très bouillant du nouveau plan de fréquences radio, prévu pour la fin de cette année. Les dossiers du nouveau contrat de gestion de la RTBF et du projet de révision de la directive SMA auront, également, marqué l'année.
Année exceptionnelle, encore, par le nombre de plaintes record réceptionnées par le CSA : le régulateur a enregistré une augmentation de près de 150% du nombre de plaintes, soit 392. " Jamais le CSA n'aura été autant sollicité par le public depuis sa création en octobre 1997 ", note l'institution. Cette augmentation "traduit surtout une prise de conscience de plus en plus marquée des publics par rapport aux droits dont ils disposent dans leur paysage audiovisuel", poursuit l'organisme.
Autre injustice rétablie : le CSA belge a remis la main sur le contrôle de RTL Belgium, qui échappait au contrôle et à la régulation de la Fédération Wallonie-Bruxelles depuis 2009, puisqu'établi au Luxembourg.
Si le CSA a tant été sollicité par les aiditeurs et téléspectateurs, c'est le fruit de l'intersection de deux phénomènes. Primo, "la visibilité accrue du régulateur" . Deuzio, le phénomène des plaintes multiples, parfaitement symbolisé par le talk Touche pas à mon poste : il a vu converger 90 plaintes, pour seulement 5 de ses numéros...
Mais ce n'est pas tout : le CSA note "une volonté de plus en plus manifeste des consommateurs de médias de faire entendre leurs voix, notamment sur le plan de la dignité humaine et des discriminations" - 36% de toutes les plaintes reçues. Enfin, la nouvelle disposition décrétale relative au respect de l'égalité entre les femmes et les hommes a généré des effets importants pour sa première année d'application en 2017 : 10% des plaintes reçues concernent en effet cet enjeu.
Trop peu de femmes à l'écran
Le baromètre de la diversité 2017, mené par le CSA, l'avait déjà pointé du doigt il y a quelques semaines : la représentation des femmes à l'écran et leur rôle (en tant que journalistes, animatrices ou expertes) a régressé en 2017. Une nouvelle étude, menée cette fois sur base des seules fictions (à épisodes)produites en Fédération Wallonie-Bruxelles par la RTBF, enfonce le même clou : "sur un total de 82 personnages principaux et secondaires récurrents, 36 sont des femmes (43,90 %) et 46 sont des hommes (56,10 %)" . Pour rappel, la Belgique est faite de près de 51 % de dames. Il y a donc sous-représentation. L'affaire Weinstein fera-t-elle bouger les curseurs, pour le rapport 2018 ?
C'est vous qui le dites, aimant à griefs
Il y a deux manières de lire le bulletin CSA des éditeurs radio (41 plaintes), et la présence très dominante, au coeur de celui-ci, de notre service public. Primo : par le nombre. Avec 5 radios (La Première, Vivacité, Classic 21, Pure FM, Musiq'3), la RTBF est forcment plus exposée. Sauf que le nombre élevé de plaintes visant Reyers est surtout à mettre à l'actif de l'émission de débats matinale de Viva, C'est vous qui le dites. Conduite, en 2017, par Benjamin Maréchal, elle a cristalisé 16 plaintes sur les 25 concernant les radios ertébéennes. Pas tellement pour un tir groupé consacré à un seul numéro : ce sont bien 12 émissions différentes qui ont été pointées du doigt.
Alain Simons et MIKL sanctionnés
Le CSA ne se contente pas d'observer. Si, après instruction, une infraction à la législation a été commise, le dossier passe entre les mains du CAC (Collège d'autorisation et de contrôle), qui dispose, lui, d'un pouvoir de sanction. Huit dossiers ont ainsi fait l'objet d'un rapport d'instruction. Parmi ceux-ci, deux affaires très médiatisées : le dérapage d'Alain Simons sur Vivacité, qui incitait, à l'antenne, à faire attention à la présence de gitans. Et les insultes proférées à un mineur en direct par MIKL, dans une émission de libre antenne sur NRJ. Dans les deux cas, l'éditeur a dû communiquer, à l'antenne comme sur son site, le manquement légal.
Touche pas à mon Poste, ONPC et Fort Boyard vous ont outré
Sur les 392 plaintes portées à l'attention du CSA, l'immense majorité (299 plaintes) du lot s'adresse à la télévision. Les chaînes françaises, toujours très populaires chez nous (elles captent 35% de l'audience francophone belge, dixit le CIM), sont les moins scrupuleuses du cadre régulatoire. RTL et la RTBF, soit les deux plus gros acteurs de notre secteur, complètent ce trio de tête en étant visés quasiment à part égale, soit respectivement 26.5 et 23% des plaintes TV.
Coté contenus, Touche pas à mon poste , commise par Cyril Hanouna et sa bande au quotidien et diffusée, en Belgique, sur Plug RTL, a provoqué le plus de réactions de la part des téléspectateurs en 2017 (près de 90 plaintes, la plupart liée au piège tendu à l'antenne à des homosexuels). Deux autres polémiques ont largement fait réagir les téléspectateurs belges : la maltraitance animale au coeur de Fort Boyard (RTBF, France Télévisions) avec 35 plaintes, mais aussi l'attitude indigne de Christine Angot face à Sandrine Rousseau dans ONPC , chez Ruquier (France 2, une dizaine de plaintes). Côté publicitaire, c'est une pub sexiste de Lidl qui a suscité l'ire collective, avec, ici aussi, une dizaine de plaintes.