Télévision Le dessinateur de talent, Pierre Kroll, entame sa 20e saison de caricatures en débats politiques.

Dimanche dernier, l’émission de débat politique reprenait de plus belle sur la RTBF. Oubliez Les Décodeurs - disparus en même temps que Florence Hainaut sur La Une - et laissez place à À votre avis, un programme doté d’une nouvelle formule et surtout d’une nouvelle équipe… enfin, pas vraiment nouvelle quand on regarde bien. Une figure incontournable y garde confortablement sa place, il s’agit du célèbre caricaturiste aux lunettes rondes, Pierre Kroll, 58 ans, qui fête un anniversaire de taille : sa 20e année de caricature en débats politiques.

Après avoir (avec beaucoup de difficulté tant la liste est longue) fait une sélection de plusieurs caricatures qui avaient marqué sa carrière à la télévision (voir ci-contre), c’est avec son franc-parler habituel qu’il nous donne son avis sur… À votre avis : "On m’a enfin mis une caméra qui permet de me voir terminer le dessin à l’antenne. J’avais peur que l’émission soit bâclée car on s’y est pris un peu tard. Mais, j’ai été agréablement surpris. La succession des séquences est beaucoup plus claire que dans Les Décodeurs. J’ai, par contre, un avis très mitigé concernant la mode actuelle de demander l’avis de tout le monde. Ça n’apporte pas grand-chose. Je préfère avoir l’avis d’un expert sur des sujets compliqués. Je ne suis pas un anti-démocrate, loin de là. Il faut écouter les gens mais il ne faut pas les forcer à avoir un avis sur tout en permanence."

© Kroll

Est-ce que votre trait de crayon a évolué depuis vingt ans ?

"Oui, je le remarque plus par rapport aux premiers dessins que je faisais dans L’écran témoin . Curieusement, au niveau du contenu, ça n’a pas fondamentalement changé. Je pourrais refaire les mêmes dessins qu’il y a vingt ans. Et, contrairement à ce qu’on pense, je ne me suis pas éteint avec le temps ! Je peux parfois taper plus durement qu’il y a vingt ans parce qu’aujourd’hui, on n’osera pas me mettre à la porte pour ça."

Les politiques sont-ils désormais tous bons clients de vos caricatures ?

"Ils comprennent mieux mais il a fallu du temps pour qu’ils s’y habituent. Le début était assez rock’n’roll. On m’a d’ailleurs retiré de L’écran témoin pendant plusieurs saisons parce que je ne plaisais pas aux politiques. Une fois, ça s’est très mal passé avec Louis Tobback, ancien ministre de l’Intérieur. Il s’est emporté en disant : De quel droit ce singe peut dessiner pendant que je parle ? C’était un débat avec uniquement des Flamands et, eux n’étaient pas habitués à la présence d’un caricaturiste. Maintenant, personne ne se permettrait de remettre en cause le principe de la caricature lors du débat."

Impertinent, vous l’avez toujours été ?

"À l’école, je dessinais sur les bancs. Je caricaturais mes profs. Aujourd’hui, je suis payé pour faire ce pourquoi on me punissait avant (rires) . Mais l’impertinence est calculée, elle doit avoir un but. Je ne traite pas les gens de cons pour me faire plaisir. Chaque dessin n’est pas impertinent. Mais, je suis dans un métier où j’ai du mal à dire tout ce que je pense car la caricature est brève. Donc, parfois c’est un tout petit morceau grossier de ce que je pense qui en ressort."

Avez-vous déjà dû faire face au syndrome de la page blanche ?

"Il est permanent. Je ne viens pas avec des idées préconçues. Je fais attention à tout ce qu’il se dit sur le plateau avec l’angoisse de savoir ce que je vais mettre sur cette feuille blanche. Je m’en suis donc toujours sorti mais je vis cette lutte en permanence."

Est-ce qu’il y a eu une remise en question de vos caricatures après l’attentat de Charlie Hebdo ?

"Il faut avoir en tête que Charlie Hebdo n’est pas un journal comme un autre. C’est un journal satirique qu’on achète parce qu’on sait ce qu’on va trouver dedans. C’est un peu comme un magazine pornographique. Après la tragédie, on a beaucoup trop attiré l’attention sur ce journal qui est lu par une quantité de gens qui ne devraient pas le lire. Certaines personnes ne comprendront jamais son humour noir, trash, sexe et gore. Ce n’est, cependant, pas un modèle de ce qu’il faut faire en caricature. Il ne faut pas le mettre à côté de ce que je fais moi dans un quotidien national, par exemple. Je fais déjà mon métier avec beaucoup d’impertinence. Chacun a son style mais je leur concède tout à fait le droit de faire ce qu’ils font."

© Kroll